À cette lointaine époque, il y a deux ans et demi, il y a un siècle, il y a une éternité - époque où je donnais encore parfois dans la subtilité -, j'avais envoyé un texte réfléchissant à partir de la pensée d'Adorno au milieu universitaire, aux études littéraires (toutes universités confondues) en particulier. À cette fin, je m'étais créée non seulement un mais deux pseudonymes de jeunes femmes originaires de deux universités différentes et inscrites toutes les deux à la maîtrise, Julie Boulanger et Amélie Paquet. On remarquera mes talents en matière onomastique! Julie et Amélie, c'est-à-dire n'importe quelle jeune femme de leur âge. Ça aurait pu tout aussi bien être Mélissa, Geneviève ou Annie, mais Julie et Amélie m'apparaissaient comme les noms les plus dénués d'identité. Que dire de Boulanger et Paquet?Je brille d'inventivité n'est-ce pas?
Ces deux jeunes femmes, en à peine quelques mois, étaient revenues de pas mal tout en ce qui concerne l'université et qui pourtant continuaient de croire en la pertinence d'évoluer au coeur de l'institution. J'étais alors plutôt d'accord avec elles. Vous vous doutez bien que ça a changé. Pour ma part, je suis désormais persuadée que non seulement l'université n'est pas le seul espace de pensée offert aux intellectuels, mais qu'il n'en est plus un. Vous en connaissez encore beaucoup d'intellectuels qui oeuvrent au sein de l'institution? Pas moi. Ou si peu. Simples exceptions d'une règle que tout le reste confirme. On pourrait me rétorquer qu'il n'y en a pas tellement plus ailleurs. C'est bien vrai! Mais je garde espoir.
Voici donc mon texte paru dans la section « Abrogations » de la revue Main Blanche en avril-mai 2005:
À partir de la vie mutilée
Julie Boulanger & Amélie Paquet
fillesdeloth@arkanox.net
Ainsi l’ordre est assuré : les uns rentrent dans le jeu (mitmachen) parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement; et ceux qui pourraient faire autrement, ils sont tenus à l’écart parce qu’ils se refusent à rentrer dans le jeu.
Theodor W. Adorno, Minima Moralia.
S’il fut valable de croire qu’étudier permettait d’échapper à un ordre du monde régi par une logique dénuée d’humanité, la poursuite d’études nous apprend que l’université ne saurait en aucun cas constituer un refuge contre cette forme de vie détériorée. À l’intérieur de Minima Moralia, Adorno analyse les causes et les conséquences « de cette caricature de ce que serait la vraie vie [1] ». Le sous-titre français de l’essai — Réflexions sur la vie mutilée — ne parvient cependant pas à restituer la position à partir de laquelle il énonce sa pensée. Il ne pourrait en aucun cas s’agir pour Adorno de réflexions sur un objet, détachées, préservées de cet objet. Le sous-titre original, Reflexionen aus dem beschädigten Leben, signale d’emblée que son étude se constitue à partir de la vie abîmée, d’une existence dans laquelle la capacité à penser et à conserver son humanité est menacée [2]. S’il souhaite maintenir une rigueur et un esprit critiques, l’universitaire se voit contraint à adopter cette posture. L’intellectuel, au sein de l’université, ne peut échapper à la vie mutilée et ce n’est désormais qu’à partir d’elle qu’il continue de penser.
Ce maintien de la pensée s’oppose aux exigences institutionnelles qui participent à l’évacuation constante de celle-ci. Nos entrées respectives à la maîtrise — en études françaises à l’Université de Montréal et en études littéraires à l’UQAM — nous ont montré que, si cette propension est déjà présente au premier cycle, elle se manifeste sous de nouveaux aspects aux cycles supérieurs. Alors que la maîtrise semble plus propice à la réflexion, en raison du nombre restreint de séminaires à suivre et de leur caractère généralement plus exigeant, et qu’il est en effet davantage envisageable de s’y consacrer, la pensée ne doit pas moins y être constamment mise à profit. Une rentabilité immédiate du savoir est sollicitée. Tout espace de réflexion constitué pour la lecture, si infime soit-il, doit servir.
