Ma poitrine s’acharnait, s’achevait encore, sur les feuilles de papier. Je voulais désespérément restituer une présence. L’odeur de foutre évoquait ses abondons dont nous avions été témoins, le livre et moi. Savait-il que je l’avais vu se branler seul sur le livre avant que je ne l’emporte ? Que j’aimais contempler ses érections ! Et le voir mettre ses doigts souillés timidement dans sa bouche avide pour le répandre amoureusement ensuite sur les lettres. Dans son rituel profanatoire, il allait jusqu’à s’accomplir en crachant sur sa queue, puis sur le livre, afin de rendre ses espaces masturbatoires et secrets toujours plus imprégnés de ses fluides. Je ne sentais pas sa semence en retrait dans ma position. Je l’imaginais. Je mangeais ma nourriture lentement en cherchant à associer les odeurs à celle que devait avoir son foutre blanc et dévastateur. Je portais mes doigts à ma bouche la nuit après avoir touchée ma fente tendue et impatiente, sans savoir s’il avait un goût semblable au mien. Je le créais autre. Il incarnait pour moi l’essence de l’altérité défendue, de l’homme impossible, inaccessible. Je lui ai volé le livre. J’ai dérobé son amant brûlant pour lui imposer mon existence. Je suis intervenue à jamais dans ce rituel où je ne pourrai savoir si j’y détenais déjà un rôle. Peut-être avais-je été une de celles qui l’ont fait bander, peut-être que non. Moi ou les autres, je sais qu’il fuyait autant qu’il désirait. Je souhaitais l’attirer à mon tour dans mon antre. Le forcer à commettre l’inattendu. Je voulais qu’il se compromette au point de s’abîmer en moi. Je me touchais en rêvant qu’il trouve le moyen de m’y surprendre. Qu’il rompe son exil pour soutenir l’échange. Sur le terrain du livre, je juxtaposais mes propres sécrétions aux souvenirs des siennes.
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