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Albertine Bouquet
16 novembre 2013 @ 11:59
Hélène et moi sommes au garage dans ma banlieue d’enfance. C’est le temps de poser les pneus d’hiver, il y a de l’agitation autour. Nous sommes installées à une table de plastique. Hélène lit pendant que je colore dans un cahier «Ma petite pouliche». Un mécanicien offre un calendrier à un vieux monsieur. «Qu’est-ce que vous préférez, monsieur Lalonde? Là, y a un calendrier de chouchis…» L’homme semble peu convaincu. «Oh boy! Avant, c’était toutes des calendriers de femmes tout nues. As-tu connu monsieur Croteau? Je suis à son garage, pis y me donne un calendrier. Puis là arrive sa femme. A me demande : ‘Pis votre femme, elle?’ A m’amène dans son bureau. Et là, c’était toutes des calendriers d’hommes tout nus.»

 
 
Albertine Bouquet
07 novembre 2013 @ 18:41
portrait d'Albertine
 
 
Albertine Bouquet
26 septembre 2013 @ 18:26
Dans le feu de l'action, il m'a demandé, plein d'espoir, s'il pouvait me venir sur les seins. « Je n'attends que ça! » Et c'est exactement de cette manière, avec mes seins couverts de sperme et mon orgasme quelques minutes après, que s'est terminée ma folle aventure de vendredi soir, aventure qui avait commencé avec ma mère. Je l'appelle rarement ainsi, celle-là, mais puisqu'il était question de gros sexe sale dans la même phrase, j'ai jugé que ça serait drôle. Mme Bouquet, femme dans laquelle j'ai séjourné neuf mois, m'a téléphoné l'autre jour. Elle voulait absolument m'acheter un cadeau. Nous nous étions disputées quelques jours plus tôt parce qu'elle m'avait fait un sermon sur l'importance de l'homme, du père de famille pour remettre à l'ordre les enfants dissipés. Elle me racontait que la fille de son amie était devenue une délinquante et que c'était parce que son père ne l'avait pas remise à sa place à temps. Sa mère l'avait fait, bien sûr, mais ça ne compte pas. Ça prend un homme avec une grosse voix méchante, du poil et un pénis pour qu'un enfant soit assez secoué pour se remettre dans le droit chemin. Jean-Martin Aussant, politicien qu'on oubliera bien vite et musicien qu'on oubliera encore plus vite, pense d'ailleurs comme ma génitrice. Il l'a écrit dans son texte suivant sa lettre de démission : « Je n'ai pas eu le temps de répondre personnellement à tous les messages reçus, mais je les ai tous lus. Parmi ceux-ci, quelques rares messages un peu moins sympathiques, forcément. Les plus virulents d’entre eux, presque de nature haineuse, me portaient à croire que leurs auteurs avaient certainement dû manquer… de présence paternelle dans leur jeunesse. » Dans un de mes grands moments d'élégance et de délicatesse, j'ai répondu à Mme Bouquet qu'elle était une criss de conne de répéter de pareilles bêtises. J'ai ajouté que, de toute manière, il n'existe même pas de « droit chemin », qu'elle devrait seulement regarder Tu as crié LET ME GO, pleurer et ouvrir les yeux pour comprendre que notre monde nous place constamment dans des situations insoutenables. Ma mère, en soulignant que mon comportement à son égard était exécrable, m'a avoué qu'elle trouvait que j'avais peut-être soulevé un point intéressant. Elle voulait donc m'offrir un cadeau, pour marquer notre réconciliation, mais aussi parce qu'elle sentait qu'elle était parfois injuste avec moi. « C'est quoi, tu veux m'acheter ? », ai-je renchéri. Elle a conclu notre conversation par un « Franchement, Albertine » bien senti.

Je blaguais, je sais bien qu'elle ne désirait pas m'acheter. Elle m'a raconté l'autre jour que dans les moments de précarité financière de mes parents, alors que j'étais toute petite, je la poussais à dépenser pour elle. Il parait que je lui ai déjà tenu un grand discours sur le fait qu'elle faisait déjà assez de sacrifice et que je l'avais traînée au centre d'achat s'acheter un nouveau manteau d'hiver pour elle. Elle sortait en plein janvier avec deux chandails de laine et un manteau d'automne. Elle s'est rappelé cette histoire récemment et, tout d'un coup, Mme Bouquet s'est mise à célébrer mon esprit de dépense. Elle venait de comprendre que je ne suis peut-être pas complètement écervelée et que l'argent, lorsqu'on en a suffisamment pour vivre, peut bien être dépensé sans réfléchir. Après tout, la vie étant si moche, il faut bien tenter de s'amuser un peu. Vendredi dans la journée, ma mère m'a donc harcelée pour savoir quel cadeau je voulais. « N'importe quoi. Dis-le et tu l'as ». J'ai refusé, en prétextant que je n'avais besoin de rien. Puisqu'elle insistait, je lui ai proposé de payer mon loyer ce mois-ci, en lui expliquant que ça serait le plus beau cadeau pour moi en ce moment. Elle pourrait aussi payer ma future facture de vétérinaire si mon chat tombe malade. « Parfait. Je paie ton loyer, je paierai aussi ta facture de vétérinaire si ça arrive, mais je veux quand même te donner un vrai cadeau. Une folie, quelque chose que tu ne t'achèterais pas! » Ah, misère. À l'évidence, elle n'allait pas me lâcher si je ne trouvais pas quelque chose. Puisqu'une carte cadeau de la SAQ n'était pas une option, j'ai fini par dire que je voudrais bien avoir une machine Nespresso. Je lui ai expliqué qu'il fallait par contre sortir de sa banlieue paisible pour l'acheter, puisque la boutique Nespresso est sur Crescent, pas très loin de l'infâme centre-ville où se rassemblent les pas propres, les petits escrocs et les drogués. Ces gens-là, parfois un peu agressifs, ont sans doute manqué de présence paternelle, dirait JMA. ON devrait les aider. Elle n'a pas commenté mon sarcasme et s'est contentée de s'exclamer : « Super, ma grande, je viens te chercher à 19h ».

