Les morts de von Hagens

  • 02 juil 2007 at 4:04 PM
Grille, manteau noir, Trou, Souliers_roses, Baiser smoking, dévorée, Chapeau dans les airs, Tronc escalier, Missile, Verres fumés, Nipples, bonet rouge, Quatre pattes, Haut-de-forme, frosty, Scooter, coeur, tête masquée, Pensée mutilée, visage bleu, Poupée debout, Dead body, Robot's heart, Look back, mains baladeuses, Tête coupée, Twins kiss, La Poupée, Poulpes, Main, Orgie de jambes, Mannequin flou, Cravate seins, orgie de mains, Prière, Lumière, haunted, Carreaux, style, Hug me, jambes vertes escalier, Dos chapeau, Save me, talons hauts, Play doctor, frottement, squelette, Veuve noire, divan, Baton, doigts, Complet, Visage brouillé, bad days, Femme vitre, Jambe escalier, Robots are love, jupe rouge, Fillette et insecte, tête de mort, profil, Pieds sur sol rouge, Ourson, mangée, Pantin, Lunettes, sale and sad, désordre, Vierge, Glamour, Love can't save you, Tension de deux corps, Cravate, Démembrement, angoisse, Foule, femme nue, Mannequin ombre, fishnet, Prisonnière, corps blanc, Genoux, Jambe nue, Sous le rideau, Fumée, Robot love, Mélancolie, Maschine, Blottie, reflet, clockwork girl
Il y a un truc qui me fascine dans l'étude de la littérature. Pas seulement un, vous vous en doutez, mais il y en a un qui ressort aujourd'hui. Je me demande toujours quel sera le grand nom du siècle. Qui sera le mec comme Freud, le mec de tous les bouquins et sur lequel tout le monde se branlera en cherchant sa trace. Maupassant et Freud seraient tous deux allés aux hystériques de Charcot. Il n'y a peut-être même pas eu réellement d'événement, de rencontre et pourtant, on en parle. Je suis à l'affût de ces choses-là donc.

Je suis allée avec Éliane - mon amie qui est obsédée par les seins - à l'exposition de cadavres de l'homme fier, ce von Hagens. Éliane n'est pas tant obsédée par les seins que par les soutiens-gorges. Qu'importe, ça revient un peu au même. Et puis, avouez que ça faisait une plus jolie phrase avec « seins ».  Nous étions toutes les deux debout devant les cadavres exultant de santé. Il n'y a aucune contradiction dans ma phrase. Le mec fun Hagens nous les place en position de sport : un joue au baseball, l'autre au soccer, une femme plonge, une autre danse, un couple patine... C'était pétant de santé, ces charognes! Rien à avoir avec l'idée qu'on se fait généralement des autopsies. On y retrouvait même une femme gracieuse aux cheveux blonds, nommée L'ange par son créateur, qui aspirait à la transcendance. Tout en beauté et en kitsch, il va sans dire.

Le mec fun Hagens croit vraiment qu'il aura sa place aux panthéons des superstars intellectuelles. Il n'hésite déjà pas à placer une citation de lui-même dans son exposition aux côtés de Leibniz et de Goethe. Il n'aspire pas à un petit destin. Il croit sans doute qu'il sera l'homme du siècle, que tous les écrivains parleront de lui. Pas qu'un Semmelweis, oh non, même s'il joue lui aussi dans les cadavres, pas qu'une oeuvre mineure, inexitante presque, d'un grand écrivain. Il y aura dans le prochain chef d'oeuvre de la littérature mondiale une scène où les héros débarqueront dans une exposition Le Monde du Corps XV.

Je ne sais pas pour Éliane. J'avoue que je n'osais pas en parler, mais ce n'était pas très glorieux mon expérience au musée. Je regardais toujours les mêmes morceaux d'anatomie. Je ne croyais pas que nous aurions droit à autant de génitalité. Même à la première bite, je ne me doutais pas de l'ampleur. Un des cadavres les plus fascinants à mon avis semblait tout droit sortis de Crash avec des morceaux de métal plantés dans tous ses organes. Quand j'ai regardé derrière lui, j'ai vu qu'il tenait par l'anus. Un anus assez important et détaillé, au demeurant. Ça m'a foudroyée. Je suis une adepte de porn. Évidemment, j'ai déjà vu des anus dilatés de façon démesurée. Je n'étais pas moins captivée par l'étrangeté de la chose.

Après cet anus-là, j'avoue que je les regardais tous. Je me sentais puérile certes, mais bon il faut ce qu'il faut. Je voulais aller au fond de ma curiosité, sans mauvais jeu de mot. L'exposition était très avancée lorsque nous avons vu les premières dépouilles de femmes. Je dois avouer que les sexes féminins étaient encore plus intrigants que les anus. Je suis habituée d'en voir des vrais. Figés comme ça dans le plastique, l'effet était dérangeant. Ça manque de fluides, d'odeurs. Pas très sexuel bref. Les vagins éveillaient quand même quelque chose. Pas les cadavres en eux-mêmes, mais  la pure génitalité qu'ils mettaient de l'avant. Tout comme les bites, d'ailleurs. C'était seulement un peu plus banal comme effet.

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Le départ

  • 02 juil 2007 at 11:46 AM
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Je contournais tranquillement les multiples déménagements en chemin vers l'épicerie. J'écoutais mon IPod comme une jeune femme branchée et asociale. Voilà pour la mise en contexte. En route vers l'épicerie, je ne portais pas attention au monde autour de moi - un réflexe que j'ai développé, pour survivre, j'imagine, dans cet environnement glauque. La musique portait ombrage au réel. L'idéal festif enfin réalisé. Au retour, l'inconfort de mes sacs toujours un peu trop lourds m'a ramenée dans le monde. Je préfère me charger que d'y retourner cent fois. Me rendre à l'épicerie à Hochelaga a toujours été une sinistre tâche. Tout m'est insupportable. Les gens surtout, je suppose. Le manque de diversité de tous les produits aussi : les poissons, les fruits, les légumes... Les pauvres, même à Montréal, mangent mal peut-être parce qu'ils n'ont pas une bonne éducation, mais la société a tôt fait de leur montrer qu'ils devront se contenter des restes. Pas la peine de distribuer du bon poisson à Hochelaga, on est trop cave pour savoir comment l'apprêter. Inutile de préciser que la plus nulle des épiceries sur le Plateau possède quantité de produits de qualité et que les fruits et légumes ne demeurent pas sur les tablettes dans un état de décomposition bien entamé. Je le sais, j'y ai déjà habité.

Je revenais de ce lieu où tout m'est insupportable avec mes sacs trop lourds lorsque j'ai réalisé que ce n'était pas n'importe quel déménagement qui se tramait à côté de chez moi. L'homme aux livres, mon voisin mystérieux, est parti hier. Lui et sa bibliothèque bien rangée dans des boîtes parfaites. Je me sens décidément de plus en plus seule.  Je ne le connaissais pas, mais sa présence me réconfortait. Je me disais souvent mais il y a l'homme aux livres... Ce matin, lorsque je suis passée devant la demeure abandonnée par le jeune homme bien, j'ai vu un gothique, ou métaleux je ne sais pas trop, qui jouait de la guitare accoustique. Un fier qui veut faire partager son adaptation d'Iron Maiden sur une guitare sèche à la rue entière. Rien à voir avec mon mystérieux homme qui lisait des livres. Je voudrais qu'il se passait quelque chose, mais il n'y a plus rien.

Peut-être que je devrais seulement accepter que je suis d'une ère où il ne se passe rien, où la moindre chose qui a de l'importance disparaît.

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La débauche

  • 27 juin 2007 at 8:09 PM
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En fin de semaine, j’étais chez M. et Mme Bouquet dans la grande banlieue de Montréal. Ce fut pour moi des petites vacances non planifiées. Vous vous en doutez, je ne suis jamais vraiment en vacances; je lisais étendue dans l’herbe fraîche sur le terrain familial. À ce moment-ci de l’année, les tulipes de Mme Bouquet sont mortes. Je ne lisais donc pas aux pieds des tulipes, mais au pied des pivoines. Une précision nécessaire, bien sûr. Je redevenais une petite fille toute douce et sage. Ma mère est venue me porter un de ses jus au melon d’eau. Un tableau de rêve parfait! L’été m’est désormais rentré dans le corps. J’ai profité de ce soleil. Mon teint naturel de cadavre a bruni un peu. Dans la mesure où il m’est possible de bronzer. Même si je n’avais pas adopté cette mode dite gothique à une certaine époque de ma vie, ça n’aurait rien changé. Je suis faite pour paraître morte, alors aussi bien l’assumer. De toute façon, vous vous en doutez, ma personnalité fait le contre-poids. Je suis d’une vivacité incroyable. Je suis mue par la passion et la vie.

