Je dois vous avouer que même si je suis de la génération visée par les efforts massifs d'éducation à la contraception, je suis loin d'être exemplaire. N'allez pas croire que je suis dans le trip romantique d'un sida lyrique. Je ne crois pas que les récits de sidéens furent une grande époque de littérature. En tous cas, vous le saurez maintenant, ce n'est pas pour ça que j'aime Hervé Guibert. Je suis quand même sensible aux efforts de conscientisation. Je traîne toujours des condoms, ce qui ne veut pas dire que je les utilise le moment venu. La plupart du temps pour les pénétrations, oui, tout de même. Je ne voudrais surtout pas prendre le risque de mettre au monde Albertine Jr!
Pour les blowjobs, en tous cas, je n'ai jamais sucé une queue recouverte. Il faut avouer qu'en général il n'y a pas d'opposition forte de la part du sucé. Le danger est du côté du suçant, anyway. Si j'y tenais, je forcerais le sucé, vous vous en doutez. Il y a foule pour se faire Albertine Bouquet, bien sûr. Aux premiers signes de mécontentement, je passerais au suivant. Je ne niaise pas avec la puck, moi. C'est juste que je n'arrive pas à m'y résoudre. Tant qu'à sucer une bite avec un condom, aussi bien s'en passer. Or, je ne peux pas m'en passer. Papillome humain ou non. De toute façon, si papillome il y a, je suis sans doute déjà foutue.
En ces quelques jours sinistres où je suis une écrivaine réellement fauchée, La Presse m'a abonnée gratuitement à son journal pour deux semaines. Dans une certaine mesure, c'est une bonne nouvelle. Je suis cassée au point où je peux à peine aller prendre un café pour lire les journaux dans mon quartier. Je m'achète des sacs de pomme en hommage à La Moitié gauche du frigo. Sur le pas de ma porte ce matin, il y avait donc cette copie du journal qui m'attendait. Je me suis installée avec une pomme et une bouteille d'eau pour lire tendrement le journal. J'étais sereine. Positive, même! Je ne m'attendais à rien de particulier. Il n'y avait que des textes sur les élections françaises que je lisais avec intérêt. Je me sentais toujours bien. Ce qui est étonnant, il y a toujours quelque chose qui me fait sortir de mes gonds dans les journaux. Caché dans un coin du cahier « Arts et spectacle », j'ai aperçu la source de mon futur dégoût : un minuscule article à propos de Michel Tremblay. Il aurait donc parlé à nos cousins français de son prochain roman dans les pages de Libération. Ah le salaud quand même. Faire le scoop, ailleurs! Il fallait le faire. Le journaliste n'osait pas trop en mettre, mais on sentait sa tristesse d'être délaissé par l'écrivain.
Il y avait pire encore. Tremblay avait osé écrire dans ces mêmes pages: « J'aimerais pouvoir rester ici, à Key West, m'enfermer dans ma maison, tout seul ou avec des invités choisis avec soin, disparaître de la circulation pour un temps illimité. Après trente-neuf ans de carrière, des milliers d'interviews, d'innombrables voyages, j'aurais besoin de devenir une espèce de Réjean Ducharme, un écrivain invisible, un mirage littéraire que personne ne connaît, et qu'on ne peut aimer que de loin ». Cut the crap, Michel! Il me semble que c'est un peu tard pour se jouer une petite rébellion. Il fallait y penser avant. On veut tous se concevoir comme un rebelle potentiel. Je croyais quand même qu'il y avait des gens, comme Michel Tremblay par exemple, qui demeuraient conscients de leur place dans le monde. S'il a pu être un peu « choquant » à une certaine époque, on s'entend que ça fait longtemps et que depuis il y a bien de l'eau qui a coulé sous les ponts. Je ne suis pas une spécialiste de l'oeuvre de Tremblay. Je connais surtout ses premiers textes. (Et pour les mauvaises langues qui oseraient faire un rapprochement, mon nom n'a aucun lien avec Michel Tremblay!) Avec ce que j'en connais, il me semble que ce n'est pas une oeuvre qui témoigne d'un courage monstre. C'est une littérature de pathos, qui cherche à nous rejoindre dans nos bons sentiments. Ce que j'avais pu apprécier à une certaine époque dans l'oeuvre de Tremblay, c'était une efficacité à faire ressentir l'émotion. Un type de littérature qui m'emmerde aujourd'hui, vous le devinerez. Celui-là même qui écrit pour générer de l'émotion aurait une petite pe-peine désormais et souhaiterait se retirer du monde. Comme s'il lui était même déjà arrivé de s'inscrire dans le monde seul contre tous! Même s'il a pu provoquer le scandale auprès d'un certain milieu, même si son oeuvre a pu être rapprochée à une forme de critique sociale, la littérature de Tremblay a toujours été celle du rassemblement, des individualités réunies.