Il s’avère par ailleurs impossible de ne pas être frappé par l’invalidité d’affirmations, faussement rassurantes, — qu’on entend parfois — selon lesquelles, par exemple, « la première chose que nous devons apprendre en entrant à la maîtrise est de perdre la maîtrise ». Tout nous convie, au contraire, à prétendre à cette maîtrise. Nous sommes immédiatement qualifiés de « spécialistes » de notre champ de recherche par plusieurs de nos professeurs, sans même que nous n’ayons disposé du temps requis pour connaître notre sujet. Il ne reste plus alors qu’à espérer que l'attribution de ce titre constitue un moyen humoristique qui vise à stimuler nos efforts de recherche… Nous devenons autrement spécialistes à bien peu de frais. Nous devons, quoi qu’il en soit, adopter cette attitude et dissimuler la moindre incertitude, au risque de perdre toute crédibilité. Le mouvement de la pensée est interrompu au moment même où il fût bénéfique de le déployer. Il n’y a alors pas lieu de s’étonner, comme le font certains, qu’il ne se trouve plus que très peu d’essayistes parmi les universitaires, surtout des chercheurs. L’essayiste endosse une posture risquée qui refuse l’attitude de spécialiste commandée par l’institution universitaire.
Afin de satisfaire aux objectifs institutionnels, l’étudiant doit instrumentaliser ses capacités intellectuelles. Il est nécessaire que ses connaissances puissent être rendues, à tout moment, par une performance orale efficace. L’art de la formule s’avère indispensable pour témoigner de l’ampleur de ses lectures. S’il souhaite prouver sa valeur, l’étudiant doit être en mesure d’énoncer un commentaire à tout propos, particulièrement au sujet des textes qu’il n’a pas lus. Une telle situation de performance abolit tout espace de discussion authentique. L’écoute des autres a pour unique objectif d’octroyer au virtuose de la formule une occasion supplémentaire de se faire valoir à travers une intervention. Plutôt que d’être sensible aux réflexions de l’autre, de le pousser à affiner sa pensée, il l’entraîne vers ses propres objets d’étude, sur un terrain qu’il maîtrise et où il possède l’avantage. Celui-là même qui s’était toujours refusé à céder à l’esprit de compétition se sent gagné par celui-ci. En vertu de l’éthique respective de chaque professeur, une telle attitude est encouragée ou − heureusement, dans la plupart des cas − découragée. Quoi qu’il en soit, la pensée est une fois de plus évacuée par une certaine facticité des échanges, au sein des séminaires et, à plus forte raison, des colloques, lieux par excellence des démonstrations sans faille. Force est pourtant d’admettre que la réflexion ne progresse qu’en assumant et en recherchant ses propres instants de défaillance…
Tandis que les possibilités de penser s’effritent, l’intellectuel se voit voué à l’exil au cœur même de l’université, tout en ne pouvant trouver qu’en elle son unique lieu d’existence. Il serait d’ailleurs erroné de croire que les aptitudes cognitives jumelées à un travail constant et acharné, si considérables soient-ils, sont seuls garants de la survivance à l’intérieur du milieu universitaire. Une compréhension du jeu institutionnel et une capacité, presque inhumaine parfois, à composer avec ce jeu constituent les conditions premières de la survie dans l’institution. La situation s’avère davantage intenable dans un domaine comme l’étude de la littérature dans lequel une sensibilité au texte — qui demeure indispensable à sa pleine compréhension, peu importe la teneur intellectuelle des analyses ou leur volonté scientifique — est souvent indissociable d’une sensibilité plus générale. Pour parvenir à supporter le milieu universitaire, cette sensibilité doit paradoxalement céder sa place à un stoïcisme inébranlable. Du coup, c’est la littérature qui y perd, une fois de plus reléguée derrière d’autres considérations. Ne serait-ce que dans l’espoir de s’y consacrer entièrement, l’intellectuel peut être tenté de quitter l’université afin de poursuivre son étude hors des cadres de l’institution. Au-delà même des considérations financières, ce projet se révèle impossible. On pourrait, sans trop d’exagération, attribuer au système universitaire un caractère totalitaire. Avec raison peut-être, l’université détient — directement ou indirectement — le monopole des productions intellectuelles sérieuses. Peu de choix s’offrent alors à celui qui désire œuvrer à l’extérieur de ce milieu.