Sur Crescent, chic repaire des douches et des douchettes, Mme Bouquet et moi avons cherché un parcomètre après avoir repéré la boutique Nespresso. Lorsque nous sommes arrivées à l'entrée du commerce, nous étions certaines de nous être trompées. Tout portrait à croire qu'il s'agissait d'un café, pour siroter tranquillement son espresso plus que d'un lieu pour acheter des machines à café. De belles jeunes femmes et de beaux jeunes hommes, tout de noir vêtus, nous ont toutefois invitées à entrer en confirmant que nous pouvions nous procurer une merveilleuse machine à dosette à l'étage. Nous avons gravi l'escalier, le coeur heureux, confiantes d'entrer dans le monde magique du café encapsulé. Un homme bien mis est venu nous accueillir. Je lui ai expliqué que nous étions là pour acheter une machine avec un réservoir de lait pour le cappuccino. Notre vendeur nous a guidées vers les différents modèles. Il nous a promis d'emblée qu'il nous ferait goûter à des cafés. Wow! Il a ensuite lancé sa cassette promotionnelle. Il parlait lentement, en répétant sans cesse les mêmes deux ou trois caractéristiques. Son pitch était simple. Il ne disait même pas que la machine avait 19 bar de pression. J'avais envie de lui crier : « Accouche qu'on baptise!!!  » Après tout, je voulais une machine qui fait un espresso en deux secondes, j'aurais aimé avoir un vendeur qui va droit au but. Il a osé nous demander si ça allait trop rapidement pour nous puisqu'il y avait tant d'informations à absorber. Je lui ai lancé d'un air désespéré: « Maintenant que vous le dites, de grâce, ralentissez! Nous ne sommes pas vite, vite... » Mme Bouquet a corrigé, un peu gênée : « Non, non, ça va aller ». Je crois bien que, malgré sa politesse, elle aurait aussi aimé le mettre sur avance rapide. Nous nous sommes tues puisque le grand moment allait arriver : nous allions enfin goûter au café qui sort de petites capsules. Ah la technologie! Ah le progrès! L'humain est peut-être passé de la fronde à la bombe atomique, comme l'écrit Adorno, mais au moins il peut faire du café sans effort en deux secondes.

Le vendeur nous a montré qu'il y avait différentes manières de préparer la mousse pour le cappuccino. Avec des mouvements de mains précis, il nous a fait un cours de mousse. Je fus grandement impressionnée! C'est sans doute à ce moment-là, d'ailleurs, que, à mon corps défendant, les premières pensées lubriques firent leur apparition dans mon esprit. Un homme agile de ses mains, ce n'est jamais de refus. Les cafés étaient très bien. Comme il se doit, nous étions ébaubies devant la vitesse de la machine et la simplicité du procédé. J'ai choisi le modèle qui fait la mousse de lait automatiquement. Vive l'efficacité! Le vendeur a approuvé mon choix. Fiou! Il a ajouté que ce petit bijou de machine épaterait assurément mes invités. « Est-ce que j'ai l'air d'une fille qui reçoit des gens? » Mme Bouquet, embarassée, s'est exclamé: « Franchement, Albertine! » Mon vendeur, pas trop susceptible, apparemment, a dit qu'Albertine était un très joli prénom. Pleaaaase!

Il nous a ensuite proposé de prendre le kit de départ contenant 250 capsules. Ma mère, peut-être pour s'excuser de mon comportement, peut-être emportée par son nouvel esprit de dépense, lui a répondu : « Pourquoi pas! ». En plus, ça venait avec un totem en prime. Oui, oui, un totem! C'est un espère de T à l'envers en plastique pour ranger nos capsules. Nous nous sommes dirigées vers le comptoir pour procéder au paiement. Une fois, la machine payée, il a ouvert mon compte Nespresso en m'expliquant que dorénavant je n'aurai plus qu'à mettre ma carte sur le comptoir pour que le caissier accède à mon compte. Nous étions dans un film de S-F. Ce moment d'ouverture du compte fut crucial. Je devais réussir à lui révéler mes plans sans que Mme Bouquet ne s'en apperçoive. Lorsqu'il m'a demandé mon adresse et mon numéro de téléphone, je suis parvenue à lui faire un clin d'oeil rempli de promesse et un sourire enjôleur pour qu'il comprenne que j'attendais son appel. Ma mère et moi avons attrapé la machine, la boîte immense du totem et l'autre, géante, avec mes capsules. En quittant la boutique, nous fûmes saluées par les quinze serveuses et serveurs du café. Je ne savais plus où donner de la tête. « C'est un bel endroit. » Évidemment, ma mère avait été aussi conquise par le décorum qu'outrée par mon comportement. « Tu n'es vraiment pas du monde! »

