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Albertine Bouquet
20 février 2013 @ 21:13
Prête à affronter tous les périls au nom de la connaissance, je viens de terminer Fifty Shades of Grey On parle souvent de ce livre sans dire l'essentiel. Je me dois donc de rétablir les faits : le sujet principal du roman n'est pas le sexe (la première scène érotique est à la page cent), ni même le BDSM (ils discutent plus du contrat qu'ils ne passent réellement à l'acte)! Le sujet principal du roman, c'est plutôt l'argent. La narratrice, Anastasia Steele, est une jeune femme issue de la classe moyenne, qui se sent complètement écrasée par l'assurance des gens des classes supérieures. Après, par exemple, que Christian Grey, Monsieur Cinquante nuances pas très subtiles, lui ait offert des livres rares, elle ne désigne plus ces objets qu'en mentionnant leur prix : «Un instant il me repousse, l'instant d'après il m'envoie des livres à quatorze mille dollars et me traque comme un harceleur». Dans un autre passage du roman, il est écrit : «J'ai envie de m'enfuir. Il est riche». Plus loin, notre héroïne est morte de honte d'avoir vomi devant un PDG. Et ce même PDG l'attachera avec sa cravate, symbole ultime de son appartenance à l'élite économique. Au fond, Fifty Shades of Grey raconte l'histoire d'une idiote et d'un épais qui, sous le couvert de pratiques sado-maso, se crossent sur le capital. Ah Monsieur Grey, non, non, ne m'achète pas une voiture de luxe. Oh, oh, Monsieur Grey, tu possèdes un... si immense jet privé en plus de ton hélicoptère! Que tu es puissant, Monsieur Grey! Je suis toute mouillée.

Je parlais de tout ça et bien plus à mon Hélène hier. Elle m'a posé la question essentielle : « Mais ça t'a excitée ? » J'ai dû arrêter quelques minutes pour y penser. « Hum, je crois pas, pas vraiment ». Elle m'a regardée d'un air sceptique. « Je veux bien, Al, je comprends que c'est un livre débile, mais quand même il devait y avoir des pénis, des boules, des fluides... » Il y avait UN pénis!!! Un seulement! Un pénis, celui de Monsieur Grey. Déjà ça part mal... Des seins, ouais, mais à peine... Puisque le livre s'adresse à la femme hétérosexuelle, on ne parle que du corps de Monsieur Grey. Et encore, on n'en dit pas grand chose. On dit surtout qu'il est BEAU, oh si BEAU! Le seul passage sexuel que j'ai bien aimé c'était un éloge, très propre toutefois, de la sodomie. Ce bout-là m'a intéressée, même si le côté « guide pour plaire à son homme » me donnait presque le goût d'y renoncer... En fait, Fifty Shades of Grey est un livre didactique pour que la lectrice découvre des pratiques «illicites» tels que le BDSM. Que la littérature érotique serve de véhicule de la connaissance libidinale, soit! C'est très bien! Cela dit, je pense qu'il y a de meilleures professeures que EL James. Dans un passage, la narratrice suce la queue de Monsieur Grey pour la première fois, Monsieur Grey qui fait 100 000$/heure (détail qu'on précise dans Fifty Shades Darker que je lis présentement). Elle n'avait jamais fait de fellation avant ce jour. Monsieur Grey est son premier partenaire. (Je n'écris pas qu'elle était vierge, parce que l'idée de la « virginité », ça place la pénétration vaginale au centre de toutes les relations sexuelles). Elle le suce, donc. Et il éjacule dans sa bouche. Gourmande, Anastasia Steele avale le tout comme une experte. Monsieur Grey est ben fier de sa protégée! De son ton paternaliste habituel, il la félicite et lui donne une mention « excellent » comme s'ils étaient à la petite école. Il élève donc Steele au titre suprême de première de classe, parce qu'elle n'a pas eu de gag reflex. C'est juste que, criss, un gag reflex, c'est humain et c'est involontaire!! J'ai déjà eu un gag reflex en avalant du sperme même si je désirais très fort la semence de mon partenaire. Ça ne fait pas de moi une moins bonne suceuse. Et, anyway, je ne participe pas à des concours de pipe, ni à des concours de talents pour plaire aux Monsieur Grey de ce monde.