Ce fut donc moi, la pâle Albertine aux yeux clairs, celle que vous imaginez profitant des réjouissances de l’été. J’ai déjà pensé salir la banlieue de mes parents. Il y a quelques années lorsque je partais rendre visite à mes géniteurs. Je m’organisais pour avoir des rendez-vous un peu partout aux alentours de la demeure familiale. Je comptais emprunter la voiture de M. Bouquet pour me rendre chez mes amants ou leur demander de se glisser dans ma chambre au sous-sol comme je le faisais à l’adolescence. Je ne suis pas tellement une chasseuse. Vous savez, le flirt, ce n’est pas mon domaine. Je suis une jeune femme passionnante. Je trouve toujours facilement des amants, et de la qualité! Sexy, cochonne et brillante, que voulez-vous de plus! On se doute que ça se bouscule aux portes pour enfoncer sa bite dans mes trous. J’ai une sexualité masculine. Je sais me taire au bon moment et je peux aussi être un as du dirty talk. Avec une telle description de ma personne, on ne se méprend pas. Évidemment, il y a foule pour un rendez-vous avec moi dans cette banlieue lointaine.

J’ai toujours trouvé plus facilement des hommes. J’ai déjà entendu des âneries au sujet des lesbiennes, comme quoi nous serions entre femmes parce qu’on ne pognait pas auprès de la gente masculine. Il ne faut vraiment rien connaître. Il est bien plus facile de trouver un gars convenable pour baiser. Les femmes sont rudement plus compliquées. Peut-être que ma légendaire sexualité masculine les déroute. Je ne sais pas. En tous cas, je trouve plus facilement de la bite qu’une bonne paire de boules afin de satisfaire mes bas instincts. Et Dieu sait qu’ils sont bas. Ce n’est pas une figure de style, non, non. Du littéral pur!

Je vous étale toute cette fierté sans gêne parce que je prévois vous révéler mes faiblesses. Je trouve ça fair. Je n’ai jamais réussi à salir la banlieue des Bouquet. Je n’y suis pas arrivée. J’annulais mes rendez-vous un à un. Même ceux avec les plus beaux hommes de la place. J’ai sans doute raté de merveilleuses baises. Ce n’est comme si je manquais réellement de sexe. Je laissais des messages interminables sur leurs boîtes vocales pour m’excuser. Imaginez tous les hommes qui voulaient se vider les couilles dans la grande nymphomane de Montréal. Ils se retrouvent non seulement pognés avec leurs fluides, mais ils se ramassent en plus avec un message d’une voix sexy qui ne veut plus les rencontrer. Ça a dû faire des cœurs brisés dans la banlieue, des bites esseulées. Je ne prends plus la peine de donner des rendez-vous. J’annule tout le temps. J’ai laissé tomber. C’est juste sinistre à la longue.

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Il est temps que ça cesse!

  • 20 juin 2007 at 7:22 AM
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Je fais des efforts. Il semble pourtant que ça revient sans cesse. Je suis tannée de donner dans le sentiment. J'aimerais tellement vous écrire des histoires drôles. Je me débrouille pas mal en général dans le domaine. J'ai un certain potentiel pour ces choses-là. Je dois dire en plus que je suis assez heureuse dans la vie. Tout ce que j'écris ces derniers temps est pourtant suintant de mélancolie, d'émotion, de désir de catastrophe. C'est dégueu. Je suppose que l'écriture balance mon système. Je me porte très bien, merveilleusement, en fait, alors je beurre épais dans le sentiment. Je me doute que vous avez hâte, lecteurs difficiles, que je sois réellement triste. Vous souhaitez peut-être que mon monde s'écroule afin que je sois à nouveau du côté de la vulgarité sans émotion.

Je révisais des trucs hier. Je me tapais des descriptions d'oeuvres wannabe littéraires. Je ne suis vraiment pas bien constituée pour la correction. Je ne suis décidément pas une correctrice d'épreuve! On ne s'en doute pas, mais je suis salement sensible. Il est temps que je devienne dure!  Je lis des descriptions d'oeuvres littéraires stupides et ça me fout par terre. Je suis réellement ouverte pourtant, je vous jure. Je suis une lectrice d'abord et avant tout contrairement à la majorité des écrivains actuels. Je veux lire et découvrir des nouveaux talents. Il n'y avait que de la merde dans ce que je liais hier. Ça m'a tellement rentré dans le corps, ce que je lisais hier. Toute cette soi-disant avant-garde et tous ces écrivailleux qui se considérent comme le boutte de la marde d'une nouvelle écriture révolutionnaire. C'est sinistre. Je sais qu'ils sont nécessaires, que la littérature se construit à partir de son activité et de son bouillonnement. Ce que je lisais hier contribue à l'ensemble des processus qui encadrent la littérature. Je connais Bourdieu et ses vastes champs de production. L'horizon d'attente de Jauss n'a pas de secret pour moi non plus. C'est emmerdant à la fin tout ça quand même.

J'aimerais tellement être d'une grande époque. Je ne souhaite pas écrire dans un dépotoir. Je veux côtoyer des héros. Pas n'importe quel héros. Ceux des choses dites inutiles. De la littérature et des affaires intellectuelles, donc! Ils sont sans aucun doute de plus grands héros que tous les Jack Bauer de ce monde. Ce n'est pas l'humanité qui a besoin d'être sauvé, c'est la littérature! Si l'écrivain est un héros, il est celui de l'impuissance. Il sait qu'en bout de ligne il ne pourra pas changer grand chose au cours du monde, postérité ou non. Il va à sa perte de toute façon. Ça ne fera pas de tord à personne. Vous voyez encore une fois, j'allais terminer un texte sur de l'émotion. C'est dégoûtant. Beurk!

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En attendant la mort

  • 18 juin 2007 at 10:13 AM
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J'ai décidé que c'était terminé avec Isabelle. Ou elle a décidé, c'est dur à dire. Disons: nous avons décidé d'un commun accord que c'était terminé entre nous, que c'en était fait de notre belle amitié. Je vois bien que la dégoûte, qu'elle me méprise. Je me doute que ce n'est pas aussi clair que ça dans sa tête, ça ne l'est jamais. Peu importe, c'est la même chose. J'ai toujours su qu'Isabelle était une personne méchante. Ah bien sûr, elle est gentille en général. Tout le monde a un instinct de survie après tout! Elle m'épargnait autrefois, je suppose. Maintenant, c'est fait, je suis aussi l'objet de son profond dégoût. Elle déteste tout, alors pourquoi pas moi?

Si je connais bien des gens, il y a parmi eux peu d'amis que je fréquente régulièrement, sauf Hélène. Il y avait aussi Isabelle. Nous partagions un esprit pessimiste et enthousiaste à la fois. Il n'y avait qu'elle pour comprendre que les deux ne sont pas incompatibles. Depuis qu'elle s'est laissée envahir par un minable, elle a tout perdu ou presque de son enthousiasme. Je suppose qu'ils s'auto-légitimisent l'un et l'autre. Elle n'a donc plus à témoigner la moindre considération pour moi. On en vient à se demander pourquoi elle s'était retenue jusqu'à maintenant. Ça doit pourtant bien avoir un effet à long terme sur le système, un parasite. Je veux dire, à force de se faire parasiter, on doit bien devenir plus faible. Il y a forcément un point de non-retour. Après un nombre x de mois, Isabelle n'aura plus la force de laisser le parasite humain retourner dans sa merde.

Isabelle a beau avoir été plutôt odieuse, il me semble qu'elle mérite davantage qu'un minable. Il est certain qu'elle fait un grand saut dans sa destruction en présence du parasite en tous cas. Tout s'accélère. Elle n'aura plus vraiment à attendre la mort. Elle deviendra bien vite aussi médiocre que lui. Le minable est un être vide, sans sentiment. Il ne sait pas aimer, il ne sait donc pas davantage détester. Il n'est pas écrasé par le poids du monde comme Isabelle et moi. Il ne sait pas que le monde est odieux. Il navigue d'un corps à l'autre, prend son petit plaisir un peu partout sans rien comprendre au monde. Si elle tolère trop longtemps sa présence, Isabelle deviendra comme lui. Un animal qui ne peut ressentir aucune angoisse, aucun mépris envers lui-même, aucune crainte hormis celle de ne pas voir satisfaits immédiatement ses petits besoins, sa petite envie de pisser, sa petite envie de fumer, sa petite envie de se branler, peu importe le temps et le lieu, un animal qui ne connaît pas la dignité. Jadis, Isabelle a rêvé de catastrophe, de désastre, de tragédie. Avec le parasite humain, elle emprunte désormais une lente dérive vers le néant.

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La fuite du sens

  • 07 juin 2007 at 1:59 PM
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J'ai toujours pensé que j'étais à la source de tous mes déboires sociaux. Je ne suis pas très active dans l'amitié. Je me doute qu'être une personne solitaire dédiée à la lecture et à l'écriture n'aide pas. J'entretiens en général plutôt mal mes relations. Lorsqu'il y a des possibilités charnelles, je redouble évidemment d'ardeur, mais sinon je ne suis pas très présente. Je dois cependant avouer que même si je suis plutôt sauvage et que je ne respecte pas certaines conventions sociales, je m'en tire plutôt bien. Je suppose que je suis agréable à côtoyer. On sollicite parfois ma présence. Vous êtes étonnés sans doute, lecteurs difficiles, vous ne me croyez pas, vous ne pensez pas que je puisse être un party animal dans certaines circonstances. Il faudra bien que je vous le prouve un jour. Je rigole bien plus souvent que je pleure, même si j'ai un certain goût pour la tragédie.

