23 avril 2007 @ 08:21
L'avarie des viandes - épisode dix : « La rousse tombée du ciel »  


Elle prenait des notes dans son calepin. Cette fois, je ne me suis pas gênée pour la dévisager. Elle m’a avoué qu’elle notait en effet ce que je lui disais, que c’était pour elle un grand moment. Elle me lit depuis mes débuts sur Internet.

Dans « La rousse tombée du ciel », je fais la connaissance de ma première groupie.


La rousse tombée du ciel

Isabelle, c’est Al. Il est présentement 20h. Je suis à Verdun sur la rue Gertrude. J’ai oublié l’adresse. Pour le moment, je suis vivante. Si vous retrouvez ma dépouille dans les prochaines heures, tu pourras envoyer à la police ce message. Je suis contente que tu ne sois pas là. Tu aurais sans doute tenté de me dissuader. Je me suis bel et bien décidée à aller jusqu’au bout de cette histoire, peu importe les conséquences. J’ai rencontré une fille tantôt. Là, elle est partie chercher de l’alcool au dépanneur. Elle m’a attachée. Ce n’est pas un jeu érotique, je suis séquestrée. J’ai réussi à prendre le téléphone malgré les liens. Je ne peux pas appeler le 911. Je suis trop curieuse. Je veux savoir ce qu’elle a l’intention de me faire. On se connaît, elle et moi, depuis trois heures à peine. Je travaillais dans un café. J’écrivais une entrée sur Internet avec mon portable. Une jolie rousse au teint pâle s’est arrêtée à côté de moi. Je l’ai dévisagée d’un air peu sympathique. J’ai le chic pour alimenter les premiers contacts, tu le sais! Son visage s’est illuminé. Elle s’est écriée : « Ah, tu ne serais pas l’écrivaine? Albertine Bouquet ! ». « Ouais » que j’ai répondu avec mon raffinement et mon éloquence habituels. Ça n’en prenait pas davantage pour qu’elle s’installe. Elle s’est glissée sur la banquette à côté de moi. « C’est cool. Tu écris un nouveau texte. Ça parle de quoi ? ». J’ai minimisé rapidement la fenêtre de Firefox. « Je ne sais pas réellement encore. Je commence souvent à écrire sans savoir ce que je vais faire. Je saisis seulement le moment pour écrire. Le contenu se construit en cours de rédaction ». Elle a sorti un calepin rouge de sa poche. Je crois qu’elle a noté ce que je venais de dire. Je te jure. Je ne lui ai pas demandé. Je ne voulais pas qu’elle me confirme que mes phrases banales venaient d’être immortalisées sur papier. Je n’osais plus rien dire.

Mon regard était tombé de toute façon sur ses seins. Elle était genre vaguement goth et portait un corset assez explosif. Ça m’a complètement déstabilisée. Je suis comme un gars quand je regarde des seins intéressants. On dirait que je ne sais pas être subtile. Tu le sais bien au nombre de fois où je me suis délectée de ta poitrine! Ma groupie si désirable ne semblait pas être dégoûtée par mon indécence. Elle s’est empressée de reprendre la conversation avec une nouvelle énergie, plutôt effroyable : « Je suis contente de te voir. Est-ce que tu vas bien ? Tu n’écris plus beaucoup ces jours-ci. Dans ton dernier texte, tu parlais de gâcher ta vie. Ça m’a inquiété. Tu sais il ne faut pas t’en faire, tous les grands doivent restés longtemps des inconnus. On finira par te reconnaître Albertine. Les gens ne sont pas encore prêts pour ton art ». Si elle n’avait été si baisable, je crois bien que j’aurais fui à ce moment-là. C’était bien gentil, soit, mais il me semble que je ne suis pas le genre de personne à qui on dit des trucs comme ça. Il est évident que je suis trop prétentieuse pour avoir besoin d’encouragements. De toute évidence, la belle rousse était incapable d’interpréter les signes autour d’elle. Il y a des gens comme ça. « Ah, ça va. T’inquiète, je me porte bien. Il ne faut pas s’en faire avec ce que j’écris ». Elle prenait des notes dans son calepin. Cette fois, je ne me suis pas gênée pour la dévisager. Elle m’a avoué qu’elle notait en effet ce que je lui disais, que c’était pour elle un grand moment. Elle me lit depuis mes débuts sur Internet. En 2002, donc... Elle a ajouté : « Puisque tu es une nobody, une publiée du net, je ne peux pas te faire signer un livre. À la place, je note ce que tu me dis. Ça pourrait toujours servir un jour pour écrire ta biographie. Enfin, si tu sors de l’ombre, je serai la première à avoir recueilli tes propos. Bref, je prends de l’avance sur la postérité ». À la limite d’être insultante, mon admiratrice n’en était pas moins assez sexe. Elle a placé une de ses mains sous ma jupe en parlant. « Tu veux bien venir chez moi lorsque tu auras terminé ton texte? » Tu imagines, Isabelle, que c’était difficile de résister à la jolie rousse qui me prenait si brusquement par les sentiments. Tu me connais, j’aurais repoussé n’importe qui, mais elle, je ne pouvais pas.