Perso, je n'aurais jamais avalé le sperme de Monsieur Grey. Je l'aurais gardé dans ma bouche pour lui cracher au visage avant de m'emparer d'un des fouets de la Chambre rouge. J'aurais profité du fait qu'il soit obligé d'essuyer son beau visage pour le frapper de toutes mes forces. Il aurait crié : « Jaune! » Le premier safeword dans leur contrat. Et j'aurais continué encore plus fort. Il aurait hurlé : « Rouge ! » Je lui aurais donné deux ou trois coups de plus juste pour lui faire comprendre qui est la dominante et je me serais enfuie avec une ou plusieurs de ses jolies assistantes blondes à bord de Charlie Tango, son hélicoptère. Ciao fucker! Je devrais écrire un fanfic. Ça serait dans l'esprit du texte, puisque Fifty Shades of Grey a commencé comme un fanfic de Twilight.  Ça s'appellerait : Steele's Revenge. Fifty Shades of Red! Dans mon texte, il va y en avoir du sexe. Je vous jure du gros sexe sale! Pas de règles, de l'action, du désordre, des fluides, des bouches avides, des pénis, des seins, des plottes... Quelque chose de le fun, bref!

 
 
Musique actuelle: Hole
 
 
Albertine Bouquet
09 février 2013 @ 21:18
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L'autre jour, je traînais dans un café en ville avec des connaissances. À la télé, nous avons vu des images des femmes de Femen. Un gars du groupe, que je connais très peu, s'est mis à se moquer : « Ben oui, ça se crisse à poil pour dénoncer la culture du viol! Pas fort! Qu'est-ce qu'elles ne feraient pas pour un peu d'attention médiatique? ». Tout le monde riait. Tout le monde, sauf moi évidemment. Un fille s'est tournée en ma direction : « Albertine, je te gage que tu trouves ça ben correct Femen? Ce serait ton genre, il me semble ». La partie était perdue d'avance, mais puisque je suis bonne joueuse, j'ai décidé de ne rien taire de ma passion. Je me suis exclamée : « Les femmes de Femen, bien sûr, que je les aime! En fait, JE LES ADORE! ». Il y a eu un silence. Je n'avais pas trop envie de débattre, alors j'ai dit que je devais partir et en quittant j'ai jugé à propos d'ajouter : « Je me mettrais à poil avec elles n'importe quand ! »   

Il paraitrait donc, si on se fie aux bonnes gens, que les femmes de Femen seraient cruellement en manque d'attention, qu'elles seraient tellement prêtes à tout pour être entendues qu'elles n'hésiteraient pas à reproduire les images du patriarcat. Ah bon. Il faudrait à tout prix que les femmes évitent de se réifier comme des idiotes devant les caméras. Évidemment, nous savons toujours mieux que les femmes elles-mêmes ce qu'elles devraient faire avec leurs corps et à partir de quel moment elles se mettraient à reproduire bêtement « les images du patriarcat ». Nous ne pensons jamais au fait qu'en disant cela nous nous donnons le droit de décider à quel moment une manifestante de Femen passe de sujet à objet. Derrière notre petit écran, bien au chaud et en sécurité dans notre salon, nous décidons de ce qui serait dégradant pour elles. À mon avis, c'est précisément le droit à l'ingérence dans la vie des femmes, que nous nous octroyons pour des motifs prétendument nobles, que Femen veut nous jeter en plein visage. Avec leurs seins nus, elles envoient promener toutes les personnes soi-disant bienveillantes qui diront que le féminisme a mieux à offrir. Elles font aussi un immense finger à tous les « hommes féministes » qui enseigneront, comme un bon papa ou un grand frère, aux petites filles qu'elles doivent faire bien attention de ne pas mélanger le « girl power » bête de l'industrie culturelle et le « woman empowerment » propret du féminisme bourgeois. Ils savent si bien, peut-être même mieux que nous, comment nous devrions agir pour défendre nos droits. Oh comme ils sont gentils...       

 
 
Albertine Bouquet
29 janvier 2013 @ 11:57
Un des grands mensonges de notre époque est de nous faire croire qu'on peut à la fois être excessifs et économes, vivre une existence sous le signe de l'exaltation, mais se ménager constamment. Les gens ne savent même pas reconnaître l'excès lorsqu'ils rencontrent une vraie excessive comme moi, tant ils espèrent être autre chose que ce qu'ils sont, c'est-à-dire raisonnables, ne dépensant que pour des choses utiles ou octroyant un statut social, comme un beau char, une belle cabane.

Je jasais hier avec un ami.