Dans Le Quartier des enfants rouges d'Olivier Assayas, j'ai vu une scène toute simple et troublante qui s'est souvent rejouée dans mon existence. Liz, interprétée par la toujours si charmante Maggie Gyllenhaal, rencontre brièvement un homme pour obtenir un peu de drogue. Elle n'a pas d'argent. Elle lui demande s'ils peuvent aller au guichet. Au cours de l'opération de récupération des fonds, il tente de se rapprocher d'elle. Il manifeste son intérêt. Jusque là, Liz le regardait à peine. Elle semble soudain un peu plus intéressée. Il lui demande son numéro pour la revoir la nuit même. Elle lui donne. Ils se séparent. La rencontre brève, intense, mais toujours insignifiante, n'acquerra aucun sens. Ken, le vendeur de drogue, envoie quelqu'un d'autre pour la livraison de Liz. Une relation échouée de plus. L'existence se compose de ces relations qui n'aboutissent jamais. Je suppose que pour certains ça fait partie de la vie. Personnellement, ça m'accable. Je serais bien plus sociable s'il en était autrement.

On se retire toujours quand le sens commence à prendre corps, c'est ça la logique du sens, passer des effets de surface à la profondeur du corps. Plus le sens s'empare d'un corps, plus il devient  fatal. Je cherche ce moment-là. Si je baise, c'est pour trouver précisément ce moment-là. J'aime la vie. Je suis une vivante, mais j'ai besoin d'être au seuil de ma mort, d'être des grandes tragédies. Le drame doit s'incarner, sinon il n'est rien. On trouve de moins en moins de partenaire pour se lancer dans ce genre de mort-là. Il n'est pourtant que question de sens, de vitalité. Je veux connaître la mort pour me maintenir en vie. Je suis capable de tout prendre.

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Les pieds d'Albertine

  • 14 mai 2007 at 7:42 AM
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Hélène est arrivée chez moi hier avec un petit pot de crème. Ça semblait être un truc quelconque pour traiter la peau. Je l'ai dévisagée férocement. Habituée à mes airs, Hélène continuait d'avancer, le pot toujours en main. Il fallait agir, alors j'ai dit : « Qu'est-ce que tu fais?». «Je rentre chez toi » répondit-elle, en tentant visiblement de nier le trouble. Je lui ai demandé ce qu'elle avait dans la main. Elle n'a pas hésité, alors qu'elle aurait dû se retenir, pour me répondre que c'était de la crème pour les pieds. « Quoi?!? Tu ne rentres pas chez moi avec ça! Retourne d'où tu viens, Hélène ! Rappelle-moi quand tu seras calmée ». Elle n'a pas flanché, la salope. Elle a franchi le seuil de mon appartement sans montrer le moindre signe de peur. Elle s'est ruée dans ma chambre fièrement avec son pot dans la main. J'allais dire quelque chose. « Ta gueule, Albertine. Enlève tes bas ». Quelques jours plutôt, j'avais dévoilé à Hélène que j'étais stalkée par un groupe de fétichiste de pieds. Peu importe où je vais, les hommes que je rencontre depuis quelques mois sont tous obsédés par les pieds. Je suis certaine que mon nom a été donné à un club de fétichiste de pieds. Des hasards comme ça ne peuvent être possibles. La ligue de creepy me harcèle depuis des mois et Hélène, la sagesse incarnée, tentait de me convaincre que ce n'était pas si pire que ça. Yeah right. C'est freak un fétichiste de pieds. N'essayez pas de me faire croire le contraire.

La salope a décidé qu'elle devait faire mon éducation sur les pieds. J'ai tenté en vain de la sortir de ma chambre. Elle m'a poussée sur mon lit et a arraché mes bas. J'ai rendu les armes. Je me suis dit que j'allais la laisser faire. Ça semblait l'exciter. Je pourrais pour ma part abuser de son corps après son petit trip. Elle pouvait même se frotter la chatte sur mes pieds, si elle voulait. Elle n'a rien fait de tel. Elle s'est d'emblée lancée dans un long massage de pieds armée de sa crème miraculeuse. Son truc sentait le clou de girofle. Je résistais pour la forme au début. La salope d'Hélène a un sacré talent pour les massages. Je croyais connaître le moindre de ses dons, mais les massages, je ne lui ai jamais permis d'exposer même un infime talent pour la chose. J'ai déjà lu dans un bouquin new age chez mes parents que toutes les parties du corps se retrouvent dans le pied. Il faut appuyer sur la grosse oreille pour guérir le nez, sur la partie inférieure de la plante droite pour soigner les bobos aux articulations. Wow, tout un réseau! Je ne sais pas si c'est cette jonction magique du corps dans les pieds qui a produit cet effet, mais j'étais totalement apaisée par la crème et les mains d'Hélène. Je ne me serais jamais crue capable d'une telle chose. J'étais à deux doigts de sombrer de lèchage de derrière de genoux. Je ne pouvais pas me donner comme ça à la salope. Je l'ai poussé à son tour sur le lit et j'ai inséré brutalement mes doigts dans son vagin. Enfin, on passait aux choses sérieuses!

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La déconfiture de l'arrogante

  • 07 mai 2007 at 7:36 AM
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Vous vous doutez bien que si j'ai décidé de publier mes textes gratuitement sur un blogue c'est que je ne suis pas sans réserves à l'égard de l'institution. Je ne crois pas que la publication sur papier soit seule garante de mon succès littéraire, de mon avancement. Je ne publierai jamais seulement pour obtenir l'autorité d'une maison d'édition. Le jour où je publierai, je serai convaincue que vraiment j'en étais rendue au livre, que je n'avançais plus sur Internet. On souhaiterait que tous les écrivains soient comme moi. Or, il n'en est rien. Je lisais il y a quelques semaines sur le web un petit écrivailleux quelconque. Un publié de plusieurs oeuvres dont tout le monde se fiche, vraiment je vous le jure. Je cherchais le titre du premier roman de l'écrivailleux en question sur Google et ce n'est qu'après 5-6 pages que je suis arrivée à un texte à propos dudit roman. C'est dire. Cet écrivailleux très très mineur en question a discuté par écrit de la question de l'autopublication. Lui, dit-il, vraiment jamais il ne se serait autopublié. Ne vous trompez pas, je ne suis pas plus partisane de l'autoédition. Je ne vendrais jamais mes oeuvres pathétiquement sur les terrasses des cafés l'été ou dans les événements mondains du monde littéraire. Je ne suis pas plus marchande qu'éditrice.  Pour l'écrivailleux toutefois, c'est grave, l'édition littéraire est dépositaire de la totale autorité sur son oeuvre à lui. Il suffit de lire un peu de littérature québécoise pour savoir que l'édition fait dur au Québec. L'écrivain qui confirait à une maison d'édition québécoise toute l'autorité ne mérite pas d'être publié. Il ne resterait plus grand monde alors...

L'institution m'a prouvé cette semaine qu'elle serait toujours égale à elle-même. Je fus victime d'une situation injuste. Il ne faut pas s'en faire, ça m'arrive tout le temps. C'est juste que là, c'est pire que pire. Mon avenir est en jeu à cause d'un emmerdeur. Même si j'avais des alliés féroces et enthousiastes à l'intérieur, il va peut-être tout ruiner. Grâce aux bons soins de l'enculé, je vais peut-être perdre ma place par la peau des fesses. Par la peau des fesses! Je suis certaine qu'il ne supportait pas mon assurance. Il devait me trouver arrogante, lui qui est pourtant entouré d'arrogants de la pire espèce, d'arrogants médiocres, cependant, qui savent lécher les culs quand il le faut, qui écrasent les plus faibles et qui sucent les queues des éminents. Des arrogants en plein comme l'institution les aime, pas plus dangereux qu'il faut. L'enculé aurait voulu que je rampe comme les autres, que je me fasse petite et servile. Il souhaitait me remettre à ma place, dans la merde.

Pendant les jours suivant ma déconfiture, je me suis dit que c'était terminé, qu'enfin je prendrais la décision de foutre tout en l'air, de tout crisser là. Albertine Bouquet morte avant même de naître. Ce ne serait une perte pour personne. Je me suis calmée. Après une pareille humiliation, plus rien ne peut me faire de mal anyway. Je les enculerai un par un. Je n'en doute pas une seule seconde. Dès maintenant, je pars en guerre contre tous les emmerdeurs littéraires de ce monde. Albertine sera la future justicière des injustices envers les nobody. Notez-le quelque part, je vous jure que je serai à la hauteur. J'ai souffert d'une injustice, oui, mais sérieusement je ne suis pas frustrée. Je suis simplement blasée. Je croyais pour une fois que l'institution saurait être plus forte qu'elle-même, que serait démentie cette malédiction, offerte comme un conseil par une âme bienvaillante mais lâche, au moment où elle saluait mes efforts tout en prenant parti contre moi et pour l'institution: "Si tu veux faire les choses différemment, ce sera toujours deux fois plus difficile pour toi". La réalité est ce qu'elle est voilà. Je ne suis pas moins obligée de croire en l'institution. C'est ce qui fait chier. On s'en détache pas facilement.

Je devais enregistrer un épisode de L'avarie ce matin. Je n'ai pas le coeur à le faire. L'épisode est très bon, mais je n'ai pas envie d'envoyer balader (!) l'empoisonneuse. Peu importe ce que j'en dis, elle est une des rares personnes intègres et courageuses de l'institution. Avec les événements récents, je n'ai pas envie d'envoyer ma charge contre elle. Je vais réécrire un nouvel épisode aujourd'hui.

