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17 novembre 2006 @ 01:44
Manifeste pour une pornographie intellectuelle π  
Un spectre hante le Net : le spectre de la pornographie intellectuelle.

Gardons-nous d’abord des confusions! Contrairement à ce que pourraient croire des crétins, la pornographie intellectuelle n’entretient aucun lien avec la masturbation intellectuelle, qui, quant à elle, n’entretient aucun lien avec la sexualité. Ce n’est pas notre cas! La pornographie intellectuelle n’est pas une métaphore et se méfie, d’ailleurs, de toute métaphore. La pornographie intellectuelle est un programme littéraire sans métaphore. Tous les intellectuels sont lubriques. La pornographie intellectuelle constitue l’aboutissement naturel de cette réalité.

Cette envie furieuse (obtuse et glorieuse, lamentable) de bites, et qui doit être plus générale, de sexes, de chattes […], n’est-elle pas aussi abstraite et primordiale que l’envie du livre, du tableau?
Hervé Guibert, Fou de Vincent

Proust le disait avec plus de subtilité. Nous, pornographes intellectuels, ne donnons pas dans la subtilité! La pornographie intellectuelle s’élabore à partir d’une interprétation radicale de La Recherche du temps perdu, éloignée du kitsch dans lequel la tradition littéraire l’a engouffré. Nous en appelons à l’éradication du kitsch, du chromo, du quétaine qui règnent en rois et maîtres sur ladite « littérature érotique ». Ladite « littérature érotique » n’a produit aucun texte qui mérite d’exister. Nous désirons plonger au cœur de tous les textes pour en extraire le véritable érotisme littéraire, le seul qui vaille.

La beauté jute plein le parquet, dégouline en flaques… c’est la dégoulinade formidable…
Louis-Ferdinand Céline, Guignol’s Band

Le cloisonnement entre les genres ne tient pas. L’érotisme doit se déployer de toutes parts. Les personnages de la pornographie intellectuelle sont des bisexuels naturels. Devraient également être abolies les divisions entre littérature érotique et littérature, entre essai et littérature érotique. Comme chacun le sait, ce schisme n’a pas toujours existé. Sade en a offert les exemples les plus époustouflants. Nous souhaitons prendre à notre charge la poursuite de cette filiation.

Le vieux Loth ronflait au fond de sa caverne ;
Assises à côté d'une pâle lanterne,
Ses deux filles en pleurs se rappelaient tout bas
Les plaisirs de Sodome et ne s'endormaient pas.
Alfred de Musset, « Les Filles de Loth »

La pornographie intellectuelle encourage la digression. Le texte pornographique doit à tout moment être prêt à basculer de la copulation vers l’analyse, et inversement. La rupture de ton est de mise. Le sexe, la brutalité et l’humour font bon ménage au sein du texte pornographique. La mélancolie aussi.

Qu’il cesse de brouter son bas-ventre ou elle renonce à masturber sa queue. Prenant soudain conscience qu’il est plus agréable de jouir que de faire jouir autrui, il obéit.
Elfriede Jelinek, La Pianiste

Le texte pornographique refuse d’admettre des expressions aussi consacrées qu’insensées que « faire l’amour ». Le pornographe intellectuel, revenu de tout, sait distinguer sexe et sentiments; il ne désire pas leurrer qui que ce soit à ce sujet. Les personnages baisent, fourrent, copulent, forniquent, se mettent, etc. La pornographie intellectuelle aime le grossier, le vulgaire, le concret. Elle prétend à une certaine vérité. L’amour peut exister mais il n’est jamais associé à cette odieuse expression.

Suce bien, mon Ida, dit amoureusement Wanda, je suis très excitée et tu dois l’être aussi.
Guillaume Apollinaire, Les onze mille verges

Afin de mieux tourner en dérision la ridicule confusion entre la sexualité et les sentiments, le pornographe insère à l’envi des adjectifs et adverbes inappropriés, inadéquats a priori aux noms et aux verbes auxquels ils se rapportent.

Je vidais gentiment mes testicules.
Michel Houellebecq, Plateforme

La description physique détaillée des personnages est proscrite. Il nous importe peu de connaître d’un seul trait la couleur des cheveux et yeux, la forme du visage, les mensurations chiffrées et l’habillement des protagonistes du récit. La précision pourrait paraître superflue. Il ne faut jamais oublier que l’érotisme littéraire est l’un des terrains où les procédés les plus surannés persistent. Ce type de portrait, dont on pourrait recenser des milliers d’exemples, en est l’un des plus dégoûtants vestiges. Sur les personnages de la pornographie intellectuelle, l’incertitude plane. Leurs corps apparaissent par fragments, comme ils apparaissent à tout sujet dans le réel. Puisqu’il est question de sexe, la pornographie intellectuelle en appelle à la description des interactions entre les organes.