Ça peut paraître absurde de s'attaquer à Michel Tremblay maintenant. Qu'il écrive des pièces de matante, avec Rita Lafontaine en vedette, soit. (Je sais de quoi je parle, j'ai souffert au théâtre lors d'une pièce où Rita s'envolait dans le ciel étoilé à la fin). Mais se comparer, même en rêve, à Réjean Ducharme, quand même, quel culot! Se retirer à la fin de sa vie, ce n'est pas choisir de vivre son existence entière hors de la vie publique, dès le début de sa carrière, alors qu'on ne jouit d'aucune reconnaissance, alors que ce geste est risqué, et toute sa vie durant, alors qu'on pourrait surgir fièrement pour profiter des honneurs rendus. Ce n'est pas un geste radical. Ça signifie juste qu'on veut aller crever en paix dans son coin après avoir joui de tout toute sa vie. C'est facile de renoncer au monde quand tu es à la fin de ta vie, que tu t’es fait flatter ton ego toute ta vie durant et que t’as de l’argent. Je suppose que les gens qui ont lu le journal ce matin trouvaient sans doute touchant ce témoignage mélancolique. Moi, je trouve ça indécent et pathétique.
À d'autres la marginalité du vieil écrivain institutionnalisé!
Pathétique, vous dites, ça ne s'arrête pas là. Hélène ne connaît qu'une seule passion : la littérature. Elle est une lectrice, elle, une vraie. Comme moi, d'ailleurs, je le répéterai toujours. Je suis d'abord une lectrice. L'écrivaine vient après. Les gens qui écrivent et qui ne lisent pas sont des cons. Et ça existe. Regardez un peu la littérature québécoise. Il y a plein de publiés qui ne lisent pas et qui s'en ventent. Eh ben, le Bozo, il écrit lui aussi. Il a commencé un roman. Il a lu un long passage à la pauvre Hélène qui devait subir la prose grotesque de son patron. Elle aurait dû réagir, vous me dites. Ne pas se laisser vomir de la littérature nulle par un imbécile. Ouais, je veux bien, mais elle aurait fait quoi? Pensez-vous que le travail d'une grande lectrice est reconnue d'une manière quelconque? Pas du tout! Il n'y a de spécialistes de rien au Québec. Nous sommes un peuple d'ignares. Voilà tout. Le rôle d'artiste, ça appartient à tout le monde. Il faut acclamer la créativité de chacun.
Le problème en soi, ce n'est pas que le Bozo écrive de la merde, ça c'est bien sûr prévisible : il ne lit pas! Il n'a aucune espèce d'intérêt pour la littérature, hormis sa propre expression. Il applique à la littérature le mécanisme de reconnaissance narcissique du "Ah, regarde maman, mon beau caca". Le pire, c'était justement qu'il pensait que Hélène allait le louanger, le féliciter pour sa belle expression et reconnaître sa pratique comme artistique. Mais voilà, de la même façon que tout le monde chie, tout le monde est capable de créer (d'où vient sans doute l'heureuse expression : To shit art). La création est saine pour l'individu. Ça maintient en vie, certes, ça préserve de l'aliénation, mais ce n'est pas pour autant de l'art. Il fallait vraiment qu'il prenne Hélène pour une cruche pour avoir le culot de lui envoyer à la figure sa petite expression.