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Un de plus ou de moins

  • 01 mai 2007 at 6:23 AM
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Ça fait longtemps que j’ai renoncé à parler avec Julien Marchand. Même si on se voit lui et moi régulièrement, on ne se parle jamais. Ça m'a déjà rendue triste, je le prends maintenant comme une consécration. Il discute seulement quand la conversation est promise à un destin trivial. Ceux qui ont beaucoup conversée avec lui devraient le savoir : « Vous êtes insignifiants ». Ou sinon, vous êtes capables de produire des conversations insignifiantes. Ce qui revient franchement au même à mon avis. Julien Marchand fuit tout ce qui marque, ce qui laisse des traces. Sans doute que ça lui plait que je sois explosive. Il ne m’aurait pas gardé près de lui si longtemps. En autant que j’explose à distance, il n’a pas le temps pour les remises en question. C’est pour ça qu’il a publié sa dernière merde. Depuis je l’appelle Philippe Séguin et je le souille abondamment avec des propos toujours plus grossiers. On ne baisera jamais lui et moi. Il doit croire que c’est lui qui n’est pas intéressé. Je ne corresponds pas du tout à son type. Je possède en fait tous les attributs qui le dégoûtent viscéralement. Il a tout faux. C'est moi qui ne voudrais pas de lui, je l’emmerde. Je suis certainement trop intense pour lui.

À plusieurs égards, nous sommes trop identiques. Ça explique qu'on ne se parle pas. Nous prenons à bras-le-corps le travail, sans craindre l’absence de vacance. Il est aussi une des seules personnes que je connaisse qui peut avoir l’air si désorganisé et posséder un esprit extraordinairement structuré. C’est ce qu’il doit aimer dans mes textes : le sens dément de la structure malgré l'apparent chaos. Julien est devenu aveugle à force de vouloir sauver sa peau. Un écrivain gâché, un raté. Au début, il devait travailler tout le temps pour faire bouger les choses, pour parvenir à de grands accomplissements. C'est devenu ridicule. Ce qui était une dépense correspond désormais à une fuite. Il croit maintenant que la fin justifie les moyens. Il ne pèse plus vraiment les conséquences de ses gestes. Il n'a pas le temps. Il aurait pu me faire lire son oeuvre médiocre avant de la publier. Je lui aurais dit que c'était médiocre. Il ne voulait pas le savoir. Il doit bien s'en douter que c'est poche. Il connaît la littérature après tout. Les critiques l'ont bien reçue, mieux que les autres même. Ses proches aussi avaient l'air d'adorer. Ça ne change rien au fait que c'est médiocre. Il aurait pu écrire quelque chose de franchement mieux. Le milieu littéraire québécois est si nul que le moindre brouillon de Marchand peut sembler être un grand moment de littérature. Il n'en est rien. Son oeuvre est bâclée. Ça paraît et c'est tout. Elle sera aussi vite oubliée qu'elle a été écrite.

Il est devenu maintenant mon allié absolu à distance. Je sais qu'il me confère une confiance totale. Il ne veut pas vraiment savoir sur quoi je travaille et il y croit déjà. Il ne veut pas que je lui en parle. Ça me va. Je me sens seule, mais je sais vivre avec. On m'a souvent rapporté des propos élogieux que Julien avait dit à mon sujet. Évidemment que ça me touche. Il m'a fait des compliments directs, assez souvent même, mais je me doute que les plus belles choses, il ne me les a pas dites. C'est pareil pour moi. C'est à d'autres que j'ai pu dire les plus belles choses sur Julien Marchand. Sauf au souper où j'ai descendu sa dernière merde en public. Je me suis demandée s'il l'avait su. J'espère que non. Albertine Bouquet ivre a dit : La dernière pièce de Julien Marchand est vraiment pourrie. Devant des gens qui le connaissaient en plus. Quelle ingrate, je suis! Je donne tout, tout le temps. Je suis totalement gratuite, totalement ouverte. On me passe sur l'esprit comme sur le corps. Je peux avoir l'air d'une jeune femme discrète et réservée. En réalité, je ne suis qu'une explosion en sursis. J'attends seulement l'événement.

J'ai toujours cru que pour rendre hommage à quelqu'un il fallait être un peu méchant. Je suppose que je viens de produire un très bel hommage. Julien me l'a dit souvent. Je suis acerbe, sévère, dure. Ça explique aussi qu'on ne se parle pas. On m'a fait remarquer récemment au téléphone que je riais tout le temps. C'est fou, je n'y avais jamais pensé, mais je croyais que ça paraissait dans mes écrits. Il semble que non. Je suis pourtant comme j'imagine Thomas Bernhard, Michel Houellebecq, Élias Canetti ou Philippe Muray. J'écris en riant. Je suis extrêmement bon public et ça Julien Marchand, il le sait.  Il ne me fuit donc pas parce que je suis désagréable. Je ne le suis pas du tout, au contraire. C'est seulement que je suis compromettante sans relâche. Ça c'est rudement insupportable pour lui. Osti de lâche. Ça devient redondant à la fin, toutes ces accusations de lâcheté, je sais, mais je ne crois pas que je ne pourrai jamais le répéter assez souvent.

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Les passes magiques de la Cherry

  • 08 avr 2007 at 2:15 PM
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J'ai une nouvelle flamme: la Cherry de Planet Terror.Voilà enfin le Jules de Féerie pour une autre fois fait chair, version féminine et ultra-sexe! « [Elle] orchestre tout ! c’est [elle] qui oriente les foudres !... les charges d’avions ! les projecteurs !... » Ne tentez plus, lecteurs passionnés, de m'envoyer des propositions de rencontres intimes si vous n'êtes pas une brune sexy avec un gros gun à la place de la jambe droite. Évidemment, je ne réponds plus de moi si je la rencontre. Je résiste habituellement aux envies iconographiques. Cette fois-ci, vous n'auriez pas pu vous représenter Cherry sans image. J'étais si totalement éprise que j'ai quitté la salle pendant le film de Tarantino. J'étais allée voir Grindhouse en dépit de mon dégoût violent envers l'ensemble de la production tarantinesque. Ces oeuvres se limitent à leur coolitude. Chaque réplique écrite par le soi-disant cinéaste jute de coooooolllllll, ça suinte de toute part. Beurk! Je préfère les films qui jutent pour vrai, comme Planet Terror. Quand je suis sortie avec Hélène de la salle du Paramount, un placier bienveillant nous a dit de rester plus longtemps, que l'action tarantinesque allait commencer bientôt. Pour moi, c'était trop tard. Et puis, je voulais préserver mon souvenir de Cherry. Les chicks de Tarantino me semblaient vraiment fades, en plus d'être idiotes. Sur le chemin du retour, j'ai demandé à Hélène si elle accepterait de se faire couper la jambe et poser un gun pour moi. Elle a refusé. Ça en dit long sur ses sentiments à mon égard. Ah, déception!

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Territorialisation du cliché

  • 25 mar 2007 at 2:00 PM
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Je l'ai déjà écrit. Je le répète : le désir n'est pas une chose unique. Je suis pleinement consciente des endroits où mon désir achoppe sur des lieux figés. Je ne m'affranchis pas de certaines représentations iconiques et c'est tant pis. Le cum shot dans la face sera l'image ultime de la fin du 20e siècle. Je la partagerai toujours avec mes semblables. Elle est intimement liée à mon imaginaire. On espère toujours que les films se terminent autrement, par souci d'originalité ou par volonté d'être surpris. Je ne sais pas. Au fond, je suis déçue lorsqu'il ne survient pas, il me manque. Je suis aussi avide de cum shot que de bien d'autres clichés.

Hier soir, j'ai cédé à un désir, c'est-à-dire que je me suis laissée prendre par le cliché. J'habite dans le très chic HoMa. Ça aussi, vous le savez déjà. J'ai décidé d'aller veiller à Hochelaga et de me rendre seule pour prendre un verre dans le bar Davidson - lieux des plus hauts vertiges -,  à quelques pas de chez moi.  L'endroit s'annonce explicitement par un très chaleureux « Bienvenue aux dames ». Il y avait aussi dans la vitrine la mention : « Le rendez-vous des sportifs ». J'ai décidé de prendre quand même l'invitation personnelle et de m'y rendre. Une connaissance, ancienne résidente de HoMa maintenant promue à la ligne orange, m'avait raconté que des films pornos étaient diffusés le soir au Davidson. C'était trop beau pour être vrai. La porn n'était pas au rendez-vous. Ça me faisait chier, je devais trouver autre chose. Et puis, j'ai vu l'homme en question et j'ai su ce qui se passerait. J'y suis allée d'un martini. La liste était réduite. Je voulais jouer à la femme chic, alors il fallait ce qu'il fallait. Ça ne me ressemble pas, mais ça m'allait bien. Je ne fais jamais de scénario, je déteste les jeux débiles, les flirts amusants. Je ne sais pas ce qui m'a pris ce jour-là.  J'avais un désir intense de souillure. Je voulais faire croire à un homme qu'il réveillait une salope, qu'il bousculait les conventions. L'homme que j'avais admirablement spotté était parfait. Il incarnait mon cliché. Je ferai une entorse à mes principes littéraires. Je vous le décrirai. Ça fera taire les mauvaises langues qui disent que la Bouquet n'est pas la grande écrivaine qu'elle prétend être puisqu'elle n'est pas foutue de nous donner une seule description qui tient la route. Grand et costaud, mon destiné pour la nuit au crâne rasé portait une petite barbe de quelques jours. Sa barbe était bien la seule chose de petite chez lui. J'allais d'ailleurs expérimenter toutes ses longueurs et largeurs en détail, mais là je vais trop vite. J'y reviendrai. Ses mains, bien sûr, me semblaient bien rugueuse, toute en texture et en masculinité. Lorsque déjà la virilité se voit sur les doigts, on pressent le reste. Il arborait, vous le devinez, de somptueux tatouages. Pas comme les tribals des jeunes hommes branchés qui veulent aspirer à une trashitude immémoriale sans se salir. Il avait une très distinguée pitoune chromée nue qui couvrait son bras. Son tatou était de ceux qui s'offrent seulement pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire une preuve brute de virilité et non pour exposer une quête spirituello-identitaire.  Il buvait sa bière en jetant un coup d'oeil de mon côté. Lorsque mon martini fut terminé, il s'empressa de me commander un second verre. Toujours un martini. Il s'est installé près de moi. J'avais oublié de mentionner ses grands et profonds yeux bruns. Voilà, la chose est dite.