Si la tentation se fait forte d’abandonner l’université dans le but d’échapper aux mouvements de liquidation de la pensée et de l’humanité qui l’animent, la seule résistance véritable qu’on puisse leur opposer demeure de les affronter de l’intérieur. L’unique effet d’un tel abandon consisterait à être préservé de ces mouvements, alors que ce n’est qu’en assumant le risque d’être vaincus par eux qu’il apparaît envisageable de les renverser. En acceptant d’entrer dans le jeu, on acquiesce toutefois inévitablement, dans un premier temps, au maintien de l’ordre. À ce sujet, il importe d’entendre le terme allemand employé par Adorno, que la traduction restitue en tant qu’« entrée dans le jeu [3] » . Le verbe mitmachen décrit un mouvement qui engage le sujet, marque le passage entre « prendre part à » et « être de ». En participant au jeu, non seulement l’entretient-on, on lui accorde plus de force. De ce fait, seule une solution radicale apparaît en mesure de résoudre l’aporie dans laquelle est plongé l’intellectuel.
Auprès de celui qui prend conscience de la vie mutilée, la figure de Joubert, qui « a préféré [l’] échec au compromis de la réussite [4] », énonce les deux termes admissibles. Avec Joubert, tel que nous le présente Blanchot, on est tenté d’affirmer que le parti pris de l’échec contre le compromis constitue le seul triomphe. Jules et Jim [5] problématise ce partage entre l’échec et la réussite. Face à la faillite de sa recherche d’une nouvelle forme d’existence et contre les compromis de Jim, Catherine − qui prend sur elle le tragique du monde et le précipite vers son aboutissement − choisit l’échec, entraînant Jim à sa suite. Elle laisse derrière elle, au cœur de la vie mutilée, Jules et leur fille, Sabine. De l’intérieur de la blessure, Jules est celui qui parvient à un au-delà de l’échec et du compromis de la réussite. En refusant l’abandon, il assure l’héritage, à partir des ruines, vers la possibilité d’une nouvelle forme d’existence.
[1] Theodor W. Adorno, Minima Moralia. Réflexions sur la vie mutilée., traduit de l’allemand par Eliane Kaufholz et Jean-René Ladmiral, Paris, Payot, 2001, p. 10.
[2] « En premier lieu, Adorno y dit comment les plus beaux rêves sont gâtés, lésés, mutilés, endommagés (beschädigt), blessés par la conscience éveillée qui nous fait savoir qu’ils sont pure apparence (Schein) au regard de la réalité effective (Wirklichkeit). Or, le mot dont Adorno se sert alors pour dire cette blessure, beschädigt, c’est celui-là même qui apparaît dans le sous-titre des Minima Moralia : Reflexionen aus dem beschädigten Leben. Non pas « réflexions sur » une vie blessée, lésée, endommagée, mutilée, mais « réflexions depuis ou à partir » d’une telle vie, aus dem beschädigten Leben : réflexions marquées par la douleur, signées par la blessure. » Jacques Derrida, Fichus. Discours de Francfort, Paris, Galilée, 2002, p. 15.
[3] « So ist für die Ordnung gesorgt : die einen müssen mitmachen, weil sie sonst nicht leben können, und die sonst leben könnten, werden draußen gehalten, weil sie nicht mitmachen wollen. » Theodor W. Adorno, Gesammelte Schriften 4, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1980, p. 22.
[4] Maurice Blanchot, Le Livre à venir, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2003, p. 88.
[5] François Truffaut, Jules et Jim, France, 1962.
Notre relation profonde avait depuis longtemps renoncé à tout confort. Nous abîmions ensemble nos êtres au coeur des restes d'un livre éclaté sur la banquette arrière d'un véhicule. Devant l'urgence de commettre nos fautes, nous connaissions déjà l'impossibilité de contenir une fois de plus notre contact grave. Liés par une consanguinité intellectuelle, il était aussi sensible, sérieux et mélancolique que nous deux. Je savourais, troublée, la réunion physique de la femme que j'aimais à cet homme avec qui je pressentais, depuis la première rencontre, la proximité. Ses larmes tombaient encore, marques tangibles d'une incompréhensible culpabilité. Notre abandon était pourtant totalement volontaire. Offertes à son sexe, nous étions prêtes à subir l'étendue de sa perversité. Nos corps, beaucoup plus jeunes que le sien, avaient connu plus qu'il n'eût pu le croire la souillure.
Les mains avides sur son sexe, plus dur qu'il ne l'avait jamais été, nous espérions le faire entièrement nôtre en le plongeant brusquement au sein de nos organes. À ses larmes s'unissaient inévitablement celles de ma soeur et les miennes, alors que nous lui proposions l'ultime célébration des ébats saturniens. Ses dents et sa langue s'accrochaient à nous, suivant la violence avec laquelle nous avions déjà adjoint nos doigts à sa chair, sur son dos, sa poitrine, son cul, sa queue. Cherchant à déjouer d'emblée la fascination, nous avions consigné sur lui nos traces afin de nous livrer, sans possibilité de retour, à la nécessaire confrontation de nos espaces.