Si je débouche ma toilette avec succès, je ne vais pas tenter d'aller en remontrer à un plombier. Désolée de crever vos bulles. La pratique littéraire n'est pas à la portée de chacun. Des spécialistes de la chose artistique, ça existe. Il y a des gens qui consacrent leur vie à ces choses-là aussi, comme à la plomberie. Le grand patron d'Hélène, et donc celui du Bozo, par exemple, témoigne d'une reconnaissance et d'un respect pour la passion de son employée. Il sait qu'Hélène connaît rudement plus la littérature que lui. Il n'oserait jamais lui montrer sa prose. Il connaît sa place dans le monde, lui. Il a réussi comme homme d'affaires. Il n'a pas besoin de faire croire qu'il pourrait réussir dans tout. Il ne fait pas de grossière mise en scène pour se rapprocher d'Hélène. Leur relation repose sur la reconnaissance de leurs différences. Elle l'apprécie d'autant plus. Le Bozo, lui, il n'a rien compris. Il se pense "wise", mais il mélange tout. Il est condamné à demeurer un wannabe pour le reste de ses jours. C'est peut-être parce que le grand patron d'Hélène est un Français. Il n'a pas une petite mentalité québécoise de "pas de couille" qui veut voir de l'égalité partout. Si Philippe Muray voyait dans sa France la disparition de la différence, il aurait bien voulu en finir avant l'heure s'il avait été Québécois. Nous sommes la société par excellence de l'effacement ignare de la différence. C'est d'autant plus pathétique que le Québec ne fait que se battre pour la reconnaissance de sa petite identité sur la scène canadienne et internationnale.
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Individu no 1: Ben là, on sait que la passion dure trois ans.
Individu no 2: Ce n'est pas deux ans?
Individu no 3: Il me semblait que c'était trois mois!
Entendu ce matin chez Cora, Ste-Catherine/Amherst.
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Et moi qui croyais que la passion était une chose intime qu'on pouvait juger par soi-même, par un bref examen de conscience, sans recourir à une espèce de norme bidon. Et après, on me dira que le désir ne relève pas presque entièrement de la sphère publique!
Dans une entrée récente, je vous ai révélé que j'aimais les textes de Nelly Arcan. Je ne vous dis pas laquelle. Cherchez un peu, paresseux lecteurs. Il n'y a pas beaucoup - voire pas! - de jeunes auteurs québécois qui ont une plume aussi solide qu'elle. Le seul défaut que je lui trouve c'est que ses analyses tombent souvent un peu à plat et demeurent assez superficielles. Elle ne maîtrise pas encore le commentaire acerbe comme moi! Toujours si peu modeste, Albertine. En allant prendre le thé au Camellia Sinensis hier, je suis tombée sur un vieux numéro de la revue de jeunes branchés wannabe irrévérencieux Urbania. Il y avait un texte crissement pathétique. J'avais fort heureusement mon portable avec moi. J'ai pu vous recopier les meilleurs moments du pitoyable Nicolas Ritoux. J'entends vous faire la démonstration de ma plume incisive. Le pauvre, après être passé dans la trancheuse Albertine Bouquet, il sera fini! Notre cher ami, que nous appellerons le triste dude pour les fins de l'exercice, entend bien restituer la vérité derrière les mensonges dans le dernier roman de l'écrivaine. Au départ, j'étais persuadée que c'était une blague. Un truc aussi ridicule ne pouvait pas être véridique. Puis j'ai pensé que ça pouvait aussi être une sorte de fiction ridicule dans laquelle l'auteur tentait d'imaginer la réaction de l'amant en question, un genre de fanfic dans lequel le lecteur déçu, avide, ou en manque, aurait offert de nouvelles aventures à notre blonde héroïne. Bref, n'importe quoi d'autre qu'une réponse authentique de l'amant « pourfendu » dans le roman d'Arcan. Je suis désormais à peu près convaincue du sérieux de la chose, bien qu'il demeure une faible lueur d'espoir que ce n'est qu'un canular et que je suis la seule à avoir été dupe. Au fond, je préférerais être le dindon de la farce que d'apprendre que ce n'est pas une blague... Mais ça semble sérieux. Alors prenons-le comme tel. De toute façon, on le sait, ça me vient naturellement. Je prends toujours tout très au sérieux.