Sur la route du retour, j'ai travaillé fort pour contourner tous les coins de squeeges. Ça entraîne toujours une situation inconfortable lorsque nous en croisons ensemble. J'ai toujours peur de ce qu'elle va dire. J'ai réussi ma mission. J'ai opté aussi pour une route qui nous faisait éviter à la fois Ontario et Ste-Catherine afin de me prémunir contre tout autre commentaire sur mon quartier. J'y suis arrivée aussi. Je ne pouvais toutefois pas lui faire contourner ma rue. Mes voisins d'en face étaient rassemblés sur leur balcon. Ils ne faisaient rien de particulier, ils ne dérangeaient pas. Je me suis exclamée sans réfléchir : « Oh. Les chilleux sont là. » Ma mère ne comprenait pas ce que je disais. Je lui ai répondu de laisser faire, mais elle exigeait des explications. « Hélène et moi, on les appelle comme ça : les chilleux. C'est tout. Juste un surnom ». Elle m'a fait un regard réprobateur. Je pense qu'elle m'accusait de désigner mes voisins de manière injurieuse. Un peu susceptible, je n'ai pas pu m'empêcher d'ajouter : « Penses-tu qu'ils ont manqué de présence paternelle dans leur jeunesse ? » C'était plus fort que moi. J'ai comme un don de mettre l'huile sur le feu. Elle n'a rien répliqué, mais je savais qu'elle était fâchée. Elle est repartie sans plus attendre vers sa banlieue. Dans quelques jours, elle me téléphonera peut-être pour dire que je n'ai vraiment pas d'esprit de réconciliation.

J'ai installé ma machine toute seule. Ce n'était pas bien compliqué. J'ai mis fièrement mon totem débordant de capsules à côté et je me suis servie un grand café au lait. Lorsque la mousse s'est mise à couler dans la tasse, je me suis rappelée que j'attendais un appel. Je me suis même surprise à espérer que mon téléphone sonne. Plus le temps passait plus je me disais qu'il n'avait peut-être pas compris l'invitation. J'avais tellement envie de sexe que j'étais sur le point de prendre le métro pour aller le chercher chez Nespresso. Je n'ai rien eu à faire. Alors que j'enfilais mon manteau, mon téléphone a enfin sonné. Joie! Il m'a promis d'embarquer dans le premier taxi et de venir m'enfiler sans plus attendre.

 
 
Albertine Bouquet
19 septembre 2013 @ 06:27
Grande révélation : je n'achète jamais de drogue et pourtant j'en prends. Mon anarchiste, grand consommateur, remplit ma petite boîte rose dans laquelle je mets mon stock lorsqu'il passe chez moi. Parfois, sans que je ne m'en sois rendue compte, la boîte est redevenue pleine. Avec ma seule consommation, ça ne descend pas vite vite. Je bois plus que je me drogue, il faut dire. J'avoue d'ailleurs que j'avais presque réussi à me guérir d'un alcoolisme naissant de plus en plus sérieux. J'avais presque réussi, oui. Je dois toutefois me résoudre à écrire que j'ai échoué. Je suis alcoolique à nouveau. La charte des valeurs québécoises est venue m'achever! La charte est sortie et BANG, drette-là, je me suis remise à boire. C'est ta faute, Bern Drainville! J'haïs le Québec, ce n'est pas nouveau, mais là, c'est pire que pire. Je lève mon verre à votre pays-qui-n'en-est-même-pas-un de crétins. Verse, verse le vin! verse encore et toujours! Je suis gaie! Je suis gaie!

Tout ça pour dire que je ne sais pas trop comment on achète de la drogue. Je connais toutefois la manoeuvre de mon anarchiste. Il appelle le gars, il arrive à la porte et ils se parlent en boys. « Yo, comme d'hab. » « Merci, Mister ». Mon anarchiste n'étant pas en ville hier, il fallait donc que je me débrouille toute seule pour une fois si je voulais me faire une soirée vin et pot. J'ai cherché le numéro. J'ai répété mille fois mon texte à haute voix dans mon appartement : « Salut, c'est Albertine sur la rue A. Tu sais, tu viens souvent voir mon ami D. Peux-tu passer me voir ce soir à la même adresse ? » J'ai essayé de trouver le ton le plus décontracté possible. Ce n'est pas évident, ça ne me réussit pas trop. Parfois j'avais un ton trop excité, parfois mon ton était trop amusé, comme si je racontais une bonne blague. Il m'a fallu essayer d'adopter une attitude plus neutre. Ça n'allait pas encore, soit j'avais l'air d'une bourgeoise d'Outremont, soit d'une professionnelle sur le bord de la crise de nerf qui essaie d'adopter un ton calme, soit des deux en même temps. J'ai cherché en moi une voix plus masculine, ma voix de dyke. Ça a marché, wow! Faque j'ai réglé ça Butch-style : « Yo, c'est Al, rue A. Chu à la mêm' adresse que D. Peux-tu passer, man? » Je ne peux pas croire que j'ai ajouté un « man » à la fin. Eh oui, je l'ai fait. Je l'écris ici avec la plus grande honte. Je me disais qu'à cause du « man », il n'allait pas venir me livrer. Je fus détrompée, il m'a répondu : « Je t'envoie quelqu'un ». Wah, cool!