Amant complet, il acquittait de sa propre perte ses orgasmes. Notre parcours commençait à même la surface de nos corps et craignait déjà d'être livré à sa disparition. Par cette impudicité se dévoilait enfin l'étendue de notre liaison spirituelle, que les distances de la malheureuse décence et de l'hasardeuse moralité avait retardé. Nous le poussions à la vulgarité. Par sa voix, nous voulions entendrent les pires mots afin de le contraindre à se révéler. Ses paroles se transformaient, sous le coup des obscénités, en cris compromettant, devant nous seules, l'entièreté de son être.
Nous lui offrions, portant l'échange à un aboutissement absolu des corps, notre jouissance. Notre complice, immergé dans nos orgasmes, recevait de ma soeur et de moi la brutalité de notre souffrance et l'ivresse de nos exaltations. Le partage de nos intimités bouleversaient l'aisance des positions définies. Notre passion lubrique se réalisait dans l'éclatement de nos rôles.
Un jour pourtant nos gestes devraient cesser. Nous n'aurions jamais la force de soutenir nos ébats devant l'éternité. Chaque nouvel orgasme annonçait déjà la possibilité d'une fin, le moment sinistre où nous redeviendrions des êtres distincts, ou pire, des inconnus. Je savais que ma soeur resterait liée à moi. Je redoutais le détachement de notre amant. Il disposait d'une raison supplémentaire de justifier sa fuite maintenant que nous avions connu sa bite, son foutre, son sang, ses larmes. Nos corps imploraient d'être dévorés, plutôt que de s'assujettir à l'inexorable éloignement. Lorsqu'il ne serait plus capable de nous prendre, s'il refusait notre absorption, nous allions peut-être devoir provoquer sa mort à lui. Sa dépouille, queue bandée, yeux ouverts et poitrine éclatée sous les coups de notre arme à feu, pourrait ainsi reposer à jamais au centre de nos fluides, de nos corps, dans l' attente de sombrer à sa suite dans l'effacement.
Il ne faudrait sûrement pas le prier beaucoup pour qu’il nous traite de garces. Il doit en mourir d’envie. Comme d’ouvrir sa braguette pour nous montrer cette queue que nous avons tant convoitée et nous dire de la sucer en nous traitant de salopes parce qu’il n’a raté aucun des regards que nous avons posé sur elle. Il sait qu’on ne demande rien de mieux que de la partager entre nos bouches puis de nous embrasser la bouche pleine de son sperme. C’est pour ça qu’il nous l’avait offerte avec une telle impudeur, malgré tous ces gens autour, debout, bien appuyé sur le siège derrière lui, ses belles mains d’homme agrippées de chaque côté, son sexe bien en avant, vers nous. Ou encore quand il était à côté de nous, sa jambe contre la mienne, moi assise et lui debout. Sa bite était si près de mon visage. Il eût suffit que je bouge à peine, que j’ouvre son pantalon et je l’aurais engouffrée dans ma bouche, sa bite… Osti de con. Nous passons notre vie à le traiter d’osti de con. Pour tout ce qu’il semble avoir envie de faire et qu’il ne fait pas. Un jour, nous allons le traiter de con, c’est sûr. Nous ne pourrons plus nous retenir.