Au service du vrai, le triste dude s'élance contre la littérature afin d'en extraire l'odieuse essence. Il affirme pourtant d'entrée de jeu ne pas avoir été affecté par les attaques aux pétards mouillés de Nelly :« À part ça, je n’ai pas vraiment été blessé par ton livre, d’abord parce qu’il est très romancé, et ensuite parce que tu n’as pas vraiment réussi à porter ta menace à exécution. Tu crois heurter mes points faibles mais tu tires à côté de la cible » (p. 30). Nous aimerions bien le croire, mais la suite des choses semble démontrer que notre triste dude ne soit pas si confortable avec la fictionnalisation. Imaginez si mes amants se mettaient à corriger tous mes textes de cette façon dans les médias, ça ne finirait pas. Il a l'empire du bien derrière lui, le triste dude. Lui, la vertu même, devant elle, l'abject en personne. Il l'énonce sans ambages - et c'est, peut-être, lui faire trop d'honneur -, Arcan est une écrivaine méchante : « Contrairement à toi, je ne tire aucun plaisir à faire publiquement de la peine à ma famille » (p. 31 ). Nous le savons, de tous temps les écrivains, comme Proust et Céline, ont cherché à épargner leur famille de la disgrâce. C'est bien vilain de faire pleurer Maman et Papa. J’en sais quelque chose, moi qui me repens chaque soir de traîner dans la boue Monsieur et Madame Bouquet en n’hésitant pas à montrer au grand jour la saloperie inouïe du fruit de leurs entrailles. Bien sûr, notre triste dude ne ferait jamais ça. Il nous rappelle avec sa rhétorique de fond de ruelle que son pauvre papa à l'Hôpital aurait été bien malheureux d'apprendre dans un roman que son fils est un consommateur de drogue, mais qu'heureusement - lançait-il afin de tenter de nous montrer qu'il manie très bien le pathos - il était mort avant.
Une entreprise plus pathétique encore de notre triste dude consiste à prouver sa normalité. On se doute qu'il place cette normalité comme un gage de son immense qualité morale. Ainsi, écrit notre triste dude, « Je pense avoir consommé autant de cyberpornographie que tous les gars de mon âge ; aujourd’hui je n’en regarde plus beaucoup d’ailleurs, mais je la garde au cas, dans un dossier nommé « System » - d’ailleurs j’ai rencontré au moins trois gars qui ont eu la même idée, ce qui est assez comique » (p. 31). Remarquez l'effort déployé par notre homme pour démontrer son caractère comique. On ne pourrait pas contredire le fait qu’il est un haut voltige de l'humour. Il est d'autant plus drôle que trois autres jeunes hommes ont eu la même idée. Y’a pas à dire, la sociabilité, ça peut être utile pour argumenter. Vive la puissance du nombre contre la pauvre Nelly Arcan, seule et délaissée par tous. Vous me direz que nous nous en câlissons qu'il ait ou non consommé de la cyberpornographie. Ce à quoi, je vous répondrai : en effet! Ne soyez pas inquiets, notre triste dude ne manque pas de nous faire des déclarations pleines de croustillants. Avec toujours sa normalité comme bannière, il nous avoue regarder comme tout le monde la viande dans les bars : « Je n’ai pas plus convoité d’autres filles que n’importe quel gars qui socialise dans les règles normales de fonctionnement de la vie sociale ». (p. 31) Il fallait bien le préciser. On aurait pu se méprendre.
Un fait juteux, il ne pratique pas que la masturbation, le bondage est aussi sa tasse de thé : « Je ne t’ai jamais giflée ou crachée dessus en baisant. Je t’ai attachée une fois à ta demande et avec la corde que tu m’as fournie » (p. 31). Il précise bien évidement que les idées tordues ne venaient que de son esprit pervers à elle et non du sien. Décidemment, il est ennuyant, notre triste dude. Il n’a rien pour lui. Mais attention, il y a bien un petit quelque chose de pervers dont il n’est pas peu fier. Monsieur a déjà immortalisé son organe viril sur la pellicule : « Oui, j’ai pris mon sexe en photo, une seule fois il y a des années, par pur jeu, comme tous ces excès que l’on fait quand on est surexcité et qu’on ne sait plus quoi transgresser pour se satisfaire » (p. 31). Je dois toutefois vous révéler ma plus profonde déception. J’espérais quand même qu’il nous livre de quoi ébranler quelques âmes plus sensibles. Je ne sais pas, il aurait pu dire qu’il aimait les golden showers, l’autofellation… Au lieu de ça, il reste sur le terrain du bon goût. Quel dommage.
