Je dois vous avouer un de mes plaisirs. Je lis depuis quelques temps un peu honteusement la chronique de François Avard dans le ICI. Je crois que la honte vient du fait que j'y prends vraiment mon pied. C'est comme une honte pour me protéger en quelque sorte, pour me faire croire que je ne suis pas trop passionnée. Il faut avouer, - si vous l'avez lu souvent, vous le savez -, le chroniqueur en question peut être vraiment niaiseux. En fait, il l'est toujours niaiseux. Nous aimons trouver des génies derrière les niaiseux. Dans le discours de l'homo festivus, il n'est pas rare d'entendre à propos des plus ridicules humoristes : « Ah, mais il est intelligent au fond ». On espère tous secrètement que tout le monde soit en réalité très intelligent, parce qu'en bout de ligne, c'est notre intelligence à nous qui est remise en question. Plus je le lis, plus je sais qu'il est vraiment intelligent. Ce n'est pas pour cette raison que je suis si passionnée, mais, en réalité, strictement parce qu'il vraiment grossier. Avard est presque aussi vulgaire que mon ami Paul. C'est dire! Paul est le créateur notoire des expressions les plus extraordinairement grossières. Son chef d'oeuvre est le merveilleux barater dans le beurre de l'autre. Je vais placer pour votre plaisir cette expression dans une phrase afin de vous faire sentir l'effet : « Tous les hommes rêvent secrètement de barater le beurre d'un autre ». Une phrase songée, empreinte de vérité, doublée d'une image forte vulgaire. Tout y est.
Mon amitié pour Paul repose presque entièrement sur sa vulgarité phénoménale. Ça et sa sensibilité de jeune fille qui offre un merveilleux contraste avec le reste. Il n'y va pas avec le dos de la cueiller. Lors de notre toute première rencontre, après avoir entendu ses vulgarités pendant plusieurs heures, l'une d'entre elles m'avait tellement prise par surprise que je m'étais exclamée: « Mais tu es vraiment un grossier personnage! » Je dois dire que je suis moi-même assez grossière de ma personne, comme vous l'aurez sûrement remarqué. Ça me vient tout naturellement, je vous assure. Pourtant, j'ai joui d'une éducation impeccable. Je viens de la classe moyenne, avec des parents pas très scolarisés, mais qui accordent une place de premier choix à l'éducation et aux bonnes manières. J'ai ainsi appris à bien parler avant de découvrir en secret le plaisir de passer d'un langage soutenu à la vulgarité la plus radicale. On ne peut goûter la vulgarité que quand on saisit bien à quoi elle s'oppose. C'est une des grandes teneurs érotiques du langage: le plaisir de la transgression.
Dans ses chroniques, Avard se livre lui aussi à la création vulgaire. Cette semaine, par exemple, il y va dans « On ne rit pak » d'un procédé épais, vraiment cave. Alors que sa chronique porte sur les élections, il raconte que son clavier est brisé, qu'il ne peut plus écrire la lettre "s" et il la remplace donc systématique par "k". Ça lui permet d'écrire ce savoureux dialogue:
- Mon k ekt jammé. Il y a du kperme dank mon clavier. Du kperme. Je ne kaik pak comment ça k'ekt retrouvé là. Maik là, mon k ne fonctionne pluk. À la place d'un k, j'écrik un k. Pour parler de politique, ça ne fait pak trèk kérieux.
- Quand tu te crokkek, tu devraik t'éloigner du clavier pour ne pak l'éclaboukker.
- C'ekt ça! Tout de kuite l'ekprit mal tourné! Tu kaik, Kylvain, ça peut être à cauke de plein d'autrek raikonk.
(ICI, volume 10, numéro 25, 22 au 28 mars 2007, p. 54)
Je ne sais à ce moment-ci, si vous riez ou non. Moi oui, en tous cas! Je ne me lasse pas. Je suis comme ça. Je peux rire éternellement des mêmes blagues poches. Je suis vraiment une fille facile. C'est tellement grossier et ridicule que ça me fait un effet immédiat. Vous vous dîtes où est l'intelligence dans cette histoire d'un mec qui a du sperme de pogné dans son clavier. Il se révèle que dans ce texte sur la politique, il ne peut pas être cité ailleurs en raison du bris mécanique. Il peut donc écrire n'importe quoi. Sauf une déclaration frappante qui échappe au joug du S, je vous laisse découvrir laquelle. La chronique se révèle une réflexion intéressante sur la citation. Je ne connais pas tellement les autres trucs d'Avard. J'ai écouté à peine Les Bougons, c'est sorti dans une période où je n'écoutais pas la télé. J'ai entendu parler de ses romans une fois. C'est la secrétaire à mon ancien travail qui lisait Avard et qui aimait me parler de littérature. Elle m'avait raconté des passages que je trouvais crissemement excitant. Avant que vous ne vous mettiez à rêver trop vite, je vous ramène à l'ordre. Contrairement à ce que pourraient vous permettre de croire les deux phrases précédentes, elle n'avait rien d'une secrétaire cochonne. À mon grand dam! Moi qui aime tant les secrétaires cochonnes. Au contraire, c'était une de ces collègues de travail typiques, une matante à la voix dégoûtante, à la personnalité foncièrement désagréable, potineuse, fouineuse, frustrée, au physique peu avenant, dont on ne veut rien savoir de sa vie sexuelle. Je crois en quelques sortes que j'ai tenté d'oublier les événements rapportés par elle. Maintenant que ça suffisamment longtemps, je vais pouvoir lire les romans d'Avard sans voir la face de mon ancienne collègue.