Moi : Ah merde, l'argent me brûle des mains! C'est ridicule, là je suis crissement fauchée. Et regarde tous les livres que je viens d'acheter! (Je ployais sous le poids de mes sacs, remplis à ras-bord.)
Lui : Je te comprends tellement, Al! Moi aussi, je n'arrive pas à me contrôler quand j'entre dans une librairie.
Moi : Je peux pas croire. T'es tellement raisonnable.
Lui : Écoute, l'autre jour, je me suis acheté cinq livres sur un coup de tête!
Moi : Tu me niaises-tu?! Cinq livres?! Moi, j'en achète trente d'un coup.
Lui : ...
Moi : Oui, trente!
Lui : Ça m'est arrivé aussi une fois...
Moi : Non, non, tu ne comprends pas. Une fois, une fois, moi, c'est tout le temps!!! L'argent me brûle des mains, pour vrai! Aussitôt qu'il y a 50$ de disponible sur ma carte de crédit, je me demande quels livres je pourrais me commander sur Amazon! Les règlements contre l'endettement sont rédigées expressément contre des filles comme moi...

Mon ami m'a regardé d'un air mi-affectueux, mi-consterné et est parti.

Criss, qu'on ne m'enlève pas la seule chose que j'ai!  Peut-être que je me demande souvent comment payer mon épicerie tout en n'hésitant jamais à dépenser des centaines de dollars en livre, mais je connais les excès pour vrai!  

 
 
Albertine Bouquet
08 janvier 2013 @ 09:50
Chaque fois qu'il me vient l'idée saugrenue d'exprimer une idée étonnante à autrui, je me retiens. Je sais que je vais devoir m'expliquer, exposer le chemin que j'ai parcouru pour arriver à cette conclusion. Je ne suis jamais certaine d'être capable d'y parvenir. Je m'en criss de convaincre qui que ce soit que mes intuitions sont justes, je sais qu'elles le sont. Si j'énonce une pensée, c'est parfois simplement que je veux émettre un avertissement. Comme si je criais la vérité avant qu'elle n'advienne, d'une certaine manière. Nos rapports sociaux sont organisés pour régler rapidement toutes les questions. On analyse la parole en quelques secondes. On trouve quelques arguments pour l'invalider. Et voilà, intervention suivante! Peut-être que dans six mois, un an ou dix ans, j'aurai raison. Je m'en fiche que ça prenne du temps. Anyway, il faut attendre avant de comprendre la parole d'autrui. Il faut se laisser imprégner un peu. Je suppose que la littérature, si elle sert à quelque chose, sert à ça, à donner du temps et de l'espace à la pensée pour qu'elle se déploie un minimum. 

L'autre jour, mon anarchiste préféré est arrivé chez moi en me parlant d'un texte de ma némésis qui chiait sur un de ses amis. Il m'a demandé si je l'avais lu. Oh non, je ne l'ai pas lu, je ne suis pas religieusement les petits écrits de ma némésis!!! Ça pourrait me rendre folle. Il s'est exclamé d'un ton enjoué : «Elle a écrit quelque chose que tu m'avais déjà dit. C'est fou!» Devant mon air horrifié, il a ajouté affectueusement : «Mais c'est normal, c'est ta némésis». Salope, la guerre est déclarée!

Évidemment, c'est un peu ridicule, mes histoires de «némésis», tsé la fille ne me connait sans doute même pas! Enfin, pas encore! Parce que si elle est mon ennemie jurée, comme je le pense, ça veut dire que je suis la sienne aussi. Elle me rencontrera bien sur son chemin un jour ou l'autre. Si je pense à ma némésis en ce moment, c'est qu'en relisant mon premier paragraphe, je me faisais penser à elle un peu. Comme elle, je ne suis pas née pour un petit pain. Cela dit, ma némésis ne se retient jamais de parler. Ce n'est pas une sauvage comme moi. C'est une fille qui veut convaincre à tout prix et surtout dans l'immédiat. Elle a soif de reconnaissance immédiate, alors que moi, je m'en sacre. Voilà notre différence fondamentale! Et puis après des érudits imbéciles affirmeront que les blogueurs écrivent sur Internet pour obtenir de l'amour immédiat, fuck non! Moi, j'écris sur Internet pour les motifs inverses. Si on cherche de la reconnaissance instantanée, il faut miser sur le livre.

 
 
Albertine Bouquet
02 janvier 2013 @ 20:38
Pendant les fêtes, je me suis retrouvée en famille comme d'habitude. J'ai soigneusement évité les revues de fin d'année. Je trouve ça trop difficile de me forcer à rire pendant le Bye bye pour cacher à tous qui est réellement cette femme qu'ils pensent aimer. Nous avons joué beaucoup aux cartes en famille. Je ne suis pas la plus grande fan, mais bon, ça détend un peu et ça passe le temps. En jouant au Skip-bo, je me suis rappelée une histoire banale de mon enfance. Une histoire qui s'était passée autour d'un jeu de cartes.

