« Albertine, ça fait combien de temps que tu sais que t'es aux femmes? »
Je ne voulais déjà pas révéler quoique ce soit d'intime à cet homme. Ça devait arriver. On veut de l'intimité de gouine sur un plateau d'argent. Je dois me donner à tous. Est-ce que je lui demande moi ça fait combien de temps qu'il sait qu'il aime se faire sucer? Depuis combien de temps est-ce qu'il a découvert que son anus était aussi une zone érogène? À quel moment il a eu envie de se taper d'autres femmes que sa blonde? S'il a déjà imaginé la partager avec sa bande de copains? Je devais répondre bien sûr. Comme le dit Philippe Muray, dans l'empire du bien, on force tout un chacun au coming-out. Répondre simplement à sa question aurait toutefois signifié que j'affirmais implicitement que je « suis aux femmes », ce que je ne suis pas. Je devais poser mon petit geste de militante bisexuelle et lui offrir mon intimité contre rien. « Je suis bisexuelle », ai-je répondu vivement.
Aussitôt que j'ai prononcé ces mots, j'ai senti tout le poids de saloperie de ce terme. J'avais l'impression de sortir tout droit d'un mauvais film de cul, les regards entendus en moins. Enfin, les miens. Je n'ai pas osé le regarder. Je ne voulais pas savoir ce qu'il en pensait, ce que ça lui faisait. S'il m'avait dit « C'est fascinant!», je crois que je lui aurais planté ma fourchette dans les yeux, qu'il aurait payé pour tous ceux qui l'avaient précédé. Je me suis immédiatement rappelée que dire « je suis bisexuelle » n'était ni plus ni moins, aux yeux du monde, que d'avouer « je suis une ostie de cochonne ». Pour liquider toute la lubricité qu'il prêterait inévitablement à mes mots, j'ai décidé d'y aller d'une formulation métaphysique « je suis à l'humain ». Albertine Bouquet, l'être-pour-l'humain, ni plus ni moins! C'est aussi quétaine comme expression, mais il l'avait bien voulu. Quelle formule atroce quand même « être aux femmes »!
Je suis certaine qu'il croit que je me complique la vie pour rien. Décidemment, je ne suis pas de ces gens-là, les « pas compliqués ». Le petit homme de bureau professionnel qu'il est doit bien se dire que je perds un temps fou avec cette bisexualité, cette sexualité non résolue. Évidemment, il doit gagner de précieuses minutes à ne pas penser au fait qu'il aimerait se faire mettre par un de ses collègues de travail, par un de ses clients. Il règle sa sexualité avec le « gros bon sens », c'est-à-dire avec ce qui n'a déjà plus de sens, passer le rasoir d'Occam à l'aveugle dans sa sexualité. Ah, oui, franchement, ça doit être plus sain.
Je ne voulais déjà pas révéler quoique ce soit d'intime à cet homme. Ça devait arriver. On veut de l'intimité de gouine sur un plateau d'argent. Je dois me donner à tous. Est-ce que je lui demande moi ça fait combien de temps qu'il sait qu'il aime se faire sucer? Depuis combien de temps est-ce qu'il a découvert que son anus était aussi une zone érogène? À quel moment il a eu envie de se taper d'autres femmes que sa blonde? S'il a déjà imaginé la partager avec sa bande de copains? Je devais répondre bien sûr. Comme le dit Philippe Muray, dans l'empire du bien, on force tout un chacun au coming-out. Répondre simplement à sa question aurait toutefois signifié que j'affirmais implicitement que je « suis aux femmes », ce que je ne suis pas. Je devais poser mon petit geste de militante bisexuelle et lui offrir mon intimité contre rien. « Je suis bisexuelle », ai-je répondu vivement.
Aussitôt que j'ai prononcé ces mots, j'ai senti tout le poids de saloperie de ce terme. J'avais l'impression de sortir tout droit d'un mauvais film de cul, les regards entendus en moins. Enfin, les miens. Je n'ai pas osé le regarder. Je ne voulais pas savoir ce qu'il en pensait, ce que ça lui faisait. S'il m'avait dit « C'est fascinant!», je crois que je lui aurais planté ma fourchette dans les yeux, qu'il aurait payé pour tous ceux qui l'avaient précédé. Je me suis immédiatement rappelée que dire « je suis bisexuelle » n'était ni plus ni moins, aux yeux du monde, que d'avouer « je suis une ostie de cochonne ». Pour liquider toute la lubricité qu'il prêterait inévitablement à mes mots, j'ai décidé d'y aller d'une formulation métaphysique « je suis à l'humain ». Albertine Bouquet, l'être-pour-l'humain, ni plus ni moins! C'est aussi quétaine comme expression, mais il l'avait bien voulu. Quelle formule atroce quand même « être aux femmes »!
Je suis certaine qu'il croit que je me complique la vie pour rien. Décidemment, je ne suis pas de ces gens-là, les « pas compliqués ». Le petit homme de bureau professionnel qu'il est doit bien se dire que je perds un temps fou avec cette bisexualité, cette sexualité non résolue. Évidemment, il doit gagner de précieuses minutes à ne pas penser au fait qu'il aimerait se faire mettre par un de ses collègues de travail, par un de ses clients. Il règle sa sexualité avec le « gros bon sens », c'est-à-dire avec ce qui n'a déjà plus de sens, passer le rasoir d'Occam à l'aveugle dans sa sexualité. Ah, oui, franchement, ça doit être plus sain.
7 commentaires | Envoyez un commentaire

