25 mars 2007 @ 22:00
L'avarie des viandes - épisode sept: « L'assaut nocturne »  


Je n’arrivais pas à m’extraire de son emprise physique. J’ai tenté de rouler sur le côté. De m’échapper par le côté, de prendre la poudre d’escampette de biais. Je ne pensais jamais qu’il serait en mesure de me coincer à ce point-là. L’enculé.

Afin de rectifier une situation imprécise, je débarque, dans « L'assaut nocturne », au beau milieu de la nuit chez Réjean Lambert.


L'assaut nocturne

Édith, merde t’es pas là. Édith, câlisse, réponds, c’est Albertine. Comment ça que t’es pas là? Il est 4h35 du matin. Bon, t’es avec qui? Viens me chercher s’il-te-plait. Dès que t’entends mon message. Je suis au coin de Ste-Catherine et St-Laurent. Je me suis fait attaquer. Oui. C’est con, comme histoire en plus. J’étais allée voir Réjean Lambert. L’autre jour, je l’ai vu et il m’a parlé de ton texte dans Vrille. Je travaillais sur mon portable dans un café. Il s’est arrêté pour me poser des questions sur mes derniers projets. C’était une façon de faire un peu la conversation et d’enchaîner sur ce qui lui brûlait les lèvres. Il m’a demandé : « Tu as lu le dernier article de Faure? Décidemment, elle empire! Il serait temps qu’elle arrête d’écrire ». Il m’a eue. Je suis lente à réagir alors j’ai répondu bêtement : « Oui, c’est étrange ». Lambert m’a paru un peu déçu. Je crois qu’il pensait vraiment que j’allais m’opposer, même s’il ne devait pas savoir de quelle manière j’aurais pu défendre un article aussi odieux que le tien. Il voulait que je sois une adversaire de taille. Ça n’a pas marché son truc. Il m’a vue dans toute ma lâcheté. Il n’y a pas pire dévoilement au fond. Je voulais mourir, devant toi parce que je n’avais pas su défendre ton texte, mais surtout devant Lambert parce qu’il avait des informations privilégiées sur ma faiblesse. C’est idiot. Cette histoire m’obsédait. Je savais que Lambert n’était pas du genre à raconter notre rencontre à tout le monde. N’empêche. Ça me faisait chier. Je ne voulais pas lui montrer aussi facilement mes tristes dessous.

J’ai décidé tantôt d’aller chez lui. Il fallait que ça soit bien clair une fois pour toutes. Je ne pouvais pas tout laisser en plan. J’aurais bien défoncé sa porte si j’avais été contrainte à le faire. Non, il a répondu tout de suite. Vers 3h du matin environ. Il était là, en boxer avec un vieux t-shirt. Il allait me faire entrer quand je lui ai dit d’emblée que ça ne valait pas la peine, que je tenais seulement à lui dire que ton texte était bon. « Tu te branles peut-être sur les textes de l’empoisonneuse et sa bande, mais moi, je pense que l’article d’Édith Faure était bien meilleur encore. Elle n’a que faire des vertueux. Elle les emmerde, les encule. C’est elle, l’écrivaine. Si elle n’avait pas été là, on serait encore juste des cons. Toi, l’empoisonneuse, les vrilleux au grand complet, comme tous les littéraires québécois, vous devez tout à Édith Faure. » Il m’a fait signe d’entrer. Je ne sais pas pourquoi mais je l’ai suivi. Il s’est assis dans son fauteuil. Il regardait en direction du divan pour que je m’assois. Je ne l’ai pas fait. J’étais déjà partie. Puisque Lambert ne répondait rien, j’ai continué. « J’ai repensé à ce que tu m’avais dit. Non, Édith n’est pas finie. Elle est toujours la plus forte, il n’y a personne à sa hauteur. Heureusement qu’elle est là en fait, pour nous ramener au réel. C’est une concrète. C’est pas une chantre de l’empire du bien qui se masturbe sur sa vertu, comme les frileux. Et puis, après tout, pourquoi tu me demandais ça? À moi, je veux dire. Tu sais bien, Lambert que j’aime Édith. C’est encore pire que tu penses : je la baise, Édith, moi, au moins. Vous aimeriez tous ça vous taper la grande gouine. Je n’ai pas eu grand-chose à faire. J’étais juste la seule à ne pas être lèche-cul. C’est d’autant plus drôle que je l’ai eu de cette façon, son cul ». Tout compte fait, je me suis assise sur son divan. J’avais mal aux jambes et il ne répondait toujours pas.