Ma cousine Emma Bouquet, de plusieurs années mon aînée et, d'une certaine manière, ma grande soeur, m'avait proposé ce jour-là de jouer à un nouveau jeu avec sa correspondante française qui était en visite au Québec pour quelques mois. Sa correspondante était physiquement super impressionnante, elle mesurait plus de six pieds. Six pieds trois, je pense. Elle aurait pu avoir l'air d'une russe si elle n'avait pas tant des traits de Française. Emma m'avait poussée vers Sandrine, sa correspondante. Je devrais jouer à un jeu qu'elle lui avait apporté en cadeau de la grande Europe, berceau du monde intellectuel. Je me suis installée avec la géante. Sandrine m'a expliqué brièvement les règles. Nous avons fait quelques parties. Je battais toujours Sandrine à plate couture. J'ai remarqué dans le visage d'Emma sa fierté, mais aussi sa malice. Plus tard, j'ai compris qu'Emma trouvait Sandrine totalement idiote. Une Française à ce point sotte! Incroyable! Emma qui aimait tant l'Europe tombait des nues! Oh j'ai oublié de préciser que j'avais huit ans, alors qu'Emma et Sandrine avaient 15 ans. Chaque fois que je battais Sandrine, Emma avait la confirmation que la Française était vraiment une conne. Une enfant, en l'occurrence moi, était capable de la déjouer systématiquement à un jeu qu'elle connaissait pourtant très bien. Moi, je ne trouvais pas que Sandrine était idiote du tout. Elle n'était manifestement pas douée pour les jeux de stratégie, alors que moi, j'ai un talent inné pour ce genre de jeu. Et puis, Sandrine était bien plus attachante et sensible que mon affreuse cousine qui se pensait tellement plus futée que tout le monde.

Emma m'aimait bien. J'étais sa cousine surdouée, un génie au berceau comme elle. Nos liens de sang lui servait à croire à sa propre supériorité. Quand j'étais avec elle, elle ne me parlait pas comme elle le faisait avec les autres. Puisqu'elle me trouvait intelligente, elle me parlait comme on parle à une complice. Il y avait nous d'un côté, les cousines Bouquet, les deux surdouées, et de l'autre, il y avait le monde : les caves, les épais, les twits. Ceux qu'Emma allait écraser. Emma pourrait signer un jour : Emma Bouquet Ph.D. Elle me l'avait confié, ça faisait partie de son vaste plan de domination du monde. Elle m'avait dit que pour des filles comme nous, il fallait devenir Ph.D à tout prix. C'était le seul moyen. Elle m'avait dit aussi que la vie était dure pour les femmes intelligentes. Nous étions des alliées, il fallait se faire reconnaître par le monde. Par l'université en premier lieu. Le plan d'Emma a foiré. Elle s'est rapidement aperçu que sa petite cousine Albertine était une émotive, une fille extrêmement sensible. La sensibilité ne sert à rien lorsqu'il s'agit de dominer le monde, de devenir des femmes influentes, riches et puissantes. Sa petite cousine Albertine était bien plus faible qu'elle ne pensait. En plus, sa petite cousine s'est mise à jouer à la rebelle, elle pognait constamment des retenues à l'école. Selon Emma Bouquet, des filles comme nous n'avaient pas le temps de jouer aux rebelles. Il fallait à tout prix être une petite fille modèle pour les backstabber à la fin en montrant au monde entier notre cash, notre succès professionnel, nos condos de luxe dans les plus grandes villes, nos photos de voyages partout sur la planète. Heureusement que j'ai coupé les ponts avec elle depuis longtemps. Si Emma savait que sa petite cousine est une salope et une sympathisante anarchiste, elle serait encore plus dégoûtée qu'elle ne l'est déjà. 

Ce jour-là, j'ai pris le côté de Sandrine. Je ne voulais pas l'humilier. Si j'avais été assez intelligente, j'aurais vu tout de suite le plan d'Emma et j'aurais fait exprès pour perdre toutes les parties. Si j'avais Emma Bouquet devant moi en ce moment, je lui expliquerais que moi, je vais me servir de mon intelligence pour détruire les puissants, les vrais, ceux qui contrôlent le monde, ceux qu'elle fréquente, ceux avec qui elle se moque de nous, les losers. 