women stick severed genitals in their cunts, grind, bump and flick it at the man of their choice….
William Burroughs, Naked Lunch

De même qu’elle ne souhaite pas circonscrire l’aspect physique des personnages, la pornographie intellectuelle se plait dans les actions suspendues et interrompues. Elle ne cache pas son désir de décevoir les attentes de son lecteur. Tous les textes pornographiques sont décevants. Ils n’offrent jamais ce qu’on attend d’eux. C’est à partir de ces manques, de ces attentes frustrées qu’est généré l’érotisme. Il n’y a pas de doute, le lecteur de la pornographie intellectuelle aime souffrir. La pragmatique du texte érotique relève de l’évidence. À cette première action sur le corps, nous désirons en ajouter une deuxième, qui décuplera la jouissance du lecteur, quoiqu’il en pense au premier abord. Nous entendons poursuivre le travail de Louis-Ferdinand Céline qui, bien avant nous, a choisi de brutaliser son lecteur. Cette violence passera également par une atteinte à son intégrité physique.

je me vois… je sors de tôle… je saute chez vous !... première visite !... votre sourire !... comment je vous trouve ? sous votre sofa, tout convulsant de rigolade, crispé sur Féerie !... arrachant des pages !... fou de plaisir, roulant, étranglant…
− Au secours ! Au secours !
Je vous laisse en accès… râlant… reptant !
Louis-Ferdinand Céline, Féerie pour une autre fois

De même, on n’offrira pas au lecteur un auteur en pâture. La pornographie intellectuelle refuse de se définir en termes d’autofiction. Elle a la décence de ne pas mettre son auteur de l’avant. Elle s’écrit de préférence sous pseudonyme et à plus de deux mains. La pornographie intellectuelle ne se limite à aucun medium. Elle trouve son espace naturel sur Internet, plus précisément sur les blogues, mais pourrait s’adapter au format papier si elle devenait recevable. Ce qu’elle ne deviendra pas. La pornographie intellectuelle ne tourne pas pour autant le dos à l’éthique. La pornographie intellectuelle est consciente qu’elle est redevable à la morale de ses conditions d’existence. Contrairement à ses contemporains, elle n’en appelle pas à une liquidation des tabous. À la suite de Georges Bataille, la pornographie intellectuelle souhaite préserver le voilé et l’interdit. La pornographie intellectuelle est pour la sexualité, pour la transgression, et donc pour le maintien des tabous.

Pornographes de toute la blogosphère, unissez-vous!

- Albertine Bouquet

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(anonyme) on le 17 novembre 2006 17:43 (UTC)
J'aime...
On signe où?

Victoria W
Albertine Bouquet: Orgie de jambesdesir_obscur on le 18 novembre 2006 17:17 (UTC)
Re: J'aime...
J'ai envie de te prendre au mot! Ça me ferait plaisir de t'accueillir comme signataire.

Les possibilités sont multiples. J'ai gossé une petite bannière dans photoshop dont je pourrais te donner l'adresse, je pourrais ajouter ton nom au bas du manifeste, nous pourrions créer une communauté, etc. Je suis même prête à distribuer des feuillets sous le manteau! Vive l'expansion de la pornographie intellectuelle!

À moins que tu désirais seulement me faire part de ton appréciation sans réellement endosser ce qui a été lors d'une folle nuit! Après tout, est-il endossable?
(anonyme) on le 18 novembre 2006 19:21 (UTC)
Re: J'aime...
Au mot? Diantre, me voilà bien prise...!

Un sextuor de mains et un trio de cerveaux? Idéé intéressante, aguichante même.

Je voulais faire part de mon appréciation, en effet, mais je n'ai pas vraiment réfléchi, dans un premier temps, à mon adhésion aux propos du manifeste. À le relire, je me rends compte que certaines propositions me charment, que d'autres me laissent plus froide. Pas que ces dernières me laissent indifférente, plutôt, elles ne correspondent pas tout à fait à mon imaginaire pornographique/érotique.

L'idée d'une communauté virtuelle me plaît définitivement beaucoup. Mais doit-elle se définir autour d'un manifeste? d'un manifeste unique? Peut-être pourrait-on avoir plusieurs manifestes?

On en parle de vive voix bientôt?

Aux plaisirs,

Victoria W
Albertine Bouquet: Jambe nuedesir_obscur on le 21 novembre 2006 04:17 (UTC)
Re: J'aime...
Je me doutais bien que Victoria W n'adhérait pas à toutes les propositions de ce manifeste. :p

Heureuse toutefois que l'idée de la communauté virtuelle te plaise réellement! Puisque je pratique le manifeste haineux, toutes mes idées de manifeste mettent en échec le social. Il est peut-être donc préférable d'oublier le manifeste. Je ne me sens pas moins seule dans cet espace. Sur le Net francophone, les textes érotiques de qualité sont si rares. Il faudrait bien l'animer un peu à plusieurs esprits!