« Évidemment, la baiser, c’est presque aussi bien que la lire. Une grande écrivaine, ça se sent au lit, bien sûr. Ça ne vient pas de n’importe où son écriture. Il y a aussi sa paire de seins. Qu’elle soit intense ou non, c’est certain que j’aurais fait n’importe pour pouvoir m’emparer de ses seins. Au lit, elle a tout le style, le même que dans ses textes. Elle écrit comme elle baise. T’imagines! Il n’y pas d’expérience intellectuelle plus exaltante. C’est bien dommage pour les commentateurs futurs de son œuvre. Ils ne pourront que s’imaginer ce que j’ai vécu. Je tâcherai bien de l’écrire un jour, mais je ne pourrai sans doute pas tout rendre. Enfin, je tâcherai de le faire. Si c’est possible, si j’y arrive. On m’en tiendrait sans doute rigueur de l’avoir connue et ne pas l’avoir rapporté ». Lambert s’est levé.

Je croyais vraiment qu’il allait me mettre à la porte, qu’il se disait que ça n’avait plus de sens. Non, l’épais, il m’a embrassée. Il s’est jeté furieusement sur moi. Il ne manquait plus que ça. Je n’ai jamais eu envie de lui. J’avoue que la brutalité du geste m’a donné quand même un peu le goût. Je dis bien un peu! J’ai eu la force de le repousser, même si j’étais vraiment en manque et que ça aurait été trop facile. J’aurais eu mal au cœur en y repensant plus tard. C’est pas que je le trouve moche, Lambert. C’est juste ce bruit qu’il fait constamment avec sa bouche, sans s’en rendre compte. C’est dégueulasse. Enfin, tu vois très bien ce dont je parle. Il n’a trouvé qu’à me dire : « Ma femme n’est pas là ». « Quoi? Mais je m’en fiche! Penses-tu que je te parle d’Édith pour t’exciter? J’aurais dû m’en douter que toi aussi tu la voulais, que tu savais que tu ne te la taperais jamais et que c’est pour ça que tu travaillais très fort pour la détester depuis tout ce temps-là! T’es vraiment encore plus pervers qu’elle! ». Il m’a regardé comme un con. C’est un déséquilibré, ce Lambert! J’en rien à faire de lui. J’aurais préféré qu’elle soit présente sa femme, ainsi que toute sa descendance. Je voulais que les choses soient claires à ton sujet. Voilà tout! Je ne désirais pas de contact plus sérieux. Je me porte bien sans être son intime. Je me demande bien comment il a pu s’imaginer tout ça!

J’ai cherché à fuir, mais là, j’étais prise sur son divan. Il a replongé sur moi. Ah non, il n’allait pas me faire le coup du mec qui ne comprend pas les refus. Je n’arrivais pas à m’extraire de son emprise physique. C’était horrible! Il était bandé, le salaud! En plus, il semblait avoir une grosse queue… Enfin, j’aime mieux pas y penser, ça m’excitait. J’ai tenté de rouler sur le côté. De m’échapper par le côté, de prendre la poudre d’escampette de biais. Je ne pensais jamais qu’il serait en mesure de me coincer à ce point-là. L’enculé. J’ai réussi à me glisser. Il semblait étonné. « Tu fais quoi alors, Albertine? » Je n’ai rien dit et j’ai couru. Là, je suis rendue au coin St-Laurent et Ste-Catherine. Je ne trouvais pas de téléphone avant. Édith, je t’en prie, viens me chercher. Je ne sais pas. Il m’a sûrement suivie, ou il m’attend chez moi, je ne sais plus où aller. Laisse donc tomber la fille avec qui tu es. Elle doit être poche, de toute façon. Je t’attends.



Je reprends le rythme. De retour dimanche prochain!

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