Vous vous demandez pourquoi je vous raconte tout ça si notre triste dude est si ennuyant. Eh bien, pour une fois que la littérature est ainsi prise au sérieux, qu'on lui concède une implication dans le réel, même de cette façon aussi grossière, il fallait en parler. Je semble connaître sur le bout de mes doigts le texte de notre triste dude. Ce que je trouve assez rigolo, c'est qu'il ne dit aucun mot sur le fait, assez indéniable, qu'Arcan elle-même n’hésite pas à présenter sa narratrice sous un jour somme toute peu favorable. Je n’attaquerai pas notre triste dude sur le fait qu’il est un universitaire, un sémioticien en plus! À me lire, attentifs lecteurs, vous vous doutez bien que j’en suis aussi. Je lui conseille toutefois d’omettre le détail de son passage au sein des murs de l’institution la prochaine fois. Si nous ne l’avions pas su, nous l’aurions cru naïf et non idiot. La seule remarque qu’il formule sur la représentation de la narratrice dans le roman constitue une attaque sans envergure : « ‘Master Dad’, dont le vrai pseudo est Mister Bad, ne t’a jamais embrassée à ma connaissance et, je le souhaite, celle de sa femme. Une chance pour lui qu’elle ne parle pas un mot de français. Si la traduction anglaise de Folle pogne autant que celle de Putain, on peut dormir tranquille ». M’en voilà bien démolie, ma chère Nelly n’a jamais réellement embrassé l’autre dude. Ce n’est pas croyable comment la romancière triche ! Et puis, quelle pathétique entreprise, doit-il se dire, la Nelly met-elle en branle en superposant ses fantasmes à la trame du réel. Il prend quand même certaines précautions, apporte d'entrée de jeu quelques nuances à propos des rapports complexes qui unissent la littérature et la vérité. On pourrait admirer sa rigueur. Je crois, pour ma part, que c'est bien inutile de perdre son temps de la sorte si le reste du texte liquide ces affirmations préliminaires. Je veux dire, comment est-il possible encore aujourd'hui d'être dupe quant à l'importance réelle de la muse? Il s'accorde bien de l'importance, l'ami! Comment peut-il s'illusionner de la sorte - on ne pourra pas dire, en tous cas, que ce n'est pas un grand romantique! - et ne pas comprendre qu'il n'était qu'un prétexte à l'écriture de Nelly Arcan, comme chaque « source d’inspiration » n'est jamais qu'un prétexte à l'écriture d'un écrivain? Ni plus, ni moins. Elle ne dit rien d'autre que ça, au début, je crois - ma lecture n'est pas très fraîche dans ma mémoire -, en citant Céline ( « C'est peut-être cela qu'on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir. »). En somme, il n'occupe pas un rôle bien différent de celui de tous ces hommes qui sont passés sur le corps d'Arcan, de ses clients qui lui enfonçaient leurs queues dans tous ses trous quand elle putassait. La différence est purement quantitative. Il n'a pas eu besoin d'être incorporé à un amas de chair pour alimenter l'écriture de Nelly Arcan. Il occupe, par ailleurs, plus d'espace que chacun d'entre eux, le temps d'exposition alloué à son personnage est beaucoup plus long que les brèves apparitions des clients dans Putain, mais c'est tout. Ça devrait le rassurer, au fond. S'il a été le trou-du-cul qu'il aurait été selon Nelly - ce dont je me branle complètement, ce dont tout le monde, à part des branchés potineurs qui ne savent pas lire et qui n'y voient donc là que matière à potin, ne peut que se branler -, ça devrait lui soulager la conscience. D'une part, il lui a rendu service en l'amenant à écrire (qui sait si elle aurait été capable d'écrire autre chose après Putain, qui n'est pas exactement une oeuvre foisonnante!), d'autre part, il ne lui a sûrement offert que ce qu'elle attendait, un trou-du-cul en chair et en os. Chacun a joué son rôle, c'est tout. Qu'il reparte donc l'âme sereine. Vraiment, ce n'était pas nécessaire de casser les oreilles de tout le monde avec ça, de tenter vainement d'ajouter un si vilain appendice à Folle, de revendiquer ses droits en regard d'un chouette roman qui lui doit rien, ou si peu. Ça aurait pu être un autre. Qu'il se déculpabilise avec ce stoïcisme que je lui offre dans toute ma magnimité, mais qu'il laisse la littérature en paix, de grâce!