 
 
 
Albertine Bouquet
02 janvier 2013 @ 15:02
J'ai une liseuse, pis c'est fucking hot! J'ai déjà lu quatre romans avec mon appareil. L'encre électronique, c'est ben le fun, ça ne fatigue pas les yeux du tout. Et j'ai une petite lampe de poche intégrée à mon étui pour les moments d'insomnie où je dors avec quelqu'un. Autour de moi et de ma machine, les critiques fusent. Ils veulent s'en prendre à mon idylle, jeter dans la boue ma liseuse. Ça ne passe pas dans mon milieu une écrivaine qui aime lire sur une lieuse. Je devrais être celle qui défend bec et ongles la tradition. «Mais un VRAI livre ça sent si bon», «Mais c'est tellement le fun de toucher du VRAI papier»... Ouais, j'sais pas. Je ne pense pas que c'est si important. Après tout, j'écris un blogue qui sent rien et qu'on ne peut pas toucher! Je ne remplacerais pas ma savoureuse maîtresse par une fille électronique. Je n'échangerai jamais le délicieux pénis de mon amant par une copie électronique. Mais les livres, c'est juste des objets, je m'en crisse pas mal de les remplacer par un livre électronique. Tant que je peux écrire en lisant, je suis heureuse. On peut, en effet, prendre des notes manuscrites sur ma lieuse. Alors tout est merveilleux! J'ai même un répertoire qui archivent toutes mes notes manuscrites. Un de mes amants, plus sensés que les autres, a essayé de me raisonner en me servant mes propres arguments : «Mais on ne peut même pas éjaculer sur un ebook!» Sur l'écran, ça serait pas super pour ma machine en effet, mais on peut éjaculer sur mon étui de cuir sans problème. À volonté, en plus! Et puis, c'est encore plus cool, c'est comme éjaculer sur ma bibliothèque en entier d'un seul coup. «Mais Albertine, tu ne peux pas déchirer une page d'un ebook». Oh ça, c'est vraiment plus triste...

J'ai lu des romans médiocres ces jours-ci. J'en aurais bien déchiré des pages, mais ça ne méritait même pas de se fâcher. J'ai lu un truc cave d'une fille qui raconte qu'elle a été homosexuelle pendant trois mois. Holy shit! Quelle affaire! Trois mois à manger une plotte! Ça mérite un roman! Tout le monde déteste cette auteure-là. Je me disais que je verrais peut-être autre chose dans ses livres. Enfin, je savais bien que sa violence ne me traumatiserait pas. J'aime habituellement les gens que tout le monde déteste. Mais après avoir lu cinq de ses romans, je dois dire que je la trouve moi aussi insupportable, même si nous avons elle et moi les mêmes référents littéraires et même si je lui reconnais certaines qualités parfois. Ça m'a déçue! Mais bon, c'est la vie. Je lis deux autres de ses livres en vitesse, juste pour voir, parce que le dernier que j'ai lu était un peu moins poche. Et puis, affaire classée! Je suis une femme efficace. Allez, au suivant! 

Ma liseuse a une mémoire intégrée de 2 Go. Ça semble bien peu, mais un fichier epub ça ne prend presque pas d'espace. Je suis néanmoins allée m'acheter une carte mémoire de 32 Go. Je veux être bien certaine de ne jamais manquer de place. En quelques heures, j'avais déjà 450 livres triés sur le volet dans ma machine. Il ne faut pas toutefois pas se méprendre sur la qualité de la bibliothèque virtuelle d'une femme éduquée comme moi. Elle n'est pas très édifiante, je peux me laisser à mes vices. Tsé, j'ai même l'autobiographie de Steve-O! Et j'ai bien hâte de la lire.

 
 
Albertine Bouquet
22 novembre 2012 @ 14:45
L'autre jour, je me suis surprise à lire tout ce que je pouvais sur les opposants au mariage gay en France. Ça me levait le coeur de me plonger dans ces discours haineux. J'ai même regardé sur youtube une 'tite-chanson composée par des débiles. Mais le pire dans tout ça, c'est que comme d'habitude, je n'appartiens à aucun camp. Bien sûr, je suis d'avis que s'ils le désirent tant que ça, les fifs et les gouines peuvent avoir le droit de se marier et d'avoir des enfants. Dans cet esprit pro-choix, j'ai aussi le droit de mépriser leur désir de se marier pour entrer à l'intérieur des balises extrêmement étroites construites par les hétéros. En lisant les textes des anti-mariage gay, j'avais néanmoins, pour la première fois de ma vie, envie de sortir dans la rue pour défendre la cause. Si j'habitais à Paris, je serais tellement allée péter la gueule de deux ou trois opposants au mariage gay. Juste pour le plaisir. Je suis bien consciente que ma violence ne changera rien au cours des choses, mais au moins, j'aurais pu m'amuser en me disant que j'aurais troublé la paix de deux ou trois épais. Après mon grand coup d'éclat, mes victimes auraient désormais associé ma face hideuse de femme dangereuse aux sombres fifure et gouinure qui s'abattent sur le monde. Ça aurait fait changement des belles images des tapettes athlétiques qui dansent joyeusement dans une parade gai!!! En quittant mes victimes aux visages ensanglantés, j'aurais hurlé : « JE MANGE DES CHATTES pour te faire chier! » 