En écoutant aujourd’hui son message stupide, il nous est pris une nouvelle fantaisie. Comme il serait bon de lui dire ce que nous pensons puis de raccrocher : « Osti que t’es con, R. ! ». Il aimerait ça, c’est sûr. Il sait qu’il est con et ça lui ferait du bien de l’entendre. J’ai plutôt enregistré un nombre incalculable de fois sur notre propre boîte vocale ce « Osti que t’es con, R. ! ». Haineux, excité, amusé, dégoûté… Je n’arrivais plus à retrouver ce ton que nous utilisons pourtant toujours… J’ai fini par enregistrer ce « B., viens nous fourrer. » C’est vraiment tout ce que j’ai envie de lui dire…
Nous ne faisons pas de « sur demande ». À moins que cette demande ne s'effectue dans le contexte hautement érotique de la contrainte à l'écriture ! Telle que tu l'as formulée, ta demande a uniquement eu l'effet de couper court à notre souffle lubrique en le sentant forcé à se diriger vers une certaine direction... Nous avons l'impression que nos imaginaires érotiques fonctionnent un peu différemment... Nous éprouvons, quant à nous, une véritable aversion envers les scénarios. Ce que nous recherchons, ce qui nous excite, c'est la charge érotique des images, non leur confinement dans une représentation précise. Nous aimons laisser vaquer notre désir, nous laisser transporter par le désir, sans lui donner une forme prédéterminée. Il s'occupera lui-même d'engendrer ses actions le moment venu ! Les « scénarios » ne nous semblent pas ouvrir un monde de possibilités mais au contraire les restreindre, d'une part, parce qu'ils freinent le déploiement du désir, d'autre part, parce que du fait même de leur construction prédéfinie, ils perdent à nos yeux tout intérêt d'un accomplissement dans la réalité. Jouer un scénario, quel ennui ! Nous préférons nous laisser porter par les impulsions du moment.
Nous aspirons à un érotisme initiateur d'une perte des repères, d'un érotisme qui trouble la notion d'identité à laquelle sont intrinsèquement liés les scénarios. La beauté des échanges érotiques entre plusieurs partenaires repose précisément, pour nous, dans le mélange des corps et des identités, dans la perte de l'individualité qu'ils entraînent. Nous savourons l'enivrement de ne plus savoir soudainement qui nous sommes et qui nous touche, dans l'abandon de cet entrelacement des corps...
Nos représentations érotiques sont polymorphes et se déploient simultanément. Nous ne pouvons (et ne souhaitons !) fixer notre imaginaire dans une organisation linéaire. N'est-ce pas là la puissance de l'imaginaire que de pousser les limites du réel ? Nous voulons tout immédiatement et en même temps ! Te sucer avidement, sentir ta queue dans chacun de nos trous, tous à la fois, être enculées brutalement, sentir notre chatte fourrées par tes doigts, être défoncées par ta bite, se faire mordre, lécher et embrasser chaque partie de notre corps, sentir tes mains d'hommes violenter nos fesses, agripper nos hanches, tes ongles s'enfoncer dans notre peau, être fouettées en nous faisant traiter de salopes, t'enculer avec un strap-on, recevoir les jets de ton sperme chaud sur tout notre corps, aller en recueillir les gouttes avec nos langues gourmandes sur ta queue puis sur nos corps, se faire brutaliser les seins, t'embrasser la bouche pleine d'un mélange de sperme et de mouille, t'attacher pour te voir te branler en nous regardant baiser, te voir te faire enculer et sucer une bite, lécher ton corps plein de sperme, obéir à tes moindres désirs, te contraindre à nous satisfaire sans relâche, te sentir exploser dans notre bouche, sur nos seins, que chacun de nos orifices soit tout aussi ouvert que bien rempli, te sentir partout sur nous et en nous au même instant...
Nous aspirons au débordement. Et c'est précisément pour cette raison que nous ne t'écrirons pas de scénarios. Ne t'en déplaise !
Bien à toi.
Nous l’avions donc assis sur une chaise à proximité de nos corps, l’y avions ligoté, ouvrant sa chemise afin de pouvoir contempler librement son torse et tenter de deviner la forme de son sexe à travers son vêtement à mesure que nous le ferions durcir. La vue de sa ceinture compromettait nos plans. Elle nous infligeait les plus insoutenables tentations, appelant au mouvement de son arrachement afin que nous puissions immédiatement satisfaire notre envie d’engloutir dans nos bouches cette queue que nous devinions imposante et savoureuse. Cette torture mutuelle était cependant d’ores et déjà décidée, condition nécessaire au débordement brutal auquel nous aspirions.
Réfrénant donc péniblement le désir de recevoir à l’instant ce sexe dans nos orifices, nous retirâmes nos corsages sous lesquels se découvrirent nos seins nus. Je me précipitai goulûment sur ses gros seins, saisissant l’un d’entre eux avec une main et enfouissant l’autre dans ma bouche. Je m’emparai de sa chatte déjà toute humide de désir de ma main droite et frottai vigoureusement son clitoris entre mes doigts, savourant d’avance le plaisir d’entendre ses petits gémissements de pute. Elle se trémoussa et gémit en effet, tout en le fixant, lui, afin de ne rien manquer de l’érection croissante qui taraudait son pantalon.
