18 mars 2007 @ 11:45
Rendre justice  
Me voilà vaincue! Il ne le sait pas - normal, puisqu'après tout, il ne connaît même pas mon existence -, mais il m'a eue à l'usure: j'ai fini par succomber au charme un peu chaotique, décidemment immature, mais surtout profondément enthousiaste de Félix. L'enthousiasme est si rare dans ce monde sans vie, l'amour réel et dévoué de la littérature est si rare parmi les littéraires - qui pensent presque toujours que la vie est ailleurs, dans les autres arts, par exemple, mais certainement pas dans la littérature, inévitablement considérée comme détachée du monde - qu'on ne peut que finir par aimer Félix à travers sa passion brutale pour la littérature, qu'il exprime bruyamment. Dieu m'en préserve, je ne le connais pas et ne le connaîtrai sûrement jamais. Félix est du genre qu'on aime à distance. On ne le veut pas à ses trousses. Je veux dire, j'ai assez d'individus à l'équilibre mental précaire à proximité. Encore plus que je croyais, même, ai-je appris récemment, des cas clinique, ni plus, ni moins. J'en étais toute retournée! Je n'ai pas besoin qu'il se joigne au nombre.

Je retirerais désormais de la description que j'ai faite de Félix ma référence à sa médiocrité gluante. Je ne crois plus qu'il soit médiocre, même que je suis assez persuadée qu'il pourfend la médiocrité. La haine de la médiocrité ne suffit pas à nous en extraire, certes, mais je suis prête à lui laisser une chance. Je me plais quand même à me considérer bonne juge de l'âme humaine. Albertine Bouquet, vous l'aurez sûrement remarqué, est d'abord une moraliste. Dans les jugements que je pose sur autrui, je m'impose par conséquent une rigueur implacable. Et si jamais il m'advient d'en faire fi, c'est délibérément que je m'adonne à la mauvaise foi. Nul ne peut sous-estimer les plaisirs de la mauvaise foi.

Je conserverais toutefois l'épithète gluant. Gluant, ça, il l'est. Il s'agglutine à tous les corps qui croisent sa route. C'est plus fort que lui. Félix a besoin de s'incruster partout. Il désire être au plus près, au premier rang, en première ligne, sur la ligne de feu, sur scène, dans un corps-à-corps avec les acteurs. Au fond, c'est crissement courageux comme attitude. Ou inconscient, je ne sais pas. En tous cas, ça diffère de la pleutrerie générale.
 
 
Musique actuelle: Fischerspooner