Et, oui, on s'en reparle! ;)

Albertine
(anonyme) on le 06 mars 2008 17:19 (UTC)
Re: J'aime...albertine
Je ne suis juré d'entrer en contact avec chère,Albertine ,fantasmes ?
En cette belle et radieuse matinée ensoleilée, qui fleure bon les prémices de l'arrivée des beaux jours.
Je vous adresse ce billet de ma campagne isolée et rustique campagne, située au sud du midi de l'Auvergne,au coeur du royaume vert, loin, bien loin,de l'agitation verbale,des habitués,de vos cercles littéraires parisiens.
Je m'efforce d'être "conçis", pas l'inverse.
Dois-je vous conter une petite historiette qui est très vraie, mais vous divertira t'elle, je ne suis pas un épistolier inspiré,ni un bourgeois érudit, je n'ai pas votre curssus et nous ne sommes pas du même milieu. Nos "nombreuses" expériences sexuelles,peuvent elles nous rapprocher,sans doute avec une volonté réciproque,nos parcours sexuels si nombreux soient-ils pourtant divergent vous êtes délicieusement bi, je suis délicatement! hétéro ésthète et latin,je déteste les mecs les tarzans certains d'entrent eux ily bien longtemps m'ont déclaré respectueusement leur amour.
J'adore la compagnie des femmes, je suis fan d'elles, je n'attends rien de leur part en échange ni en retour, j'essaye de ne pas oublier pas qu'elles m'ont donné la vie.
J'aime les femmes,qui avec grace et sensualité, savent se faire désirer j'aime alors titiller et "caresser" leurs esprits, jouir d'échanges verbaux, retarder puis maitriser, l'acte volontairement, quelle jouissance alors quand elles s'offrent sans retenue,sans pudeur.VIRTUELLEMNT VOTRE
(anonyme) on le 06 mars 2008 17:23 (UTC)
Re: J'aime...Albertine
Je ne suis juré d'entrer en contact avec chère,Albertine ,fantasmes ?
En cette belle et radieuse matinée ensoleilée, qui fleure bon les prémices de l'arrivée des beaux jours.
Je vous adresse ce billet de ma campagne isolée et rustique campagne, située au sud du midi de l'Auvergne,au coeur du royaume vert, loin, bien loin,de l'agitation verbale,des habitués,de vos cercles littéraires parisiens.
Je m'efforce d'être "conçis", pas l'inverse.
Dois-je vous conter une petite historiette qui est très vraie, mais vous divertira t'elle, je ne suis pas un épistolier inspiré,ni un bourgeois érudit, je n'ai pas votre curssus et nous ne sommes pas du même milieu. Nos "nombreuses" expériences sexuelles,peuvent elles nous rapprocher,sans doute avec une volonté réciproque,nos parcours sexuels si nombreux soient-ils pourtant divergent vous êtes délicieusement bi, je suis délicatement! hétéro ésthète et latin,je déteste les mecs les tarzans certains d'entrent eux il y à bien longtemps m'ont déclaré respectueusement leur amour.
J'adore la compagnie des femmes, je suis fan d'elles, je n'attends rien de leur part en échange ni en retour, j'essaye de ne pas oublier pas qu'elles m'ont donné la vie.
J'aime les femmes,qui avec grace et sensualité, savent se faire désirer j'aime alors titiller et "caresser" leurs esprits, jouir d'échanges verbaux, retarder puis maitriser, l'acte volontairement, quelle jouissance alors quand elles s'offrent sans retenue,sans pudeur.VIRTUELLEMENT VOTRE
(anonyme) on le 17 janvier 2008 19:06 (UTC)
bonjour je suis juste un homme des cavernes qui est tomber par hazard sur ton blog, c'est la première fois d'ailleur que j'en lis un.
Quel expérience !
La première lecture ma bleufé, c'est tellement loing de mon monde.
La deuxième ma fais réalisé que se n'était qu'une colère profonde.
la troisième ma rassuré, notre espèse est bien en train de muté de homme a l'humain.
Il serais interessant de connaitre tes réflextion a toi s'en te rapporter a des auteur que tu as lus.
Je te l'ai dit je suis un homme des cavernes et je comprend pas toutes les subtilités de la litérature mais j'aime réagire quand quelque chose me trouble.
Comme le premier homme découvrant le feu.
Merci.
P.S. désolé pour les fautes mais au moins c'est moi.
(anonyme) on le 31 octobre 2008 09:03 (UTC)
lien utile (?)
devrait vous intéresser
http://bosersach.free.fr/
cordialités
cb