Ça fait longtemps que j’ai renoncé à parler avec Julien Marchand. Même si on se voit lui et moi régulièrement, on ne se parle jamais. Ça m'a déjà rendue triste, je le prends maintenant comme une consécration. Il discute seulement quand la conversation est promise à un destin trivial. Ceux qui ont beaucoup conversée avec lui devraient le savoir : « Vous êtes insignifiants ». Ou sinon, vous êtes capables de produire des conversations insignifiantes. Ce qui revient franchement au même à mon avis. Julien Marchand fuit tout ce qui marque, ce qui laisse des traces. Sans doute que ça lui plait que je sois explosive. Il ne m’aurait pas gardé près de lui si longtemps. En autant que j’explose à distance, il n’a pas le temps pour les remises en question. C’est pour ça qu’il a publié sa dernière merde. Depuis je l’appelle Philippe Séguin et je le souille abondamment avec des propos toujours plus grossiers. On ne baisera jamais lui et moi. Il doit croire que c’est lui qui n’est pas intéressé. Je ne corresponds pas du tout à son type. Je possède en fait tous les attributs qui le dégoûtent viscéralement. Il a tout faux. C'est moi qui ne voudrais pas de lui, je l’emmerde. Je suis certainement trop intense pour lui.
À plusieurs égards, nous sommes trop identiques. Ça explique qu'on ne se parle pas. Nous prenons à bras-le-corps le travail, sans craindre l’absence de vacance. Il est aussi une des seules personnes que je connaisse qui peut avoir l’air si désorganisé et posséder un esprit extraordinairement structuré. C’est ce qu’il doit aimer dans mes textes : le sens dément de la structure malgré l'apparent chaos. Julien est devenu aveugle à force de vouloir sauver sa peau. Un écrivain gâché, un raté. Au début, il devait travailler tout le temps pour faire bouger les choses, pour parvenir à de grands accomplissements. C'est devenu ridicule. Ce qui était une dépense correspond désormais à une fuite. Il croit maintenant que la fin justifie les moyens. Il ne pèse plus vraiment les conséquences de ses gestes. Il n'a pas le temps. Il aurait pu me faire lire son oeuvre médiocre avant de la publier. Je lui aurais dit que c'était médiocre. Il ne voulait pas le savoir. Il doit bien s'en douter que c'est poche. Il connaît la littérature après tout. Les critiques l'ont bien reçue, mieux que les autres même. Ses proches aussi avaient l'air d'adorer. Ça ne change rien au fait que c'est médiocre. Il aurait pu écrire quelque chose de franchement mieux. Le milieu littéraire québécois est si nul que le moindre brouillon de Marchand peut sembler être un grand moment de littérature. Il n'en est rien. Son oeuvre est bâclée. Ça paraît et c'est tout. Elle sera aussi vite oubliée qu'elle a été écrite.
Il est devenu maintenant mon allié absolu à distance. Je sais qu'il me confère une confiance totale. Il ne veut pas vraiment savoir sur quoi je travaille et il y croit déjà. Il ne veut pas que je lui en parle. Ça me va. Je me sens seule, mais je sais vivre avec. On m'a souvent rapporté des propos élogieux que Julien avait dit à mon sujet. Évidemment que ça me touche. Il m'a fait des compliments directs, assez souvent même, mais je me doute que les plus belles choses, il ne me les a pas dites. C'est pareil pour moi. C'est à d'autres que j'ai pu dire les plus belles choses sur Julien Marchand. Sauf au souper où j'ai descendu sa dernière merde en public. Je me suis demandée s'il l'avait su. J'espère que non. Albertine Bouquet ivre a dit : La dernière pièce de Julien Marchand est vraiment pourrie. Devant des gens qui le connaissaient en plus. Quelle ingrate, je suis! Je donne tout, tout le temps. Je suis totalement gratuite, totalement ouverte. On me passe sur l'esprit comme sur le corps. Je peux avoir l'air d'une jeune femme discrète et réservée. En réalité, je ne suis qu'une explosion en sursis. J'attends seulement l'événement.