J’ai fait ni un ni deux. Je n’allais évidemment pas rater cette occasion de mettre ma première groupie. Les jeunes écrivains parlent souvent de s’envoyer en l’air des lectrices pour se donner du style, un petit genre irrévérencieux. À propos des écrivaines, on en sait pas mal moins. Je serai la première écrivaine qui clamera haut et fort qu’elle se laisse passer sur le corps par la première groupie venue. Je suppose que ça ne surprendra personne de ma part. J’ai enregistré mon brouillon et je l’ai suivi au métro Beaudry. Nous sommes débarquées à Lasalle. Elle n’habitait pas très loin du métro. Sur la rue Gertrude, je te l’ai déjà dit? C’est la seule chose que j’ai remarquée. J’avoue que je pensais pas mal plus à ce que je ferais au cul de la rousse qu’au parcours que nous empruntions. Je regrettais une fois plus de ne pas traîner un strap-on en tout temps. Elle était assez enculable, merci. Nous sommes montées chez elle. Elle demeure au troisième d’un immeuble montréalais assez banal. En entrant, je me doutais qu’il y avait du louche. Ça sentait le goudron. Elle ne m’a pas laissé le temps d’y penser.

La rousse s’est jetée sur mon corps sans prendre la peine de retirer ses chaussures. J’ai commencé par sortir sa poitrine bien blanche de son corsage et j’ai mis rapidement la main sous sa jupe. Je me suis aperçue d’emblée qu’elle avait un clitoris impressionnant. Il y a des filles comme ça, tu le sais. Tu ne donnes pas ta place non plus en clitoris volumineux. Elle mouillait aussi très abondamment. Je ne sentais plus ma main en elle. Son clitoris n’était pas volumineux, il était démesuré. J’ai soulevé sa jupe, effrayée. Elle n’avait pas un clitoris, mais des tentacules! Je te jure. Gluantes et charnues, les appendices sortaient de son vagin. J’ai poussé un cri. Je me suis reculée. Elle semblait étonnée. « Ce n’est pas ça que tu désirais, Albertine? Le 13 novembre 2006, tu as pourtant écrit dans ton journal : ‘J'ai déjà confié une fois à une femme que j'ai baisée et aimée que je croyais avoir un sexe mutant. Dans mon esprit, j'étais Albertine au vagin mutant’. Si tu veux plus, ce n’est pas grave. Nous allons juste faire autre chose ». Je la regardais sans bouger. Sans que je fasse quoi ce soit, ses tentacules sont disparus dans l’orifice de sa plotte. « Tu veux quoi alors, Albertine ? Je peux te donner n’importe quoi ». La rousse marchait vers moi. Je l’ai repoussé une seconde fois. « Je veux seulement partir ». Tu devines qu’elle ne m’a pas laissé partir. Elle m’a plutôt attachée près de son lit. Elle a dit qu’il manquait d’alcool et elle est sortie. Isabelle, je sais que ça peut paraître fou, mais je crois que c’est un robot. Elle possède plein d’outils graisseux dans sa chambre. Ça ne doit pas être parce qu’elle est une lesbienne mécanicienne ou un cliché dans le genre… Ma mort approche, c’est sûr. J’en connais trop sur elle. C’est toujours comme ça dans ces histoires. Si je crève, dis à Hélène…

Autre voix. Chérie?

Albertine chuchote. Il faut que j’y aille.



Un épisode spécial pour célébrer le dixième!

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