Il m'a demandé d'emblée ce que je faisais là, surpris par la présence d'une femme comme moi en ce lieu, afin de me confirmant que mon petit jeu d'acting à deux sous avait fonctionné. J'ai hésité un peu avant de dire que j'étais d'ailleurs. Ah puis, fuck, allons-y dans la connerie. « Je passais. J'allais rentrer chez moi et j'ai eu envie d'un verre ». Il m'a paru satisfait. Il a enchaîné avec les échanges habituels: nos noms, nos rôles dans la vie. Je lui ai donné mon vrai nom, en lui précisant que j'étais une romancière et une femme mariée. Inutile de mentionner que je suis en réalité une nobody non publiée qui s'autoédite sur Internet.  Je n'ai précisé non plus que j'écris de la littérature érotique. Je tenais à conserver mon air chaste. Je voulais me faire mon Moderato Cantabile hardcore. Sans la figure obsédante de l'homme embrassant la femme morte, sans la répétition, sans l'émotion, sans l'enfant, ni le piano, sans le non-dit, mais avec le sexe en plus. Bref, rien à voir avec Anne Desbaresdes et Chauvin, sinon la banale image d'une bourgeoise qui veut se taper un ouvrier. Il devait me prendre pour une dame égarée d'Outremont ou du Plateau. Pourtant plus j'apprenais à le connaître, plus j'allais bien avec lui. Peut-être que j'arrivais en effet à avoir l'air d'une petite bourgeoise, ce que je suis quand même en partie. Je gagnais, au fond, sans doute bien moins d'argent que lui, et que tous les autres Homaciens de la place. Je contribue probablement bien plus qu'eux à faire de HoMa le quartier le plus pauvre de Montréal.

Il a rapidement placé un « J'habite juste à côté ». Il s'est révélé vite en affaire mon homme. Mon supposé mari n'allait pas l'arrêter bien entendu. Ça semblait, au contraire, attiser ses envies. Tous à la conquête des femmes mariées en manque de grossièretés. Pour répondre à son affirmation qui sous-entendait à la fois une question et une proposition, j'ai dit : « J'aime les massages ». Oui, je répète, j'ai vraiment dit : « J'aime les massages » en ajoutant un petit rire niais, venu de dieu sait où. Je croyais que j'avais exagéré. Je me suis dit, là Albertine il va te plaquer. Il y a des limites à la caricature. Mon bad guy a aimé ça. Le salaud devait y voir un défi de taille. Peut-être aimait-il lui aussi sensualité et massage. C'était peut-être moi qui devais fuir. Il a réagi assez rapidement pour me garder près de lui : « Les massages, tu veux dire, comme pogner mon gros bat dans ta main ». Ah, vraiment parfait, cet homme.  Il m'a laissée sans voix quelques instants. J'ai fait un air choqué. Ce n'était pas du théâtre. Je crois que le b-word m'a quand même surprise. « S'il en vaut la peine, oui ». Il a évidemment, comme tout mâle qui se respecte, vanté l'animal. Il y a probablement des femmes qui trouvent qu'on surévalue le bite. Pour ma part, toute gouine que je sois, je crois plutôt qu'on ne l'estime jamais assez. Ça m'intéresse toujours. Il voyait bien que j'adorais. « T’as vraiment des belles grosses boules. » J'étais enchantée qu'il remarque mon si subtil décolleté. En guise de contentement, délaissant subitement mon jeu de la grande dame, je lui ai répondu: « T’aimerais ça leur venir dessus? » Afin de ne pas laisser le doute planer sur ses envies, il s'est emparé de sa bouteille de bière et a mimé avec le goulot ce qu'il voulait que je lui fasse. J'ai poussé un bruit non équivoque de satisfaction. Il a ensuite enchaîné deux puissantes expressions pour marquer son soulagement : « J'ai eu peur que tu sois genre fresh-pet, stuck-up ».   « Fais toi s'en pas! Je suis une vraie pute. Tu habites où? ».

 Nous nous sommes rendus dans la rue du nom très inspiré de Darling. Quasiment à côté de chez moi, en fait. Il m'a guidée vers son antre. Il ne me restait qu'à saisir entre mes mains la bête. Je me doutais qu'on n'allait pas trop perdre de temps. Je me demandais cependant si mon personnage ne devrait pas imposer des préliminaires. Non, ça devenait trop ridicule, là. J'ai quand même certaines limites. Aussitôt rendus chez lui, il m'a conduite sur les lieux du futur crime. À peine avais-je eu le temps d'enlever mon manteau que la chose promise, d'une rigidité indéniable, était déjà dévoilée. Pas peu fier, mon homme a enchaîné avec sa question brûlante : « Est-ce que ton mari en a un bon gros bat comme ça ? ». Même si j'en avais envie, ce n'était pas le temps de faire de l'humour. Je me suis empressée d'envoyer un : « Bien entendu que non! Je ne serais pas ici sinon ». Ça m'est déjà arrivée de faire des blagues à un amant qui me dévoilait sa bite. Je vous assure que je n'ai jamais eu envie de recommencer. Il y a un temps pour l'humour et ce n'est pas pendant l'apparition de la bite. Je me retiens maintenant. Les lesbiennes sont moins susceptibles au lit. Avec les hommes, pas moyen d'être drôle. Les hommes pensent souvent qu'ils ont le monopole de l'humour. Revenons au sujet sérieux, donc, le bat de monsieur. Il m'a montré avec vigueur qu'il savait s'en servir. Il m'a poussée sur son lit pour s'introduire sous ma jupe. Ses muscles étaient bien tendus. Il était brutal à souhait. Nous avons passé comme ça plusieurs minutes avant qu'il ne me mette son membre bien en vue, à quelques centimètres de mon visage et que je m'en empare avec une de mes mains, l'autre servant à mon propre usage, frottant violemment mon clitoris. J'ai si bien oeuvré qu'il a fini par m’envoyer toute sa décharge au visage. Ah, mon cum shot, enfin! J'en étais ravie. Quoique j'ai pu en dire par le passé, je n'avais jamais reçu ce traitement royal. Dans la bouche, oui (vous connaissez ma gourmandise légendaire!), mais au visage, je me gardais une petite gêne. Y avait qu'un homme comme ça, un vrai, qui pouvait me l'offrir.

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« Albertine, ça fait combien de temps que tu sais que t'es aux femmes? »

Je ne voulais déjà pas révéler quoique ce soit d'intime à cet homme. Ça devait arriver. On veut de l'intimité de gouine sur un plateau d'argent. Je dois me donner à tous. Est-ce que je lui demande moi ça fait combien de temps qu'il sait qu'il aime se faire sucer? Depuis combien de temps est-ce qu'il a découvert que son anus était aussi une zone érogène? À quel moment il a eu envie de se taper d'autres femmes que sa blonde? S'il a déjà imaginé la partager avec sa bande de copains? Je devais répondre bien sûr. Comme le dit Philippe Muray, dans l'empire du bien, on force tout un chacun au coming-out. Répondre simplement à sa question aurait toutefois signifié que j'affirmais implicitement que je « suis aux femmes », ce que je ne suis pas. Je devais poser mon petit geste de militante bisexuelle et lui offrir mon intimité contre rien. « Je suis bisexuelle », ai-je répondu vivement.

Aussitôt que j'ai prononcé ces mots, j'ai senti tout le poids de saloperie de ce terme. J'avais l'impression de sortir tout droit d'un mauvais film de cul, les regards entendus en moins. Enfin, les miens. Je n'ai pas osé le regarder. Je ne voulais pas savoir ce qu'il en pensait, ce que ça lui faisait. S'il m'avait dit « C'est fascinant!», je crois que je lui aurais planté ma fourchette dans les yeux, qu'il aurait payé pour tous ceux qui l'avaient précédé. Je me suis immédiatement rappelée que dire « je suis bisexuelle » n'était ni plus ni moins, aux yeux du monde, que d'avouer « je suis une ostie de cochonne ». Pour liquider toute la lubricité qu'il prêterait inévitablement à mes mots, j'ai décidé d'y aller d'une formulation métaphysique « je suis à l'humain ». Albertine Bouquet, l'être-pour-l'humain, ni plus ni moins! C'est aussi quétaine comme expression, mais il l'avait bien voulu. Quelle formule atroce quand même « être aux femmes »!