 
 
Musique actuelle: Antony - I Fell in Love with a Dead Boy
 
 
Albertine Bouquet
20 octobre 2012 @ 21:20
Il y a quelques années je fréquentais une femme mariée. J'en ai parlé un peu ici. Elle avait un ostie de mari plate, un prof d'université. Je lui ai déjà dit ce que je pensais des profs d'université. Ça l'amusait. Elle me trouvait ben drôle. Plus elle riait, plus j'en rajoutais. «Ce sont des débiles mentaux, vaguement psychopathes! Extrêmement narcissiques, en plus. Prends tes jambes à ton cou, c'est dangereux ce monde-là!» Elle se moquait de moi, mais c'était parce qu'elle savait que tout ce que je disais était vrai. J'ai usé mon cul sur des bancs d'école trop longtemps, je sais crissement de quoi je parle. L'autre jour, elle m'a téléphoné pour m'annoncer qu'elle l'avait quitté. «Eh bien, ça t'en a pris du temps!» Elle voulait absolument me voir. Pour me faire désirer, je lui ai dit que je ne pouvais pas que j'étais très occupée. Elle a continué d'insister en affirmant qu'elle avait vraiment besoin de me voir. Je lui ai proposé de venir chez moi vendredi soir. 

J'ai décidé de lui préparer un souper. Un truc ben quétaine! Je suis allée acheter des huîtres et des crevettes au marché Maisonneuve. J'ai préparé un potage de courge servi avec des crevettes cajun et des pacanes grillées. J'ai apporté ensuite les huîtres avec des quartiers de citron et de lime. J'avais acheté un riesling alsacien sec pour accompagner le tout. Il paraît que les huîtres sont aphrodisiaques faque j'ai eu envie d'essayer. En plus, ça l'excitait pas mal de me voir les préparer. Je suis une pro du couteau à huîtres. Ça passait par là! Rigueur et efficacité! Voilà comment ça se déroule dans la cuisine d'Albertine! Et puis, pour le potage, je faisais ma fière de vivre. Je viens de m'acheter un pied mélangeur. J'étais bien excitée de l'utiliser. C'est comme un gros phallus! Et ça vibre en tabarnak cette affaire-là en déchiquetant les courges, les oignons et la pomme de terre. 

Je pense que si les huîtres sont aphrodisiaques c'est sans doute en raison de leur texture, mais aussi parce qu'elles sont légères. On se sent très bien dans notre corps après. Tsé, une poutine, c'est pas full champion avant le sexe! Mettons que des huîtres, c'est mieux. Toute mon histoire autour de la préparation du souper, ça me permettait de retarder le moment où elle voudrait s'en prendre à mon corps. Ça m'arrangeait qu'elle soit mariée à un attardé. Maintenant, qu'elle est libre, ça pourrait se compliquer. Et moi, les affaires de sentiment, ça m'écoeure. Je lui ai dit tout de go : «Pas d'émotions, ok? Ça me donne envie de vomir». Elle m'a répondu que c'était moi qui parlait de sentiments, alors qu'elle n'y avait pas pensé une seule seconde. Eh merde, elle se mettait à jouer au psy. Bon, bon. 

J'ai pensé qu'il fallait provoquer les événements pour que la soirée avance plus vite. Je me suis jetée sur elle. Elle n'attendait que ça, la salope. Elle m'a embrassée avant de me repousser violemment. Elle a prétendu qu'elle avait oublié quelque chose. Elle s'est achetée un strap-on. C'était l'outil parfait pour sa nouvelle vie de femme émancipée. Elle voulait absolument me pénétrer. Elle disait qu'elle y pensait tout le temps. Je n'allais pas m'en plaindre. Je lui ai fait comprendre qu'elle pouvait bien faire ce qu'elle voulait de moi. «Fais de moi, un objet sexuel, si tu veux! Pas de problème!» 

