02 juillet 2007 @ 11:46
Le départ  
Je contournais tranquillement les multiples déménagements en chemin vers l'épicerie. J'écoutais mon IPod comme une jeune femme branchée et asociale. Voilà pour la mise en contexte. En route vers l'épicerie, je ne portais pas attention au monde autour de moi - un réflexe que j'ai développé, pour survivre, j'imagine, dans cet environnement glauque. La musique portait ombrage au réel. L'idéal festif enfin réalisé. Au retour, l'inconfort de mes sacs toujours un peu trop lourds m'a ramenée dans le monde. Je préfère me charger que d'y retourner cent fois. Me rendre à l'épicerie à Hochelaga a toujours été une sinistre tâche. Tout m'est insupportable. Les gens surtout, je suppose. Le manque de diversité de tous les produits aussi : les poissons, les fruits, les légumes... Les pauvres, même à Montréal, mangent mal peut-être parce qu'ils n'ont pas une bonne éducation, mais la société a tôt fait de leur montrer qu'ils devront se contenter des restes. Pas la peine de distribuer du bon poisson à Hochelaga, on est trop cave pour savoir comment l'apprêter. Inutile de préciser que la plus nulle des épiceries sur le Plateau possède quantité de produits de qualité et que les fruits et légumes ne demeurent pas sur les tablettes dans un état de décomposition bien entamé. Je le sais, j'y ai déjà habité.

Je revenais de ce lieu où tout m'est insupportable avec mes sacs trop lourds lorsque j'ai réalisé que ce n'était pas n'importe quel déménagement qui se tramait à côté de chez moi. L'homme aux livres, mon voisin mystérieux, est parti hier. Lui et sa bibliothèque bien rangée dans des boîtes parfaites. Je me sens décidément de plus en plus seule.  Je ne le connaissais pas, mais sa présence me réconfortait. Je me disais souvent mais il y a l'homme aux livres... Ce matin, lorsque je suis passée devant la demeure abandonnée par le jeune homme bien, j'ai vu un gothique, ou métaleux je ne sais pas trop, qui jouait de la guitare accoustique. Un fier qui veut faire partager son adaptation d'Iron Maiden sur une guitare sèche à la rue entière. Rien à voir avec mon mystérieux homme qui lisait des livres. Je voudrais qu'il se passait quelque chose, mais il n'y a plus rien.

Peut-être que je devrais seulement accepter que je suis d'une ère où il ne se passe rien, où la moindre chose qui a de l'importance disparaît.