Je me suis servie un verre de vin. Un Côtes-du-Rhône. Rien de trop beau! J'ai profité du spécial à la SAQ cette fin de semaine. Après deux heures d'attente, j'arrivais au fond de ma bouteille lorsque j'ai entendu des pas dans mon escalier. J'ai ouvert la porte et c'était une fille. Mon dieu, je ne pensais pas qu'il y avait des livreuses. Ça m'a tellement surprise que je ne savais plus quoi dire. Elle n'avait pas l'air heureuse de tomber sur une novice. Elle m'a demandé d'un ton bête si c'était moi qui avait appelé le gars. J'ai dit oui et j'ai demandé un trois et demi. Elle me l'a donné et a pris mon argent. Elle a bredouillé un « bye » à peine audible et a entamé la descente vers l'extérieur. Je ne sais pas trop pourquoi, mais c'est à ce moment-là que j'ai crié : « Heille, attends! ». Elle s'est tournée vers moi et j'ai dit un peu pathétiquement : « Je ne sais pas rouler. Je te donne un 10 si tu m'en prépares 3-4. »

Avec un air de mépris, elle est remontée. Je l'ai invitée dans mon salon. Je lui ai donné mon papier à rouler. « Veux-tu du vin, une bière ? » Elle était déjà à l'oeuvre comme une pro. Je ne regrettais pas de l'avoir retenue. En plus, j'avais pour elle d'autres desseins! Mon gaydar infaillible me disait que j'avais des chances. « As-tu une grosse soirée ? » Elle a répondu sans me regarder que j'étais la dernière. Elle était peut-être lesbienne en effet, mais à l'évidence, je ne l'intéressais pas du tout. Je ne savais tellement pas quoi dire pour faire la conversation, pour susciter un peu d'intérêt. Tsé, moi et le small talk. Toutes les idées que j'avais en tête étaient plus débiles les unes que les autres : Vends-tu de la drogue depuis longtemps? Viens-tu d'Hochelag'? As-tu un gun? As-tu déjà pété les jambes de quelqu'un qui ne payait pas? As-tu déjà tué quelqu'un? Me tuerais-tu si j'essayais de pogner ton stock? As-tu déjà fait de la prison? As-tu vu Orange is the New Black? Trouves-tu qu'Alex Vause est vraiment sex?

Elle m'a tirée de ma rêverie. En regardant mes livres en désordre, elle m'a demandé si j'étais professeure. J'ai hurlé spontanément : « Mon dieu, NON! Enseigner, moi ? JAMAIS! » Elle m'a expliquée qu'elle me demandait ça parce qu'avec l'embourgeoisement d'Hochelag', elle avait de plus en plus de clients profs. Ça l'amuse d'imaginer que les enseignants de Cégep se roulent un joint le weekend pour se donner un air rebelle. « Moi, je suis juste une salope qui écrit un blogue et qui baise. C'est toutte! ». Sans m'en rendre compte, je venais de mettre le sujet sur la table. Elle a arrêté de rouler pour tourner les yeux vers moi. « Veux-tu baiser ? », ai-je ajouté d'une voix déterminée.

C'est comme ça que j'ai acheté pour la première fois de la drogue et que j'ai couché avec ma première trafiquante. Elle m'a avoué au lit qu'elle faisait ça pour payer ses études. « T'es pas en littérature? » Heureusement, elle a dit non. Je lui ai dit qu'elle était chanceuse, parce que si ça avait été le cas, je la mettais dehors. À grands coups de pied! Elle s'est risquée à ajouter, pour me narguer, qu'elle aimait bien la littérature quand elle était au Cégep. « Ne m'en parle pas, s'il-te-plait! » L'idée de la littérature me débande d'un coup. Elle s'est empressée de me dire que ça ne se pouvait pas de toute manière, qu'avec les doigts qu'elle allait me mettre dans le vagin et dans le cul, je ne pourrais ni la jeter dehors, ni débander. Elle avait bien raison d'être si confiante en ses moyens.

 
 
Albertine Bouquet
24 août 2013 @ 12:13
Avant-hier, j’ai confié à madame Bouquet que j’étais peut-être agoraphobe. Puisqu’habituellement ma génitrice est incapable de m’entendre lorsque je lui révèle une faiblesse, je m’amuse souvent à me présenter sous le jour le plus défavorable possible afin de tester les limites de son déni. Elle est tellement sûre que sa progéniture ne peut être autre chose qu’une dure de dure qu’elle refoule toujours mes pires aveux. Ce jour-là, comble de malchance, elle m’a entendue et s’est écriée : « Bientôt tu ne seras plus capable de sortir de chez toi! Agis vite, fille! » Je lui ai répondu qu’il n’y avait pas péril en la demeure, l’agoraphobie n’allait pas me tuer. De toute manière, ces affaires-là n’arrivent qu’aux meilleures : Elfriede Jelinek a gagné le prix Nobel de littérature. L’argument était béton, mais madame Bouquet n’a rien à cirer des désordres d’une Autrichienne dont elle n’a jamais entendu parlé. Elle m’a fait jurer que j’allais sortir de chez moi cette semaine. Elle a fait planer l’idée qu’elle était prête à tout, même à engager un détective privé, s’il le fallait, pour s’assurer que je quitterais bien mon domicile. Eh merde. Ça m’apprendra! Il vaut mieux choisir ses confidents si on veut avoir la paix.

J’ai écrit quelques courriels à des amis. Puisqu’ils étaient tous occupés et qu’il me fallait un rendez-vous au plus criss, j’ai décidé de contacter un écrivain, ancien amant, qui avait rempli tout l’été ma boîte vocale pour me raconter à quel point je lui manquais. Fin juillet, tannée d’entendre mon téléphone sonner, j’avais répondu pour lui annoncer que notre brève mais trop longue histoire était terminée et qu’il pouvait se consoler dans les bras de sa femme. Il m’avait trouvée cruelle. Ben, tant pis, moi je le trouvais fatigant. Tout ça pour dire qu’à cause de cette affaire d’agoraphobie, je me suis décidée à le rappeler. Puisque je suis peut-être cruelle, mais pas malhonnête, je lui ai expliqué que j’avais besoin de son aide pour sortir de chez moi. Il a accepté de me voir. On s’est donné rendez-vous dans un café d’Hochelague.