Mon amitié pour Paul repose presque entièrement sur sa vulgarité phénoménale. Ça et sa sensibilité de jeune fille qui offre un merveilleux contraste avec le reste. Il n'y va pas avec le dos de la cueiller. Lors de notre toute première rencontre, après avoir entendu ses vulgarités pendant plusieurs heures, l'une d'entre elles m'avait tellement prise par surprise que je m'étais exclamée: « Mais tu es vraiment un grossier personnage! » Je dois dire que je suis moi-même assez grossière de ma personne, comme vous l'aurez sûrement remarqué. Ça me vient tout naturellement, je vous assure. Pourtant, j'ai joui d'une éducation impeccable. Je viens de la classe moyenne, avec des parents pas très scolarisés, mais qui accordent une place de premier choix à l'éducation et aux bonnes manières. J'ai ainsi appris à bien parler avant de découvrir en secret le plaisir de passer d'un langage soutenu à la vulgarité la plus radicale. On ne peut goûter la vulgarité que quand on saisit bien à quoi elle s'oppose. C'est une des grandes teneurs érotiques du langage: le plaisir de la transgression.
Dans ses chroniques, Avard se livre lui aussi à la création vulgaire. Cette semaine, par exemple, il y va dans « On ne rit pak » d'un procédé épais, vraiment cave. Alors que sa chronique porte sur les élections, il raconte que son clavier est brisé, qu'il ne peut plus écrire la lettre "s" et il la remplace donc systématique par "k". Ça lui permet d'écrire ce savoureux dialogue:
- Mon k ekt jammé. Il y a du kperme dank mon clavier. Du kperme. Je ne kaik pak comment ça k'ekt retrouvé là. Maik là, mon k ne fonctionne pluk. À la place d'un k, j'écrik un k. Pour parler de politique, ça ne fait pak trèk kérieux.
- Quand tu te crokkek, tu devraik t'éloigner du clavier pour ne pak l'éclaboukker.
- C'ekt ça! Tout de kuite l'ekprit mal tourné! Tu kaik, Kylvain, ça peut être à cauke de plein d'autrek raikonk.
(ICI, volume 10, numéro 25, 22 au 28 mars 2007, p. 54)
Je ne sais à ce moment-ci, si vous riez ou non. Moi oui, en tous cas! Je ne me lasse pas. Je suis comme ça. Je peux rire éternellement des mêmes blagues poches. Je suis vraiment une fille facile. C'est tellement grossier et ridicule que ça me fait un effet immédiat. Vous vous dîtes où est l'intelligence dans cette histoire d'un mec qui a du sperme de pogné dans son clavier. Il se révèle que dans ce texte sur la politique, il ne peut pas être cité ailleurs en raison du bris mécanique. Il peut donc écrire n'importe quoi. Sauf une déclaration frappante qui échappe au joug du S, je vous laisse découvrir laquelle. La chronique se révèle une réflexion intéressante sur la citation. Je ne connais pas tellement les autres trucs d'Avard. J'ai écouté à peine Les Bougons, c'est sorti dans une période où je n'écoutais pas la télé. J'ai entendu parler de ses romans une fois. C'est la secrétaire à mon ancien travail qui lisait Avard et qui aimait me parler de littérature. Elle m'avait raconté des passages que je trouvais crissemement excitant. Avant que vous ne vous mettiez à rêver trop vite, je vous ramène à l'ordre. Contrairement à ce que pourraient vous permettre de croire les deux phrases précédentes, elle n'avait rien d'une secrétaire cochonne. À mon grand dam! Moi qui aime tant les secrétaires cochonnes. Au contraire, c'était une de ces collègues de travail typiques, une matante à la voix dégoûtante, à la personnalité foncièrement désagréable, potineuse, fouineuse, frustrée, au physique peu avenant, dont on ne veut rien savoir de sa vie sexuelle. Je crois en quelques sortes que j'ai tenté d'oublier les événements rapportés par elle. Maintenant que ça suffisamment longtemps, je vais pouvoir lire les romans d'Avard sans voir la face de mon ancienne collègue.
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