L’Histoire aura sans doute raison de lui - en fait, elle a déjà eu raison de lui, c'est moi qui donne à son texte la chance de resurgir de l'ombre dans laquelle il était déjà, dans laquelle il a toujours été, sûrement, à l'extérieur de son petit cercle de branchés -, puisque l’écrivaine de talent, je ne vous apprendrai rien, c’est elle et non,notre triste dude. Et ça, il n’y pas à dire, il le sait très bien : « C’est juste difficile de vivre avec une fille qui écrit magistralement. Je le déconseille à tout le monde » (p. 31) En lisant ce passage, je n’ai pas pu faire autrement que de m’identifier à l’écrivaine. Vous vous en doutez bien, à moi aussi, on l’a fait, le coup du : « Tu es trop compliquée ! Trop talentueuse pour moi ! ». Pour nous faire tirer les larmes sur son pauvre sort, notre triste dude ne manque pas d’envoyer les compliments à Arcan de pair avec l’expression de son courage pour avoir supporté au quotidien une pareille cinglée.
Je suis rigoureuse. Je donne aussi la référence pour vous montrer que je ne l'invente pas ce triste dude. C'est tellement gros comme histoire, vous auriez pu me croire, à mon tour, menteuse. Référence complète du texte cité : Nicolas Ritoux, « Nicolas Ritoux répond à Nelly Arcan », Urbania, automne 2006, numéro 13, pp. 30-31.
Mon amitié pour Paul repose presque entièrement sur sa vulgarité phénoménale. Ça et sa sensibilité de jeune fille qui offre un merveilleux contraste avec le reste. Il n'y va pas avec le dos de la cueiller. Lors de notre toute première rencontre, après avoir entendu ses vulgarités pendant plusieurs heures, l'une d'entre elles m'avait tellement prise par surprise que je m'étais exclamée: « Mais tu es vraiment un grossier personnage! » Je dois dire que je suis moi-même assez grossière de ma personne, comme vous l'aurez sûrement remarqué. Ça me vient tout naturellement, je vous assure. Pourtant, j'ai joui d'une éducation impeccable. Je viens de la classe moyenne, avec des parents pas très scolarisés, mais qui accordent une place de premier choix à l'éducation et aux bonnes manières. J'ai ainsi appris à bien parler avant de découvrir en secret le plaisir de passer d'un langage soutenu à la vulgarité la plus radicale. On ne peut goûter la vulgarité que quand on saisit bien à quoi elle s'oppose. C'est une des grandes teneurs érotiques du langage: le plaisir de la transgression.
Dans ses chroniques, Avard se livre lui aussi à la création vulgaire. Cette semaine, par exemple, il y va dans « On ne rit pak » d'un procédé épais, vraiment cave. Alors que sa chronique porte sur les élections, il raconte que son clavier est brisé, qu'il ne peut plus écrire la lettre "s" et il la remplace donc systématique par "k". Ça lui permet d'écrire ce savoureux dialogue:
- Mon k ekt jammé. Il y a du kperme dank mon clavier. Du kperme. Je ne kaik pak comment ça k'ekt retrouvé là. Maik là, mon k ne fonctionne pluk. À la place d'un k, j'écrik un k. Pour parler de politique, ça ne fait pak trèk kérieux.
- Quand tu te crokkek, tu devraik t'éloigner du clavier pour ne pak l'éclaboukker.