Il arrive avec son laptop sous le bras. Il est trop excité de me montrer la couverture de son nouvel opus. Avant même de me saluer, il ouvre son ordinateur et zoome fièrement sur la photo de son dernier livre. « Wow! », lui dis-je pour être gentille. Toutes les belles maquettes du monde ne peuvent rien contre une blogueuse DIY comme moi. Le jour où il gossera son livre lui-même à partir de rien, peut-être commencerai-je à être un peu impressionnée.

Après deux-trois allongés, il me traîne dans un bar à deux coins de rue de là. Nous ne pouvons pas aller chez lui, sa femme y est avec sa marmaille, nous ne pouvons pas aller chez moi non plus, il me faut vaincre mon agoraphobie naissante. Nous sommes sur le point d’entamer notre deuxième whisky lorsqu’il me confie qu’il travaille sur quelque chose de gros. « J’écris une lettre aux journaux. » Ne le connaissant pas comme un écrivain engagé, je suis sciée. C’est bien la dernière personne de mon entourage que je peux imaginer capable d’envoyer une lettre aux journaux. Il devient fou, ma foi! Je m’attends à ce qu’il me dise qu’il écrit sur la Syrie, sur les attaques de drones d’Obama, sur les déraillements de train ou l’embourgeoisement d’Hochelague. Rien de tout ça! J’étais complètement dans le champ. Le sourire aux lèvres, il me présente son combat : le prix unique du livre. Oh shit! Wow! Il devient tout agité. Il ressort son laptop, il veut absolument me montrer quelque chose. J’écarte nos verres de peur qu’il les renverse sur son ordinateur. Il tourne l’écran vers moi. « Regarde! Regarde! » crie-t-il rouge de colère. C’est la page de son livre sur Amazon. Le site annonce un rabais de 24% sur le titre. Et moi qui pensais que les rabais sont réservés aux E. L. James, George R. R. Martin, Kim Thúy et cie, bref, aux écrivains que le monde lit. « Mon livre n’est même pas sorti et il est déjà en solde sur Internet ». Il m’explique que les conséquences seront désastreuses, que les librairies vont mourir les unes après les autres, que les livres n’ont pas de prix… On est donc selon lui à deux doigts du désastre. Il ajoute que si la saignée continue nous serons dans la merde côte à côte avec Haïti, l’Afghanistan ou le Zimbabwe. Je lui dis qu’à ma connaissance les librairies indépendantes profitent de certaines mesures nettement plus efficaces pour les protéger : les achats de livres par les bibliothèques qui doivent se faire dans une librairie agréée, par exemple. Il prétend que je détourne le débat, que ces politiques d’acquisition des documents ne changent rien au fait que son livre est offert avec 24% de rabais sur Amazon et que c’est un scandale.

En repartant chez moi, je n’ai plus peur d’y rester prise cette fois. L’avenir s’annonce si radieux! Je pourrai appeler madame Bouquet pour lui dire que je vais mieux. Je ne me peux plus! J’ai tellement hâte grâce au prix unique du livre de voir magiquement « monsieur et madame tout le monde » prendre d’assaut les librairies indépendantes! Fini les recettes de Di Stasio au rabais chez Walmart! Fini les Guide de l’auto offerts pour presque rien chez Costco! Enfin la littérature fleurira! Enfin surgiront de partout des milliers de voix différentes! Quoi demander de plus? Ce sera un monde parfait!

 
 
 
Albertine Bouquet
13 août 2013 @ 16:05
« Hélène, j'arrête d'écrire! Je ferme mon blogue! »

J'ai lancé ces phrases comme si de rien n'était dans un café d'Outremont où nous déjeunions ce matin. Nous avions prévu de manger ensemble avant d'aller voir le tournage du vidéoclip d'une amie sur un toit. La salope a à peine réagi. Elle pensait peut-être que je voulais la niaiser. Elle m'a répondu en me demandant ce que je pensais faire d'autre pour m'occuper. Je lui ai proposé d'être sa femme au foyer. Elle a ri de moi avant de refuser mon offre. Je lui ai proposé de devenir braqueuse de banque. Albertine la Mitraille, ai-je ajouté rêveusement. Elle a souri. Visiblement, elle trouvait ce plan plus réaliste que le précédent. J'ai fini par lui avouer que j'allais sans doute continuer d'écrire, mais que ça serait différent. Je lui ai dit que je cherchais un nouveau projet, que j'avais besoin d'explorer de nouvelles formes.

« Je pourrais écrire de la poésie! Trois quatre lignes à peine et je serais déjà en buisness. Bébé fa-fa!»

Elle a regardé l'heure et m'a dit que nous n'avions pas le temps d'analyser en long et en large ma crise de vieille blogueuse cumulant onze ans de métier. Il fallait y aller. En route, je lui ai promis qu'elle serait la première à entendre ma poésie. Elle m'a remerciée de lui faire un si grand honneur et elle m'a dit que je ne serais même pas capable d'écrire un poème en résistant à tourner le genre en ridicule. Oh franchement! Tu verras bien, oiseau de malheur!