Je suis certaine qu'il croit que je me complique la vie pour rien. Décidemment, je ne suis pas de ces gens-là, les « pas compliqués ». Le petit homme de bureau professionnel qu'il est doit bien se dire que je perds un temps fou avec cette bisexualité, cette sexualité non résolue. Évidemment, il doit gagner de précieuses minutes à ne pas penser au fait qu'il aimerait se faire mettre par un de ses collègues de travail, par un de ses clients. Il règle sa sexualité avec le « gros bon sens », c'est-à-dire avec ce qui n'a déjà plus de sens, passer le rasoir d'Occam à l'aveugle dans sa sexualité. Ah, oui, franchement, ça doit être plus sain.

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Rendre justice

  • 18 mar 2007 at 11:45 AM
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Me voilà vaincue! Il ne le sait pas - normal, puisqu'après tout, il ne connaît même pas mon existence -, mais il m'a eue à l'usure: j'ai fini par succomber au charme un peu chaotique, décidemment immature, mais surtout profondément enthousiaste de Félix. L'enthousiasme est si rare dans ce monde sans vie, l'amour réel et dévoué de la littérature est si rare parmi les littéraires - qui pensent presque toujours que la vie est ailleurs, dans les autres arts, par exemple, mais certainement pas dans la littérature, inévitablement considérée comme détachée du monde - qu'on ne peut que finir par aimer Félix à travers sa passion brutale pour la littérature, qu'il exprime bruyamment. Dieu m'en préserve, je ne le connais pas et ne le connaîtrai sûrement jamais. Félix est du genre qu'on aime à distance. On ne le veut pas à ses trousses. Je veux dire, j'ai assez d'individus à l'équilibre mental précaire à proximité. Encore plus que je croyais, même, ai-je appris récemment, des cas clinique, ni plus, ni moins. J'en étais toute retournée! Je n'ai pas besoin qu'il se joigne au nombre.

Je retirerais désormais de la description que j'ai faite de Félix ma référence à sa médiocrité gluante. Je ne crois plus qu'il soit médiocre, même que je suis assez persuadée qu'il pourfend la médiocrité. La haine de la médiocrité ne suffit pas à nous en extraire, certes, mais je suis prête à lui laisser une chance. Je me plais quand même à me considérer bonne juge de l'âme humaine. Albertine Bouquet, vous l'aurez sûrement remarqué, est d'abord une moraliste. Dans les jugements que je pose sur autrui, je m'impose par conséquent une rigueur implacable. Et si jamais il m'advient d'en faire fi, c'est délibérément que je m'adonne à la mauvaise foi. Nul ne peut sous-estimer les plaisirs de la mauvaise foi.

Je conserverais toutefois l'épithète gluant. Gluant, ça, il l'est. Il s'agglutine à tous les corps qui croisent sa route. C'est plus fort que lui. Félix a besoin de s'incruster partout. Il désire être au plus près, au premier rang, en première ligne, sur la ligne de feu, sur scène, dans un corps-à-corps avec les acteurs. Au fond, c'est crissement courageux comme attitude. Ou inconscient, je ne sais pas. En tous cas, ça diffère de la pleutrerie générale.

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La mince linge de la facilité

  • 17 mar 2007 at 12:24 PM
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J'ai vu ce mec-là et ça m'a fait rudement chier. Je savais que je pouvais me le taper. J'aurais pu lui faire n'importe quoi. C'est exactement le genre de type que je traîne dans une allée lugubre en moins de deux. Je suis salement en manque d'hommes. Je me réveille en sueur pour penser à des bites. Je me dis que ça serait tellement plus simple d'être juste une gouine. Je n'aurais qu'à débarquer à la hâte chez Hélène la baiser pour vaincre mes envies brutales. Et non, ça ne fonctionne pas comme ça. Même si je la pénétrais ou qu'elle me pénétrait avec tous les phallus en plastique du monde, je serais encore en manque. Je veux une bite en chair qui éjacule. La classe, l'Albertine, je sais. Je suis une femme de la haute avec mon langage. Je me complais dans ma vulgarité. Quand une envie vous tient comme ça, je vous jure que ce n'est pas le temps de faire attention à son langage. Vous devez y être habitué, anyway. Ce jeune homme mince là, il aurait pu être à moi. On pourrait en faire une manchette : "Albertine Bouquet, éminente nymphomane à l'assaut des jeunes hommes trop minces!". Il m'a semblé un instant explosif. Autant il paraissait asexué, autant je savais que je pourrais réveiller en lui les plus bouillonnants désirs. Je ne le voulais pas ce gars-là, pas plus que je ne voulais l'autre freak à qui il ressemblait tellement, que je ne désirais pas et que j'ai pourtant baisé. Il n'y a rien dont j'ai plus honte que d'avoir baisé des gens que je ne désirais pas, même pas pour l'argent, même pas par pitié, juste comme ça, parce que j'avais envie de me mettre, que l'occasion s'y prêtait et que je voulais que ce soit facile. Ça m'emmerde les jeunes hommes trop minces. J'en ai baisé plus d'un. J'ai besoin de me taper un homme avec tous les clichés possibles: des bonnes épaules, de la virilité, une petite barbe de quelques jours, une odeur masculine, une bite qu'on peut saisir à deux mains.  Il aurait suffi que je lui parle avec passion de littérature, que je lui parle avec brutalité de ma vie consacrée à la littérature. Je l'aurais eu le jeune homme mince. J'aurais pu lui faire subir les assauts les plus vifs dans la salle de bain jaune vachement creepy. Il aurait joui. Je vous jure qu'il aurait joui. Je suis douée avec les bites. J'ai l'impression d'être contrainte à un type, que le destin pour moi a déjà été joué. Ça me rend folle. Sérieux. Bon, d'accord, vous vous dites "qu'importe!", que je suis déjà cinglée. Peut-être.  J'ai été forte, j'ai résisté à la facilité. Je devais retenir mes furieuses envies. Elles n'étaient pas pour lui de toute façon.

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Le bozo et la louve

  • 15 mar 2007 at 11:24 AM
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Je suis persuadée que vous vous demandez tous, incessamment depuis des semaines, ce qui a bien pu se passer lors du fameux weekend familial de Samuel, le parfait corporatif, et de la petite blonde qui l'accompagnait lorsque je l'ai aperçu dans ce café. Si ça peut vous rassurer, vous n'êtes pas les seuls à vous interroger jusqu'à en perdre le sommeil! Ce que je n'avais pas précisé lors de ce fabuleux petit récit, c'est qu'au moment où j'ai croisé Samuel, Hélène était partie en voyage, chose que bien sûr Samuel savait puisqu'il est son patron. Il croyait probablement que j'étais avec elle, au loin, quelque part dans le Sud. Après tout, c'est ce que font les couples, partir en voyage ensemble dans le Sud. Pas nous. Hélène préférait partir seule en compagnie de son amie Claudia, la festive explosive, qui est à la fois la fille la plus gaie et la plus violente que je connaisse. Assez persuadé de mon absence, Samuel a sans doute cru avoir fait erreur sur la personne, ce qui lui a permis de parler librement à la blonde. Aussi librement qu'il le peut, on s'entend, c'est-à-dire avec mille précautions. Précautions qui n'étaient pas seulement provoquées par ce qui lui restait de doutes sur mon éventuelle présence, mais bien par les impératifs jovialistes qui régissent son langage. J'imagine aisément le Surmoi de Samuel comme une espèce de bozo motivateur d'entreprise, toujours souriant mais profondément dictateur au fond, sans merci quant à tout écart de langage, toute phrase un tant soit peu cynique. He doesn't want to believe. Il croit dur comme fer en tous ces petits principes sur l'ordre du monde qu'il propage. Samuel est complètement à la merci de ce mauvais plaisantin, de ce bouffon sinistre, qui doit le suivre jusque sous les draps. On a le Surmoi qu'on peut.

À son retour de voyage, tout le monde l'interrogeait sur ce grand exploit qui consiste à s'écraser sur une plage en tentant de capter le plus de rayons du soleil qu'on peut et à enfiler le plus grand nombre de drinks possibles. À en voir la curiosité de tous ces gens, Hélène n'avait rien accompli d'aussi important depuis des lustres. Samuel, qui arbore un teint parfaitement basané à longueur d'année, était bien sûr du lot des enquêteurs. Hélène devait confirmer à tout le monde qu'il est bon de partir en voyage, qu'on ne peut que trouver le bonheur au soleil, que leurs rêves seront à la hauteur lorsqu'ils y seront à leur tour, que la vie est réellement toujours ailleurs, qu'elle existe à tout le moins quelque part à l'extérieur de leur bureau. Samuel a tenté subtilement de m'inclure dans la discussion. "Et ta copine, elle a pris plus de couleur que toi?" Le teint toujours aussi blanc d'Hélène catastrophait tout le monde, il faut dire. La question de Samuel était pourtant un peu trop soucieuse. Ravie de l'occasion qu'il lui offrait d'éprouver son sadisme, elle s'est exclamée avec l'air le plus innocent qui soit: "Oh mais, Albertine n'était pas avec moi!" Samuel est devenu un peu crispé et l'a interrogée davantage. Elle lui a rappellée qu'elle était partie en compagnie de sa meilleure amie, que j'étais beaucoup trop occupée pour partir une semaine. Il a répété, à la fin de la conversation: "Ah, donc, elle n'était pas avec toi." Décidemment, il était plus malhabile qu'on aurait cru au départ. Sans doute un effet de sa légendaire transparence!