Plus tard, dans la nuit, elle s'est réveillée pour me dire que la chose qu'elle regrettait c'était d'avoir quitter son mari avant l'achat de son strap-on. «J'aurais pu lui rentrer dans les fesses, l'esti. Ça lui aurait fait du bien! Et je suis certaine qu'il en mourait d'envie». 


 
 
Musique actuelle: Former Ghosts - In Earth's Palm
 
 
Albertine Bouquet
15 octobre 2012 @ 21:32
Ok, je suis écoeurée là! Je vais l'écrire une fois pour toutes et après ce sera terminé! Dans mon esprit du moins! J'ai envie de me lancer dans un grand rant contre le monde. Ça va commencer comme ça: vous me faites chier, vous êtes caves. Voilà! Tout est dit! Ou presque! Enfin, je suis de mauvaise foi, je sais bien que je n'ai pas dit grand chose encore. Bon, je m'explique. 

Il y a quelques semaines j'ai rencontré une fille dans une soirée mondaine. J'étais vraiment fascinée par son énergie. Elle s'est présentée à moi d'emblée comme une drop out. Elle ne pouvait pas mieux tomber. Nous étions dans un lieu rempli de littéraires de l'université (allez savoir ce que je câlissais là!!!), de ces gens chiants et plates qui parlent de leurs demandes de bourse, de leurs séances de signatures au Salon du livre pis des affaires fucking pas importantes de même. Dans ces moments-là, je me jette au cou des drop out! En faisant sa connaissance, je me suis exclamée dans ma tête : «Fiou! Elle est là! Je suis sauvée». Elle m'a dit au début de notre conversation qu'elle écrivait un peu et elle a rapidement changé le sujet. J'étais très contente. De toute évidence, elle n'avait pas envie de me casser les pieds avec ses récits ou ses poèmes en cours. Ça me plait! Je déteste discuter de ces choses-là. Et moi, de mon côté, je n'ai rien dit. Je ne parle pas de mes petits récits non plus. Anyway, j'ai tellement peu d'égards pour mes textes que je les diffuse sur le net! Mon but est de faire suer la planète, de pourrir le monde avec mes petits écrits, pas de signer des livres dans un essstie de Salon du livre de marde et d'y rencontrer plein de DÉBILES qui pensent qu'on devrait se mettre à genoux devant eux parce qu'ils sont ÉCRIVAINS! 

Je m'égare. Désolée! Je reviens à mon histoire. Donc, j'ai rencontré une fille vraiment chouette. Elle me parlait de sa job aliénante qui la faisait chier, mais qui l'amusait en même temps. Elle n'avait pas la chance qu'ont les universitaires de pouvoir se pogner le beigne aux frais de l'État grâce à leurs sacro-saintes bourses. Elle vivait toutefois de grandes aventures à sa job. Elle avait même mis sa vie en danger à quelques reprises!! Excitée, j'écoutais attentivement son histoire. À la fin de son récit, je me suis écriée : «Tu devrais tellement écrire là-dessus!». Elle était heureuse de mon intérêt, mais vraiment, elle ne trouvait pas qu'il y avait de matière littéraire dans son emploi alimentaire. Je comprends ses réserves. Et je les respecte. De toute manière, ce n'est pas parce qu'elle ne voit pas l'intérêt maintenant, qu'elle ne décidera pas un jour d'écrire à ce sujet. Moi, je pense qu'elle devrait, mais c'est seulement mon point de vue. Les scribouilleurs de mon époque se seraient sans doute garochés sur son histoire comme la misère sur le pauvre monde pour l'écrire à sa place. Moi, j'ai déjà plein de choses à dire. Je n'ai pas besoin de m'approprier toutes les bonnes idées des autres. Je voulais absolument que ça soit elle qui l'écrive pour qu'elle ait un grand projet afin de se sentir en vie et libre. Je sais qu'elle serait capable de le mener à terme. Elle avait une manière d'écrivaine de raconter son histoire, ça me semblait évident qu'il y avait quelque chose à faire avec ça! J'ai cependant compris dans son rejet de mon idée qu'elle trouvait que ses histoires de job étaient vulgaires, pas assez précieuses pour la littérature. Je n'ai rien dit sur le coup, mais ça me rend triste d'y repenser aujourd'hui. 