C'était fou sur le toit! Il y avait plein de belles personnes, de jeunes artistes prêts à tout pour faire rayonner sur le monde leur créativité : photographes, camera(wo)men, réalisateur, chanteuses, chanteurs, musiciennes. J'avais l'impression d'épier un travail à des lieux du mien, me sentant complètement étrangère à leur agitation. Contre toute attente, je me trouvais presque en paix au milieu de cette faune. La frénésie sur le plateau me faisait oublier ma crise artistique.

L'autre jour en relisant le Refus global pour écrire « Nigga please », je suis tombée sur cette phrase de l'édition critique : « L'oeuvre de Paul-Marie Lapointe fut longtemps entourée de silence, au point qu'on a pu parler également d'occultation ». Ça a été un choc! Je me suis dit que ce serait assurément moi dans une cinquantaine d'années. En 2063, on écrira : « L'oeuvre d'Albertine Bouquet fut longtemps entourée de silence, au point qu'on a pu parler également d'occultation ». Pas drôle d'être trop forte pour son époque!!! Eh! le talent, la vision, pas donné à tout le monde!

Et puis, mon amie, la cowgirl qui enregistrait sa chanson, m'a complètement sortie de ma rêverie d'artiste sciemment ignorée. Elle m'a présentée à ses camarades comme une écrivaine. Puisque j'étais ce matin-là la seule représentante de cette noble vocation, les gens autour semblaient intéressés à connaître la teneur de mon travail. À l'instant même où je songeais à tout abandonner, il me fallut présenter en quelques mots timides onze ans d'une écriture bloguesque à laquelle momentanément je ne croyais plus. Je me suis dit que c'était quand même un retournement incroyable dans ma petite histoire. Au moins, ça m'empêchera de m'apitoyer sur l'injustice qui entoure la réception immédiate de mes petits écrits.

Malheur à mes contemporains, je ne fermerai pas mon blogue! J'ai encore trop envie d'emmerder la planète. Même si je ne le fais que dans mon arrière-cour où je suis à peu près seule. Heureusement, j'aurai la décence de ne pas me lancer dans la poésie. Ça ne me réussirait pas. Une fille doit connaître ses limites!

 
 
Albertine Bouquet
11 août 2013 @ 21:20
Par les temps qui courent, on célèbre le soixante-cinquième anniversaire de la publication d'un texte qui s'est attaqué à nos servitudes -passées, comme on le sait- et qui aurait permis l'avénement de ce Québec si beau et si extraordinairement émancipé que l'on connaît de nos jours. La Presse a eu l'idée d'inviter Marc Séguin, artiste subversif, à écrire un texte à ce sujet. Quand je suis tombée sur la page, j'étais assez heureuse. Marc Séguin est cute, viril, pis toute. Je ne suis pas femme à bouder son plaisir. Et voilà qu'en à peine quelques mots mon beau roux arrive à me turner off.

« On lit Refus global aujourd’hui avec un sourire. Et certaines interrogations : comment ce texte a-t-il pu faire scandale ? [...] On lit et on ne peut s’empêcher de trouver Refus global 'bon enfant '. »

Nigga please.

Criss, comment on fait pour sourire en lisant le Refus global quand on se fait marteler petit peuple? Comment on fait pour trouver « bon enfant » un texte qui nous rappelle que nous avons été tenu [s] à l'écart de l'évolution universelle de la pensée pleine de risques et de dangers? Comment peut-on s'amuser de ces consciences qui s'éclairent au contact vivifiant des poètes maudits: ces hommes qui, sans être des monstres, osent exprimer haut et net ce que les plus malheureux d'entre nous étouffent tout bas dans la honte de soi et de la terreur d'être engloutis vivants?

Peut-être, j'imagine, y arrive-t-on quand on n'a pas encore aujourd'hui l'impression d'être tenu à l'écart de l'évolution universelle, du simple fait d'être ici, peut-être si on ne connaît pas cette terreur d'être engloutis vivants, si on n'est pas convaincu qu'il est plus interdit que jamais de marteler petit peuple...

Oh bien sûr, Marc Séguin souligne le courage que ça prenait à Paul-Émile Borduas à l'époque d'écrire ça, il précise ce qu'il en a coûté à Borduas de publier ce texte, juste avant de se demander à quoi s'en prendrait un Refus global aujourd'hui, tenant pour acquis que ce serait forcément différent.

Pendant ce temps, je relis Refus global de mon côté: Il aurait fallu être d'airain pour rester indifférents à la douleur des partis pris de gaieté feinte, des réflexes psychologiques des plus cruelles extravagances : maillot de cellophane du poignant désespoir présent (comment ne pas crier à la lecture de la nouvelle de cette horrible collection d'abat-jour faits de tatouages prélevés sur de malheureux captifs à la demande d'une femme élégante; ne pas gémir à l'énoncé interminable des supplices des camps de concentration; ne pas avoir froid aux os à la description des cachots espagnols, des représailles injustifiables, des vengeances à froid). Comment ne pas frémir devant la cruelle lucidité de la science.

Suis-je la seule aujourd'hui à crier et à frémir de la sorte? Est-ce réellement là le fait d'une autre époque?

Marc Séguin déclare aussi que le Refus global aujourd'hui décrierait le marché de l'art. Mais le Refus global en faisant autant sinon plus en chiant sur le moindre acheteur.

Des gens aimables sourient au peu de succès monétaire de nos expositions collectives, ils ont ainsi la charmante impression d'être les premiers à découvrir leur petite valeur marchande.

Si nous tenons exposition sur exposition, ce n'est pas dans l'espoir naïf de faire fortune. Nous savons ceux qui possèdent aux antipodes d'où nous sommes. Ils ne sauraient impunément risquer ces contacts incendiaires.