- C'ekt ça! Tout de kuite l'ekprit mal tourné! Tu kaik, Kylvain, ça peut être à cauke de plein d'autrek raikonk.
(ICI, volume 10, numéro 25, 22 au 28 mars 2007, p. 54)
Je ne sais à ce moment-ci, si vous riez ou non. Moi oui, en tous cas! Je ne me lasse pas. Je suis comme ça. Je peux rire éternellement des mêmes blagues poches. Je suis vraiment une fille facile. C'est tellement grossier et ridicule que ça me fait un effet immédiat. Vous vous dîtes où est l'intelligence dans cette histoire d'un mec qui a du sperme de pogné dans son clavier. Il se révèle que dans ce texte sur la politique, il ne peut pas être cité ailleurs en raison du bris mécanique. Il peut donc écrire n'importe quoi. Sauf une déclaration frappante qui échappe au joug du S, je vous laisse découvrir laquelle. La chronique se révèle une réflexion intéressante sur la citation. Je ne connais pas tellement les autres trucs d'Avard. J'ai écouté à peine Les Bougons, c'est sorti dans une période où je n'écoutais pas la télé. J'ai entendu parler de ses romans une fois. C'est la secrétaire à mon ancien travail qui lisait Avard et qui aimait me parler de littérature. Elle m'avait raconté des passages que je trouvais crissemement excitant. Avant que vous ne vous mettiez à rêver trop vite, je vous ramène à l'ordre. Contrairement à ce que pourraient vous permettre de croire les deux phrases précédentes, elle n'avait rien d'une secrétaire cochonne. À mon grand dam! Moi qui aime tant les secrétaires cochonnes. Au contraire, c'était une de ces collègues de travail typiques, une matante à la voix dégoûtante, à la personnalité foncièrement désagréable, potineuse, fouineuse, frustrée, au physique peu avenant, dont on ne veut rien savoir de sa vie sexuelle. Je crois en quelques sortes que j'ai tenté d'oublier les événements rapportés par elle. Maintenant que ça suffisamment longtemps, je vais pouvoir lire les romans d'Avard sans voir la face de mon ancienne collègue.
Parmi les us et coutumes des blogueurs que je trouve franchement ridicules et le plus souvent emmerdants, il y a cette manie de dresser un inventaire des mots-clés ayant conduit certains visiteurs vers leurs blogues, inventaire agrémentés de commentaires qui se veulent, de toute évidence, witty, mais qui s'avèrent en réalité tous moins drôles les uns que les autres. Il n'y a pas de mal à ce que les blagues tombent à plat lorsqu'elles sont énoncées par un esprit joyeux. J'éprouve une affection toute particulière pour les blagues poches et les farceurs ratés. Je ris toujours sincèrement parce que leur bon vouloir et leur gaieté m'amuse. Je suis, au demeurant, parfaitement consciente que je suis souvent la seule à me trouver drôle. Puisque ça me rend si heureuse de jouer à la comique, sincèrement, ça me suffit. Je me repose sur la bienvaillance de mes lecteurs qui ne peuvent (bien sûr!) qu'être charmés par mon espièglerie naturelle. Simplement, quand des blagues nulles sont énoncées avec une fierté de vivre évidente, une conviction d'être plein d'esprit, comme c'est toujours le cas avec ces fameux commentaires sur les mots-clés, je suis ennuyée et c'est tout.
Je m'adonnerai toutefois aujourd'hui à cet exercice afin de vous faire part d'une découverte saisissante. En consultant mon tracker (évidemment que j'ai un tracker, je vous ai déjà parlé maintes fois de mon esprit stalker!), j'ai découvert qu'un promeneur serait aterri en ces lieux après avoir cherché sur Google: "torture nue menstruations humiliation ". Je vous assure, ces mots se trouvaient bel et bien tous les quatre sur une page de mon blogue! Je doute fort que cette âme errante ait trouvé son compte ici. Si par malheur elle avait pris son pied et s'y était suffisamment plu pour revenir me visiter, tel un ami fidèle, je n'ai qu'une chose à lui dire, d'une voix forte et assurée:
Recule! Je ne te connais pas! Va t'en!
Qu'on se le tienne pour dit!