Nous voyait-il à ce moment-là ? Se demandait-il quels mots se glissaient jusqu’à son oreille, tandis que ma langue aurait pu la toucher, réflexions sur ce qui se passait autour ou mots pervers juste pour l’exciter, la petite salope ? Car il sait que nous sommes deux petites salopes. Nous lui en avons révélé suffisamment pour qu’il puisse s’en douter, pour qu’il sache un peu ce que nous ferions de lui, ce que nous lui offririons, si seulement il se laissait prendre à notre piège. Oui. Il nous regardait certainement. Nous nous frôlions donc, rapprochant nos bras, nos jambes, échangeant des regards entendus, des sourires un peu malicieux, avec la nette conscience de son regard à lui à qui nous nous offrions.
Ses seins tendant son chemisier attiraient mon regard concupiscent. J’en parcourais les lignes et plongeais dans la subtile ouverture de l’étoffe qui me permettait d’entrevoir leurs formes blanches et imposantes. Elle a une façon de dévoiler parcimonieusement ses seins, un peu cachés un peu dévoilés, contrairement à moi qui les expose ouvertement aux regards, avec mes décolletés profonds sur lesquels je me plais à surprendre le mouvement des yeux qui s’y posent, tout comme j’aime qu’on se branle en les regardant, jusqu’à y répandre sa semence. Ses seins magnifiques… Si j’avais eu une queue, je l’aurais fourré entre ces deux immenses globes. Je sais qu’elle aurait happé ma queue de sa bouche cochonne, qu’elle m’aurait sucée jusqu’à ce que j’éjacule entre ses lèvres, tout comme elle le sucerait lui, sous mon regard absorbé.
Alors qu'il était derrière moi, presque à me frôler, j'aurais voulu qu'il me prenne, qu'il me renverse et me défonce par tous les orifices.
Je passe mes journées à l'imaginer m'entraînant avec lui, me dévoilant son sexe superbe dans toute la splendeur de son érection, languissant de plonger dans les abîmes de ma bouche et de s'y déverser.
Il est tellement homme.
J'adore aussi observer mes seins quand on me baise. J'aime observer leurs mouvements causés par les secousses sismiques de la passion consommée, j'aime les regarder en imaginant le regard qui est posé sur eux, en imaginant l'excitation que leur vue procure. Cette excitation imaginée augmente mon propre désir envers eux et envers moi que j'investis ensuite dans l'autre.
Quand je fais l'amour avec une femme, je m'enivre de la vue de ses seins. Leur simple vue me précipite aux frontières de l'orgasme. Est-ce alors ses seins qui m'excitent ou les miens que je vois à travers les siens?
Lorsque je me masturbe, je ne détourne presque jamais les yeux de mes seins. Il n'a rien qui m'excite autant que leur vue. Est-ce alors mes seins qui m'excitent ou ceux d'une autre femme que j'aperçois à travers mes propres seins?
Lorsque je me masturbe, je suis moi, un autre et une autre. Je suis la narcissique qui jouit de son propre corps, qui se fait l'amour. Je suis l'homme qui s'excite de la vue de mon corps, l'homme qui ressent le désir de me posséder. Je suis la femme qui baise le corps d'une autre femme. Je suis celle qui jouit des caresses qu'un autre ou une autre lui procure
Pour la première fois, je l'ai serré contre moi et je lui ai dit «je t'adore». Ses mains se sont alors glissées sous ma jupe, aux allures espagnoles romantiques, et ont caressé ma peau nue. Alors que ses mains parcouraient mes fesses, je croyais sentir à travers mes propres mains la sensation que mes courbes procuraient à ses mains, comme si mes mains étaient devenues les siennes, comme si ses mains étaient devenues les miennes. Lui-même n'était plus seulement lui mais plusieurs hommes qui m'ont possédée, ainsi que plusieurs hommes, encore inconnus, qui me possèderont.
Son odeur. Elle n'est pas exceptionnelle et pourtant elle m'enivre. Lorsqu'elle pénètre mes narines, tout mon être est empli de lui et je m'emparerais de sa bouche, je me perdrais dans celle-ci.
Une telle tendresse et un tel désir. Rien de plus mais c'est peut-être déjà trop.
Avec un tel abandon d'ailleurs... Ce que j'aimerais me perdre dans la bouche d'une femme.
Où s'arrrête le fantasme? Où débute la réalité? Qu'importe.
Vous voilà au sein même de mes entrailles, au plus profond de mon être. Dans mon sexe et dans mon imaginaire érotique