Dans le passé, des malentendus involontaires ont permis seuls de telles ventes.

Nous croyons ce texte de nature à dissiper tous ceux de l'avenir.


Existe-t-il encore aujourd'hui, au Québec, au royaume des relations publiques, un seul artiste qui tournerait le dos à un seul acheteur, un seul spectateur, voire le moindre quidam qui lui témoignerait un tant soit peu d'intérêt?

Enfin, c'est drôle, quand je lis Refus global, je ne souris pas, j'ai juste envie de pleurer...

Ce que Marc Séguin, comme tant d'autres, n'a peut-être pas envie de voir, c'est que le Refus global, il continue de lui cracher à la gueule et de nous cracher à la gueule à nous tous et toutes...

 
 
Albertine Bouquet
20 février 2013 @ 21:13
Prête à affronter tous les périls au nom de la connaissance, je viens de terminer Fifty Shades of Grey On parle souvent de ce livre sans dire l'essentiel. Je me dois donc de rétablir les faits : le sujet principal du roman n'est pas le sexe (la première scène érotique est à la page cent), ni même le BDSM (ils discutent plus du contrat qu'ils ne passent réellement à l'acte)! Le sujet principal du roman, c'est plutôt l'argent. La narratrice, Anastasia Steele, est une jeune femme issue de la classe moyenne, qui se sent complètement écrasée par l'assurance des gens des classes supérieures. Après, par exemple, que Christian Grey, Monsieur Cinquante nuances pas très subtiles, lui ait offert des livres rares, elle ne désigne plus ces objets qu'en mentionnant leur prix : «Un instant il me repousse, l'instant d'après il m'envoie des livres à quatorze mille dollars et me traque comme un harceleur». Dans un autre passage du roman, il est écrit : «J'ai envie de m'enfuir. Il est riche». Plus loin, notre héroïne est morte de honte d'avoir vomi devant un PDG. Et ce même PDG l'attachera avec sa cravate, symbole ultime de son appartenance à l'élite économique. Au fond, Fifty Shades of Grey raconte l'histoire d'une idiote et d'un épais qui, sous le couvert de pratiques sado-maso, se crossent sur le capital. Ah Monsieur Grey, non, non, ne m'achète pas une voiture de luxe. Oh, oh, Monsieur Grey, tu possèdes un... si immense jet privé en plus de ton hélicoptère! Que tu es puissant, Monsieur Grey! Je suis toute mouillée.

Je parlais de tout ça et bien plus à mon Hélène hier. Elle m'a posé la question essentielle : « Mais ça t'a excitée ? » J'ai dû arrêter quelques minutes pour y penser. « Hum, je crois pas, pas vraiment ». Elle m'a regardée d'un air sceptique. « Je veux bien, Al, je comprends que c'est un livre débile, mais quand même il devait y avoir des pénis, des boules, des fluides... » Il y avait UN pénis!!! Un seulement! Un pénis, celui de Monsieur Grey. Déjà ça part mal... Des seins, ouais, mais à peine... Puisque le livre s'adresse à la femme hétérosexuelle, on ne parle que du corps de Monsieur Grey. Et encore, on n'en dit pas grand chose. On dit surtout qu'il est BEAU, oh si BEAU! Le seul passage sexuel que j'ai bien aimé c'était un éloge, très propre toutefois, de la sodomie. Ce bout-là m'a intéressée, même si le côté « guide pour plaire à son homme » me donnait presque le goût d'y renoncer... En fait, Fifty Shades of Grey est un livre didactique pour que la lectrice découvre des pratiques «illicites» tels que le BDSM. Que la littérature érotique serve de véhicule de la connaissance libidinale, soit! C'est très bien! Cela dit, je pense qu'il y a de meilleures professeures que EL James. Dans un passage, la narratrice suce la queue de Monsieur Grey pour la première fois, Monsieur Grey qui fait 100 000$/heure (détail qu'on précise dans Fifty Shades Darker que je lis présentement). Elle n'avait jamais fait de fellation avant ce jour. Monsieur Grey est son premier partenaire. (Je n'écris pas qu'elle était vierge, parce que l'idée de la « virginité », ça place la pénétration vaginale au centre de toutes les relations sexuelles). Elle le suce, donc. Et il éjacule dans sa bouche. Gourmande, Anastasia Steele avale le tout comme une experte. Monsieur Grey est ben fier de sa protégée! De son ton paternaliste habituel, il la félicite et lui donne une mention « excellent » comme s'ils étaient à la petite école. Il élève donc Steele au titre suprême de première de classe, parce qu'elle n'a pas eu de gag reflex. C'est juste que, criss, un gag reflex, c'est humain et c'est involontaire!! J'ai déjà eu un gag reflex en avalant du sperme même si je désirais très fort la semence de mon partenaire. Ça ne fait pas de moi une moins bonne suceuse. Et, anyway, je ne participe pas à des concours de pipe, ni à des concours de talents pour plaire aux Monsieur Grey de ce monde.