Lâchez-moi avec l'innocence. Les enfants sont evil! La psychanalyse ne cesse de le redire. Je dois bien avouer que, sur ce point, elle a vu juste. Les enfants sont monstrueux. Voilà tout est là. À partir de là, la faute revient à qui? Visiblement à l'éditeur, qui même s'il ne peut pas totalement se prémunir contre le plagiat, est un imbécile, une blague dans le monde de la littérature. Il a comparé sa jeune auteure qui n'a jamais écrit une ligne à Mozart. Il devait la publier, même si elle avait à peine 12 ans, afin de ne pas faire éclater le génie dans l'oeuf, saboter le potentiel inouï, commettre une des pires infamies contre l'humanité! On s'entend-tu pour dire que ce livre en vente dans toutes les pharmacies près de chez vous n'a rien d'un chef d'oeuvre, à peine si ça peut être nommé de la littérature. Il y a pas d'urgence à publier de la merde.
À ce moment-ci, vous vous demandez pourquoi je raconte tout ça. Vous la connaissez, l'histoire. Elle est dans tous les journaux québécois. Est-ce qu'il y a une leçon à titrer de ceci? Que l'humain est abject? Certes, mais ça, on le savait déjà. Où est-ce que je veux en venir alors? À la petite loi toute simple que la vertu n'est pas là où on aimerait la voir. Tous les gens qui excusent la jeune auteure méprise la force des enfants. Ça ne veut pas dire que la fille est finie, qu'elle sera toujours prisonnière de son destin. Non. C'est juste que ça démontre une fois de plus que les vertueux ont tort. Il n'y a pas de lucidité sans amerturme.
Le torse masculin, mis en valeur par une ceinture virile et quelques poils noirs, avait de la prestance malgré sa maigreur. Alors qu'il empoigne fermement une selle, Radcliffe - l'interprète de Potter; ce n'est quand même pas Harry Potter lui-même qu'on a souillé de la sorte! - porte un jeans bleu des plus clichés. Ces photos auraient été prises pour la promotion d'une pièce de théâtre. Un genre de pièce de Broadway. À voir les photos, on se doute que ce n'est pas de théâtre d'avant-garde qu'il s'agit! Ce n'est donc même pas pour l'amour de l'art qu'on dénude l'éphèbe de la sorte. Même pas! C'est par pur mercantilisme. Quant à Radcliffe, on se doute qu'il voulait par là affirmer son caractère viril. Une réussite sans faille!
Je suis reconnaissante aux producteurs de cette pièce de m'avoir prouvé aussi efficacement que Potter devenait un homme, même si ça crée un bouleversement irréversible. Je surveillerai les prochains films de Potter d'encore plus près. Je n'oserai plus cependant regarder les anciens films, même si j'adore le troisième. Je pourrais ressentir des désirs que je ne voudrais pas. Je ne parle évidemment pas de mes envies furieuses envers le professeur Snape. (Quoique les deux ne sont pas incompatibles! Snape a sans doute autre chose à apprendre à Potter que la magie...) Dans les prochains films, Potter sera sexué dans mon esprit. Il ne suffisait qu'une ou deux photos pour produire cette radicale transformation.
Je ne suis pas très originale. J'ai succombé comme tout le monde aux clichés racoleurs. Un commentaire revenait, d'ailleurs, parmi tous les observateurs concupiscents: I feel dirty. En effet, comment se sentir autrement qu'un vieux pervers quand nous prend l'envie de souiller comme ça un jeune magicien innocent. Moi aussi je me sens dirty. Ne croyez pas que je me sente pour autant saisie de désirs pédagogiques. Je n'ai pas envie de lui apprendre les choses de la chair. J'ai simplement envie de profiter des premières fougues du jeune étalon! (Ben quoi, pourquoi croyez-vous qu'ils l'ont placé à côté d'un cheval. Certainement pas juste par amour du kistch!)
Je suis arrivée au travail. Il y a des disquaires à proximité. Je vais sortir tantôt prendre l'album de Stefie Shock. J'ai peur de l'écouter en présence de collègues. Il me semble que je vais tellement penser au sexe à venir que j'aurai sur cet album.