Et voilà-tu pas que la semaine dernière, Hélène a trouvé matière à accroître l'angoisse de Samuel. C'est presque un service qu'elle lui rend, au fond. L'angoisse le rend un peu plus humain, après tout. Une petite faille entrevue dans sa vertu. Elle avait aperçu au fond d'une poubelle un reste d'un de ces sandwiches typiques du café où j'avais croisé Samuel et qui reposait dans une jolie petite boîte blanche en carton, où on glisse généralement une pâtisserie, pas un sandwich. Hélène a sauté l'occasion pour demander à sa collègue si son lunch ne provenait pas par hasard du petit café en question. Elle s'est alors lancée dans l'éloge de ce café. Elle a dit qu'elle y passait le tiers de son existence (un des deux tiers qui n'est pas consacré au sommeil), qu'elle adorait ce lieu. Puis tout le monde a renchérit, Samuel le premier, jusqu'à ce qu'il finisse par cracher le morceau: "Est-ce que ça se peut que j'y ai vu ta copine, l'autre jour?" Hélène, en grande actrice (après tout, elle a plusieurs années d'études en théâtre à son actif) lui a répondu avec cet air absolument clueless, qu'elle est seule capable de rendre: "Ah, oui, c'est possible! Nous sommes tout le temps-là!" Samuel a dit qu'il pensait m'avoir aperçue en train de travailler. "Ah mais, oui, c'est fort possible, nous travaillons souvent là! Il y a de l'espace et Internet sans fil!", tout ça en le scrutant l'air de rien. En somme, elle lui en a juste assez dit pour qu'il soit persuadé que j'y étais, mais pas assez pour lui révéler s'il était au courant de sa fameuse conversation avec sa jeune et blonde collègue. Elle est vraiment retorse, la salope. Vous me direz que je sombre presque dans la littérature u triomphe. Vous n'aurez pas complètement tort. Disons simplement qu'un triomphe occasionnel est autorisé s'il vise à célébrer la gloire d'autrui. On est quand même dans la fierté, mais pas encore tout à fait dans le contentement de soi.

Nous ne saurons jamais, pas davantage moi que vous, ce qui s'est produit lors du weekend familial. Il y a cependant tout lieu de croire qu'il y a eu une suite à l'histoire. Lorsqu'Hélène est arrivée au travail l'autre matin, quantité de travail de la veille était accumulé. Sa blonde collègue travaillait justement la veille. Il ne faut pas croire qu'Hélène soit de mauvaise foi. Contrairement à moi, elle a plutôt tendance à laisser une chance aux gens. Elle était donc assez prête à croire que l'autre n'avait pas suffit à la tâche la veille. Après tout, depuis que Samuel avait instauré ses jolis principes visant à offrir un plus excellent service et à le publiciser aux yeux du monde, sans pour autant augmenter les effectifs, ils étaient tous surchargés. Alors qu'elle était sur le point de faire part à Samuel de la situation, en toute candeur, elle a entendu un fragment de conversation. Paraît-il que le système d'alarme n'avait pas été enclenché, la veille au soir. Le bureau entier s'excitait de ce petit événement, de tous les dangers impliqués en regard de cette terrible négligence survenue, qui plus est, dans ce lugubre quartier. Tout un chacun frissonnait à l'idée du désastre que l'entreprise avait frôlé. Samuel a alors avoué qu'il avait été le dernier la veille à partir et que le système d'alarme avait bien été activé. Il ne précisait évidemment pas ce qui l'avait emmené à passer toute la soirée entre les murs de l'entreprise. Il s'était rapidement fait connaître comme travailleur acharné. Ça allait de soi. Évidemment, il ne venait à personne l'idée qu'il allait mater sa jolie employée et lui permettre, peut-être même, de bénéficier de ses talents de masseur qu'il lui avait tant vantés déjà. Il ne pouvait non plus venir à l'esprit qu'il l'avait, peut-être - qui sait? - empêché de faire son travail afin de profiter de ses faveurs de jolie blonde. On préfère oublier que le sommet de la triste vie d'un corporatif est de copuler au bureau avec une subalterne.

Un peu après que Samuel se soit installé à son bureau, Hélène lui a dit qu'il faudrait commencer à songer à résoudre le problème de manque d'effectifs, Mélissa n'étant pas venue à bout de sa tâche hier. Samuel lui a dit, sans plus de précisions, que quand il était de passage hier soir, il avait constaté que la pauvre était assaillie d'appels, qu'on ne pouvait pas immédiatement conclure qu'on manquait d'effectifs, que tant que la norme de qualité n'était pas touchée, il vallait mieux attendre. Il s'est alors exclamé que nous allions devoir surnommer Hélène la louve des SS, qu'avec ses vêtements toujours noirs, cette identité s'imposait. Plutôt que de jeter au visage l’imbécillité de ce sombre idiot — après tout, quelle gloire y a-t-il à écraser une mouche avec un canon;à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire —, elle a ri imperturbable. Elle n’avait pas envie qu’il s’aperçoive du malaise et du dégoût qu’il avait provoqués.

Quand Hélène m’a raconté l’incident, j’avais envie d’aller casser la gueule à l’idiot. J’ai l’air bien inoffensive comme ça, mais je n’ai jamais hésité à régler le cas des envahisseurs qui embêtaient mes amies ou copines. J’en ai poussé des types un peu trop insistants dans des bars. En fait, il m’est déjà arrivé une fois de le faire, mais soyez assuré que je n'aurais jamais hésité à le faire. Il ne faudrait pas croire que je sois d'un tempérament jaloux. En tous cas, j'estime suffisamment Hélène pour ne pas lui faire l'insulte de m'offenser des allusions potentiellement sexuelles d'un type comme ça! Quoique si ça se trouve, il ne sait même pas qu'Ilsa, la louve des SS est un film porno — et d'ailleurs, Ilsa n'est même pas entièrement vêtue de noir. Il a sûrement entendu ça à la télé ou quelque part. C'est un gars dans l'air du temps. Il n'a pas beaucoup d'idées à lui, son discours est assez limité, mais il capte bien ce qui circule massivement autour. Paraît-il qu'à ce haut lieu de subversion qui alimente les médias pendant tout le reste de la semaine, une parodie d'humoriste aurait qualifié une grande chroniqueuse politique de Ilsa, la louve des SS. Vous vous doutez bien que pour s'être mérité un tel surnom, la femme en question en impose. Elle a beau évoluer dans un milieu d'hommes, contrairement à bien des femmes universitaires, par exemple, elle ne s'excuse pas d'exister et de prendre la parole. J'imagine que son air lesbien participait aussi à l'attribution de ce surnom. Ilsa n'a rien d'une lesbienne, mais je suis assez persuadé que la plupart des gens pensent à une Allemande massive à l'air résolument masculin, quand ils disent "Ilsa, la louve des SS". 

Ce qui me fait vraiment chier, donc, ce n'est pas toutes les connotations de ce surnom que Samuel ignore sans doute ou qu'il comprend mal, mais simplement qu'il réduise le caractère affirmatif d'Hélène à une farce vaguement sexuelle. C'est toujours drôle une femme autoritaire. Une femme autoritaire, c'est une cochonne en puissance, une dominatrice plus ou moins voilée. Au lit, l'autorité, ça va. Ça en fait bander plusieurs. Mais autoritaire dans la vie? Il faut immédiatement retourner ça là où ça devrait aller, au lit. Ce n'est pas comme si Hélène faisait grand cas de l'autorité qu'elle pourrait exercer sur Samuel. Elle n'en a rien à branlé, m'a-t-elle dit, mais s'il est irresponsable, il faut bien que quelqu'un prenne les choses en charge. Il n'y a rien qu'un homme supporte moins qu'une femme le fasse sentir incompétent, surtout quand elle ne semble même pas investir d'effort pour le faire.