CÂLISSE! La littérature est VULGAIRE! Comme le monde l'est aussi! La vie est précieuse, mais la littérature, elle ne l'est pas, tellement tellement pas! Je suis écoeurée de voir les gens que j'aime idéaliser la littérature. J'ai envie de les prendre et de les brasser. ARRÊTEZ D'IDÉALISER LA LITTÉRATURE! CRACHEZ SUR VOS LIVRES! SI CE N'EST PAS ASSEZ, TORCHEZ-VOUS AVEC VOS LIVRES, BORDEL! VOUS ALLEZ VOIR QUE LE PAPIER ÇA RAMASSE BIEN LA MARDE. CHOISISSEZ LES PLUS BEAUX, LES PLUS DISPENDIEUX! OU DÉCHIREZ-LES! PIS BRÛLEZ LE TAS DE FEUILLES! Oh yeah!!! Après ça, vous pourrez essayer d'écrire de la littérature. Les musiciens rock l'ont compris depuis longtemps. Ce n'est pas pour rien qu'ils cassent des guitares électriques sur le stage!

Je vous entends me répondre que je peux bien parler, moi qui passe mes journées enfermée avec mes livres. Eh bien, sachez que ce n'est pas parce que je lis beaucoup que je respecte la littérature. En fait, précisément, je lis tellement que c'est pour moi une activité routinière, comme changer de culottes. Et puis, en plus, je lis n'importe quoi. Je lis même le dernier roman de tel dude et de tel autre qui se crossent déjà en rêvant de leurs prochaines séances de signature au Salon du livre de Montréal. Je ne suis pas très regardante! Je me lève le matin, je me fais un café et je pogne un livre qui traine dans mes bibliothèques en désordre. Pis je lis. C'est tout. La plupart des livres m'emmerdent. Mais parfois je tombe sur un de ces livres merveilleux où un être humain désespéré s'adresse réellement à d'autres êtres humains, je tombe sur un écrivain qui n'essaie pas de faire de la littérature, mais qui en fait parce que sinon il va crever d'ennui ou d'excès de mélancolie. J'aime seulement ces livres-là. Ils sont très rares. Pour les dénicher, c'est toutefois impératif de tout lire ce qu'on a sous la main. Il faut explorer, chercher partout et fuir les veaux d'or. Il l'avait dit, le mec en colère dans le ciel hostile des débuts de l'humanité : « TU NE TE PROSTERNERAS POINT DEVANT LA LITTÉRATURE, ET TU NE SERVIRAS POINT LES ÉCRIVAINS MÉDIOCRES DE TON TEMPS». Moi, je pense comme Yahvé. Le décalogue rules! 


 
 
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Albertine Bouquet
23 septembre 2012 @ 15:24
« Albertine, aide-toi donc un peu! »

Mon interlocuteur affirmait que j'avais tendance à trop exposer mes doutes en société. Il ne faut pas faire ça dans le monde de merde qui est le nôtre. Oh non! C'est un crime de dire qu'on ne sait pas ou qu'on n'est pas certain. Probablement bienveillant, il voulait m'expliquer que je me représentais mal en public. Ça ne lui venait pas à l'esprit deux secondes que je faisais peut-être exprès parfois. Tsé, il faut se mettre à ma place, ce n'est pas drôle d'être si intelligente! Les insécures pensent voir des attaques cachées dans toutes mes affirmations. Et moi, je ne sais pas comment leur expliquer que je ne voulais pas nécessairement les attaquer. L'autre jour, on a dit de moi dans une émission de radio que j'étais «confrontante». Voilà! Ça dit tout. Je n'avais jamais associé ce mot à ma personne, mais ça me va comme un gant. Tout ça pour dire que justement parfois, j'expose mes faiblesses dans les situations mondaines pour éviter des tensions inutiles. C'est un réflexe que j'ai développé pour me faufiler un peu partout. 

Je travaille aussi sur l'exposition de ma fragilité, j'ai l'impression que celle-ci dit des choses importantes sur moi et sur le monde. Ma force ne dit rien, elle. Ma force, elle est plate, mais elle me permet de réfléchir à ma douleur. Nous vivons dans une société obnubilée par les images. Celui ou celle qui n'a pas l'image du gagnant habillé sagement, mince et calme passe pour un cave, un paresseux ou un déchet humain. Il ne viendrait pas du tout à l'esprit des bonnes gens que les femmes comme moi comprennent peut-être cent fois mieux les images qu'eux. Après tout, il faut être foutrement fort pour sortir de ce cadre très strict. Il ne leur passe pas par la tête que je ne me représente pas mal en public. Au contraire, je me représente tout à fait parfaitement. Ce que j'ai envie de dire, c'est à quel point je les méprise ces bonnes gens. À quel point, je les méprise eux et leurs petites recommandations de deux de quotient. À quel point, leurs images parfaites sont aussi laides que leur monde est moche. 


 
 
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