Perso, je n'aurais jamais avalé le sperme de Monsieur Grey. Je l'aurais gardé dans ma bouche pour lui cracher au visage avant de m'emparer d'un des fouets de la Chambre rouge. J'aurais profité du fait qu'il soit obligé d'essuyer son beau visage pour le frapper de toutes mes forces. Il aurait crié : « Jaune! » Le premier safeword dans leur contrat. Et j'aurais continué encore plus fort. Il aurait hurlé : « Rouge ! » Je lui aurais donné deux ou trois coups de plus juste pour lui faire comprendre qui est la dominante et je me serais enfuie avec une ou plusieurs de ses jolies assistantes blondes à bord de Charlie Tango, son hélicoptère. Ciao fucker! Je devrais écrire un fanfic. Ça serait dans l'esprit du texte, puisque Fifty Shades of Grey a commencé comme un fanfic de Twilight.  Ça s'appellerait : Steele's Revenge. Fifty Shades of Red! Dans mon texte, il va y en avoir du sexe. Je vous jure du gros sexe sale! Pas de règles, de l'action, du désordre, des fluides, des bouches avides, des pénis, des seins, des plottes... Quelque chose de le fun, bref!

 
 
Musique actuelle: Hole
 
 
Albertine Bouquet
09 février 2013 @ 21:18
040110-femen

L'autre jour, je traînais dans un café en ville avec des connaissances. À la télé, nous avons vu des images des femmes de Femen. Un gars du groupe, que je connais très peu, s'est mis à se moquer : « Ben oui, ça se crisse à poil pour dénoncer la culture du viol! Pas fort! Qu'est-ce qu'elles ne feraient pas pour un peu d'attention médiatique? ». Tout le monde riait. Tout le monde, sauf moi évidemment. Un fille s'est tournée en ma direction : « Albertine, je te gage que tu trouves ça ben correct Femen? Ce serait ton genre, il me semble ». La partie était perdue d'avance, mais puisque je suis bonne joueuse, j'ai décidé de ne rien taire de ma passion. Je me suis exclamée : « Les femmes de Femen, bien sûr, que je les aime! En fait, JE LES ADORE! ». Il y a eu un silence. Je n'avais pas trop envie de débattre, alors j'ai dit que je devais partir et en quittant j'ai jugé à propos d'ajouter : « Je me mettrais à poil avec elles n'importe quand ! »   

Il paraitrait donc, si on se fie aux bonnes gens, que les femmes de Femen seraient cruellement en manque d'attention, qu'elles seraient tellement prêtes à tout pour être entendues qu'elles n'hésiteraient pas à reproduire les images du patriarcat. Ah bon. Il faudrait à tout prix que les femmes évitent de se réifier comme des idiotes devant les caméras. Évidemment, nous savons toujours mieux que les femmes elles-mêmes ce qu'elles devraient faire avec leurs corps et à partir de quel moment elles se mettraient à reproduire bêtement « les images du patriarcat ». Nous ne pensons jamais au fait qu'en disant cela nous nous donnons le droit de décider à quel moment une manifestante de Femen passe de sujet à objet. Derrière notre petit écran, bien au chaud et en sécurité dans notre salon, nous décidons de ce qui serait dégradant pour elles. À mon avis, c'est précisément le droit à l'ingérence dans la vie des femmes, que nous nous octroyons pour des motifs prétendument nobles, que Femen veut nous jeter en plein visage. Avec leurs seins nus, elles envoient promener toutes les personnes soi-disant bienveillantes qui diront que le féminisme a mieux à offrir. Elles font aussi un immense finger à tous les « hommes féministes » qui enseigneront, comme un bon papa ou un grand frère, aux petites filles qu'elles doivent faire bien attention de ne pas mélanger le « girl power » bête de l'industrie culturelle et le « woman empowerment » propret du féminisme bourgeois. Ils savent si bien, peut-être même mieux que nous, comment nous devrions agir pour défendre nos droits. Oh comme ils sont gentils...       

 
 
Albertine Bouquet
29 janvier 2013 @ 11:57
Un des grands mensonges de notre époque est de nous faire croire qu'on peut à la fois être excessifs et économes, vivre une existence sous le signe de l'exaltation, mais se ménager constamment. Les gens ne savent même pas reconnaître l'excès lorsqu'ils rencontrent une vraie excessive comme moi, tant ils espèrent être autre chose que ce qu'ils sont, c'est-à-dire raisonnables, ne dépensant que pour des choses utiles ou octroyant un statut social, comme un beau char, une belle cabane.

Je jasais hier avec un ami.

Moi : Ah merde, l'argent me brûle des mains! C'est ridicule, là je suis crissement fauchée. Et regarde tous les livres que je viens d'acheter! (Je ployais sous le poids de mes sacs, remplis à ras-bord.)
Lui : Je te comprends tellement, Al! Moi aussi, je n'arrive pas à me contrôler quand j'entre dans une librairie.
Moi : Je peux pas croire. T'es tellement raisonnable.
Lui : Écoute, l'autre jour, je me suis acheté cinq livres sur un coup de tête!
Moi : Tu me niaises-tu?! Cinq livres?! Moi, j'en achète trente d'un coup.
Lui : ...
Moi : Oui, trente!
Lui : Ça m'est arrivé aussi une fois...
Moi : Non, non, tu ne comprends pas. Une fois, une fois, moi, c'est tout le temps!!! L'argent me brûle des mains, pour vrai! Aussitôt qu'il y a 50$ de disponible sur ma carte de crédit, je me demande quels livres je pourrais me commander sur Amazon! Les règlements contre l'endettement sont rédigées expressément contre des filles comme moi...

Mon ami m'a regardé d'un air mi-affectueux, mi-consterné et est parti.

Criss, qu'on ne m'enlève pas la seule chose que j'ai!  Peut-être que je me demande souvent comment payer mon épicerie tout en n'hésitant jamais à dépenser des centaines de dollars en livre, mais je connais les excès pour vrai!