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Vendre son corps

  • 27 fév 2007 at 10:27 AM
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Je suis allée à la librairie hier avec Hélène. J'espérais un peu qu'elle rencontre ma libraire. Je voulais les observer l'une près de l'autre. Ça n'arrivera pas. Le destin était contre moi. Je me suis achetée un livre de Philippe Muray tant qu'à passer à la librairie. Hélène s'est achetée une réédition de certains textes de Céline, même si elle les avait dans la Pléiade. C'est chiant à la fin une Pléiade. L'objet-livre lui-même se dresse contre l'idée de littérature. Maintenant qu'elle possède la collection complète de Julien Gracq et de Louis-Ferdinand Céline, Hélène le sait, La Pléiade n'est certainement pas faite pour les amoureux de littérature. Au moment de payer sa réédition de poche de L'Agité du bocal, sa carte Interac l'a laissé tomber. Hélène était en manque de fonds. Je suis venue à sa rescousse avec ma propre carte. Nous avons marché jusqu'au salon de thé où c'était la soirée Chai. Nous avons bu tranquillement nos chai en lisant. Au moment de payer, ma carte nous laissait tomber. Manque de fonds, la suite. Nous sommes vraiment incompatibles avec le calcul. Je fus pourtant jadis une future femme de science. J'ai toujours eu de bien meilleures notes en mathématique que dans les autres domaines. Pendant bien des années de ma tendre enfance et de mon adolescence, j'étais destinée à être une mathématicienne bien plus qu'une écrivaine. C'était sans savoir que la littérature demande de fortes compétences mathématiques. La littérature demande tout. Quand j'ai bifurqué vers elle, j'ai mis ma force logique aux services des lettres. Il semble bien que j'ai perdu dans le processus mon talent avec les chiffres, surtout avec les chiffres liés à l'argent. J'étais donc incapable de payer les thés. Question d'ajouter au caractère public de l'humiliation, la soeur d'une de mes amies travaille justement-là et elle était présente. Je n'en suis plus à une humiliation près. Le gentil employé nous a laissé filer Hélène et moi pour trouver une solution à notre problème.

Sans demander de l'aide à personne, nous avons trouvé une solution. Nous nous arrangeons toujours. Nous sommes revenues payer quelques minutes après. Je me suis toujours dit que si un jour nous sommes vraiment sans le sou, je pourrais convaincre Hélène de vendre nos corps. Vraiment, je m'en fiche. Je pourrais bien le faire un jour. Nous nous sommes déjà inscrites ensemble à un site de rencontre, Hélène et moi, sous le nom très subtil et raffiné de "deux_salopes". Nous voulions être populaires dans le chat. Ça nous emmerdait de rester des heures à niaiser. Notre fiche et notre nom fonctionnaient bien. Nous aurions presque été capables de nous taper la ville entière si nous l'avions désiré. Un homme au nom très subtil de "sugardaddy52" nous avait écrit. Nous n'avions jamais pensé baiser des hommes "généreux". Il voulait nous payer un repas au restaurant de notre choix. Le "sugardaddy52" voulait nous faire plaisir, semble-t-il. Nous lui avions répondu plus ou moins sérieuses que nous étions intéressées à aller souper avec lui. Il nous a arrêtées. Il ne parlait pas de "souper", mais de "dîner". Ça commence bien, un sugar daddy cheap! Où s'en va le monde! Après quelques minutes supplémentaires de chat, il était d'accord pour un souper. Nous étions après tout deux jeunes bisexuelles raffinées. Ça avait du succès. Il se disait un genre d'homme cultivé séduit par les filles intelligentes. Dans un restaurant français, soit! Il voulait cependant s'assurer qu'il y aurait certainement un "après", à l'hôtel. On devine qu'il aurait essayé de nous trainer au motel à la dernière minute. Il n'était pas prêt à prendre des risques. Pour un sugar daddy, bof, ça rend la chose moins intéressante. Nous l'avons plaqué. Au début, nous avions planifié de souper avec lui et de nous sauver après juste parce qu'il était cheap. Finalement, nous nous ne sommes juste pas présentées au rendez-vous. Je ne suis pas complètement immorale. Nous avons préféré être gratuites avec d'autres.

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La grande moralité

  • 25 fév 2007 at 4:12 PM
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Jeudi dernier, je suis retournée à la librairie revoir ma libraire. Elle m'avait commandé un livre que je suis allée chercher. Je suis passée plus tôt que prévue, parce que je n'en pouvais plus. Je devais m'acheter un livre. L'achat de livre est un puissant anti-dépresseur. J'achète des livres pour rétablir mon système. C'est ma névrose. Je ne devais passer que vers dix-neuf heures, moment où Valérie serait libérée de ses obligations. Nous avions prévu d'aller souper ensemble en ville. Valérie m'a fait payer mon livre en glissant dans mon sac le dvd de gay porn qu'elle avait promis de me prêter. Il était à peine dix-sept heures. Je suis allée dans un café l'attendre près de la librairie.

Je lisais avec passion mon livre. Mon système devenait de plus en plus fonctionnel. J'avais dépensé de l'argent pour un livre. J'ai levé les yeux juste au moment où un nouveau client du café s'était arrêté en me dévisageant. Je le dévisagais aussi. Sa tête ne me disait rien. C'était peut-être un ancien amant oublié. Qui sait. Il me semblait toutefois qu'il n'était vraiment pas mon genre. J'ai du goût quand même. Je ne m'offre pas à n'importe quel homme. Je ne suis peut-être pas une triomphante, mais je suis une orgueilleuse! L'homme inconnu était avec une jeune femme blonde.

J'ai repris ma lecture et je me suis rappelée que cet homme était le nouveau patron d'Hélène, Samuel. Hélène et moi nous nous racontons beaucoup de trucs au sujet du travail. Tant et si bien que je connais presque intimement tous ses collègues. C'était donc Samuel, le parfait professionel, devant moi dans le café avec sa morale sans faille et son vocabulaire bien à lui. Je l'ai reconnu immédiatement lorsqu'il a dit à la blonde : « Je préfère que tu utilises 'progrès' au lieu de 'changement'». Je ne savais pas de quoi ils parlaient, mais ça être devait être du travail. Il n'y a rien d'autre dans sa vie. N'allez pas croire que je le méprise pour ça. Cet aspect, ça ne me dérange pas. Je ne vis moi aussi que pour le travail. En tant qu'écrivaine autoproclamée, je me livre à la dépense. Ça ne me rapportera rien. Je le sais. Je ne veux rien dans l'immédiat, ni plus tard. Samuel lui connait les résultats concrets. Il a commandé une bière pour la fille. C'est lui qui payait. À la lumière de ce détail, je me doutais que la conversation serait juteuse. Je ne sais pas si Samuel m'a reconnue. J'ai accompagné Hélène à son dernier souper de Noël, où il était. Il pouvait donc me reconnaître. D'autant plus qu'il s'était un peu trop rapproché de nous pour nous livrer des grands secrets d'entreprise, lui qui venait à peine d'y arriver, en insistant sur le fait que tout ça était « entre nous trois », tentant pathétiquement de créer une complicité immédiate entre nous. Comme si dénigrer les collègues de quelqu'un constituait le moyen par excellence de se rapproche rd'une personne qui partage une franche camaraderie avec ses collègues. Ça marchait peut-être avec les autres, à voir la vitesse avec laquelle il était devenu le grand ami de tous les employés des autres départements, mais pas avec Hélène, ni avec qui que ce soit de son département. Je frissonne d'horreur en me rappellant cette insistance sur le « entre nous trois ». Dieu m'en préserve!

J'ai compris qu'ils étaient là pour régler un malentendu. Évidemment. Samuel ne tolère aucun malentendu. Il se plait à dire, m'a appris Hélène, toute l'importance qu'il accorde à la transparence. Il répétait à la blonde : « C'est pour un weekend familial à Québec. Mes intentions sont claires ». Elle ne parlait pas très fort. Je ratais malheureusement une partie de la conversation. Les mots qui revennaient le plus souvent dans la bouche de Samuel étaient « Un weekend familial ». L'histoire ne dit toutefois pas ce que pourrait bien faire une employée dans un weekend familial... Elle était un peu détendue par l'alcool. Elle n'y voyait que du feu. Il s'est rapprochée d'elle par quelques-uns des insignifiants sujets de conversation qu'il maitrise à merveille.

Il lui a parlé de ses dons de masseur. Après tout, c'est un pro-actif! Un pro-actif autoproclamé, sans ironie, sans humour. Une drôle d'espère, quand même. Je vous jure, c'était dégoûtait. Voilà pourquoi je déteste les hommes comme lui. Il espère avoir une femme avec des massages. Dis-le donc que tu veux juste mettre ta bite en elle, dans sa plotte de jeune et jolie blonde. N'insulte pas son intelligence et vante-lui plutôt les mérites de ta grosse queue. Mais Samuel ne ferait jamais ça. Il fait sans doute partie de ces types qui s'imaginent que de se faire sucer par une fille ou de lui lécher la chatte ne saurait représenter en aucun cas une infidélité. J'en ai connu des comme ça. Ils commençaient toujours en m'offrant des massages, c'était inévitable.

Après l'éloge du massage, la blonde s'est éloignée un peu. Elle venait de terminer son verre. Allumée malgré tout par l'offre de massage, elle ne s'est pas laissée tenter trop vite. Elle jouait probablement avec lui, plus encore que lui avec elle. Comme la plupart des filles qui aiment partager un peu d'ambiguïté avec leur patron, je suppose. Je ne suis personnellement pas une rebelle de salon. Alors moi les petits jeux avec l'autorité, je ne connais pas, ça ne m'intéresse pas. Pour certaines filles, il semble que faire bander le patron est une fin en soi. Samuel devait bien bander sur la blonde. Il aurait nié. Voyons, il ne lui propose qu'un weekend familial et des massages. Il n'a aucune mauvaise intention. La blonde ne se laissait pas avoir par ses explications. En quittant, elle lui a dit : « Je vais y aller. Il ne faudrait pas que tu reviennes pas trop tard. Il ne faudrait pas inquièter ta copine ». Samuel semblait savourer à sa manière de professionel le faux déplacement de l'autorité. La rebelle de salon blonde renversait les rôles pour saisir son bref moment d'intensité. Vraiment pathétique



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