J'ai toujours cru que pour rendre hommage à quelqu'un il fallait être un peu méchant. Je suppose que je viens de produire un très bel hommage. Julien me l'a dit souvent. Je suis acerbe, sévère, dure. Ça explique aussi qu'on ne se parle pas. On m'a fait remarquer récemment au téléphone que je riais tout le temps. C'est fou, je n'y avais jamais pensé, mais je croyais que ça paraissait dans mes écrits. Il semble que non. Je suis pourtant comme j'imagine Thomas Bernhard, Michel Houellebecq, Élias Canetti ou Philippe Muray. J'écris en riant. Je suis extrêmement bon public et ça Julien Marchand, il le sait. Il ne me fuit donc pas parce que je suis désagréable. Je ne le suis pas du tout, au contraire. C'est seulement que je suis compromettante sans relâche. Ça c'est rudement insupportable pour lui. Osti de lâche. Ça devient redondant à la fin, toutes ces accusations de lâcheté, je sais, mais je ne crois pas que je ne pourrai jamais le répéter assez souvent.
À plusieurs égards, nous sommes trop identiques. Ça explique qu'on ne se parle pas. Nous prenons à bras-le-corps le travail, sans craindre l’absence de vacance. Il est aussi une des seules personnes que je connaisse qui peut avoir l’air si désorganisé et posséder un esprit extraordinairement structuré. C’est ce qu’il doit aimer dans mes textes : le sens dément de la structure malgré l'apparent chaos. Julien est devenu aveugle à force de vouloir sauver sa peau. Un écrivain gâché, un raté. Au début, il devait travailler tout le temps pour faire bouger les choses, pour parvenir à de grands accomplissements. C'est devenu ridicule. Ce qui était une dépense correspond désormais à une fuite. Il croit maintenant que la fin justifie les moyens. Il ne pèse plus vraiment les conséquences de ses gestes. Il n'a pas le temps. Il aurait pu me faire lire son oeuvre médiocre avant de la publier. Je lui aurais dit que c'était médiocre. Il ne voulait pas le savoir. Il doit bien s'en douter que c'est poche. Il connaît la littérature après tout. Les critiques l'ont bien reçue, mieux que les autres même. Ses proches aussi avaient l'air d'adorer. Ça ne change rien au fait que c'est médiocre. Il aurait pu écrire quelque chose de franchement mieux. Le milieu littéraire québécois est si nul que le moindre brouillon de Marchand peut sembler être un grand moment de littérature. Il n'en est rien. Son oeuvre est bâclée. Ça paraît et c'est tout. Elle sera aussi vite oubliée qu'elle a été écrite.
Il est devenu maintenant mon allié absolu à distance. Je sais qu'il me confère une confiance totale. Il ne veut pas vraiment savoir sur quoi je travaille et il y croit déjà. Il ne veut pas que je lui en parle. Ça me va. Je me sens seule, mais je sais vivre avec. On m'a souvent rapporté des propos élogieux que Julien avait dit à mon sujet. Évidemment que ça me touche. Il m'a fait des compliments directs, assez souvent même, mais je me doute que les plus belles choses, il ne me les a pas dites. C'est pareil pour moi. C'est à d'autres que j'ai pu dire les plus belles choses sur Julien Marchand. Sauf au souper où j'ai descendu sa dernière merde en public. Je me suis demandée s'il l'avait su. J'espère que non. Albertine Bouquet ivre a dit : La dernière pièce de Julien Marchand est vraiment pourrie. Devant des gens qui le connaissaient en plus. Quelle ingrate, je suis! Je donne tout, tout le temps. Je suis totalement gratuite, totalement ouverte. On me passe sur l'esprit comme sur le corps. Je peux avoir l'air d'une jeune femme discrète et réservée. En réalité, je ne suis qu'une explosion en sursis. J'attends seulement l'événement.
J'ai toujours cru que pour rendre hommage à quelqu'un il fallait être un peu méchant. Je suppose que je viens de produire un très bel hommage. Julien me l'a dit souvent. Je suis acerbe, sévère, dure. Ça explique aussi qu'on ne se parle pas. On m'a fait remarquer récemment au téléphone que je riais tout le temps. C'est fou, je n'y avais jamais pensé, mais je croyais que ça paraissait dans mes écrits. Il semble que non. Je suis pourtant comme j'imagine Thomas Bernhard, Michel Houellebecq, Élias Canetti ou Philippe Muray. J'écris en riant. Je suis extrêmement bon public et ça Julien Marchand, il le sait. Il ne me fuit donc pas parce que je suis désagréable. Je ne le suis pas du tout, au contraire. C'est seulement que je suis compromettante sans relâche. Ça c'est rudement insupportable pour lui. Osti de lâche. Ça devient redondant à la fin, toutes ces accusations de lâcheté, je sais, mais je ne crois pas que je ne pourrai jamais le répéter assez souvent.
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