J’en ai entendu bien des trucs dans ma vie. Je suis rarement secouée par quelqu’un. Je t’avoue que toi, tu m’as secouée. Sur le plan sexuel, je me croyais robuste. Il semblerait que non. Apparemment, je n’ai pas encore tout vu.
Dans « Le Dormeur de Laval », je dois répondre au message, pour le moins troublant, d'un jeune homme rencontré récemment.
Le Dormeur de Laval
Bonjour Patrick! C’est Albertine. Je retourne ton appel. Je sais que ça fait plusieurs jours que tu m’as téléphoné. Je ne prends pas souvent mes messages. Il ne faut pas m’en tenir rigueur. J’étais bien heureuse de recevoir de tes nouvelles. Je ne savais pas si tu allais donner suite à notre échange. Je dis « j’étais » parce que pour dire vrai je ne sais plus si ça vaut la peine qu’on se revoit, toi et moi. Depuis que j’ai entendu ton message, j’ai des doutes. J’en ai entendu bien des trucs dans ma vie. Je suis rarement secouée par quelqu’un. Je t’avoue que toi, tu m’as secouée. Sur le plan sexuel, je me croyais robuste. Il semblerait que non. Apparemment, je n’ai pas encore tout vu. J’ai pensé sur le coup que tu me faisais une blague. J’ai réécouté ton message et tu semblais sérieux. Je crois que je suis assez habile pour l’analyse… Peut-être que tu as dit ça juste pour me rassurer sur tes intentions. Sache que c’est raté.
Je suis plus stupéfaite que réellement effrayée. Lorsqu’on se croisait au café, je trouvais qu’on s’entendait bien, qu’on « connectait » pour reprendre cette expression qui m’amuse. J’aurais dû me méfier. J’ai une longue histoire avec les étudiants en psychologie dans ton genre. Au point où j’en suis presque à élaborer une théorie sur votre espèce. C’est dommage. Comme tu le sais, je suis une personne d’habitude. Je ne crois plus revenir dans ce chouette café où tu travailles. Je ne crois pas non plus que tu voudras que j’y revienne. Je ne vois pas comment t’as pu t’imaginer que tes petits projets m’intéresseraient. Vous êtes toujours comme ça, avec vos demandes spéciales. Je suis lasse et puis la tienne est trop poche en plus. D’abord les chatouilles, laisse tomber s’il te plait. Je ne sais pas s’il y a des filles qui aiment ça mais pas moi. Est-ce que j’ai une gueule, en plus, à passer la nuit à me faire chatouiller puis à dormir?
Peut-être aussi que ton trip c’est de dormir blotti contre moi afin qu’au réveil je sente ta queue bien dure contre mon cul. Je déteste dormir avec des gens que je connais à peine mais si c’est ça que tu veux, il faut le dire. Je pourrais accepter. Il n’y a pas grand-chose que j’aime davantage que de sentir une queue bandée contre mon cul au réveil. Peut-être aussi que tu veux me prendre en plein sommeil, me réveiller en enfonçant ta bite dans ma vulve. Si c’est ça, réellement, je suis ravie. Je ne sais pas pourquoi mais les hommes se sentent toujours trop mal pour faire ça. J’imagine que c’est rassurant, au fond, mais bordel, je leur demande. « Prends-moi en plein sommeil! Réveille-moi avec ta grosse bite au fond de moi!» En plus, je suis toujours mouillée au réveil alors j’imagine qu’on peut se glisser en moi sans peine, même en pleine nuit. Mais si je t’ai bien compris, ce n’est pas ce dont tu as envie. Ton message était assez clair à cet effet. Pourtant, je t’assure, faut pas te gêner. Parce que je dois te dire que si tu souhaites seulement dormir avec moi, je vais finir par penser que c’est parce que tu as envie de me découper en rondelles pendant mon sommeil. Et puis ça, bon, ça me tente moins, je dois te l’avouer. Bon, je vais être clair, juste au cas : mon ambition n’est pas de finir démembrée. Si vraiment ça te venait, je préférerais tout de même que tu m’apprêtes dans une sauce aux arachides avec des épinards croustillants. Mais je n’y tiens pas.
Quel dommage quand même. Je t’aimais bien, Patrick. Peut-être que tu auras une explication à me donner. Enfin, pour une première entrée en matière, je suis assez perplexe. Tu sais, j’ai déjà eu un amant qui n’était pas capable de lire mes textes. Je me méfie maintenant. Il me disait qu’il aimait ça que je sois écrivaine. Mes textes ne l’emmerdaient pas, c’est juste qu’il avait peur devant l’explicite. Il arrêtait quand je commençais à mettre des mots crus. Je trouvais ça charmant sur le coup. C’est idiot, je sais. Je l’ai rapidement regretté. Quel piètre amant! Je sais que ces histoires-là se font à deux, mais je t’assure que j’y ai mis les efforts. Je me suis surpassée. J’étais d’une tendresse et d’une douceur inégalables. Je lui léchais gentiment les couilles pour lui plaire. Rien de brutal, non. C’est dire que je n’étais plus du tout moi-même. Quel emmerdement! Je lui ai donné plusieurs chances pourtant.
À chaque fois, je me rendais de plus en plus compte de mon erreur. Je ne souhaite pas nécessairement revivre ces expériences de mauvais sexe. Il y a tant de bonnes baises dans la vie. Pourquoi perdre son temps avec des mauvaises? Tu me diras que je suis conne, mais je m’investis toujours dans tout. À un point dément. Les mauvaises baises me découragent, elles me demandent tant d’énergie. Toi, c’est pire, tu ne veux même pas baiser. Des chatouilles et dormir collés. T’es certain que ce n’est pas une blague? Même pas un peu? C’est quoi, c’est ta source d’inspiration? Tu te branles après? Peut-être que tu branles juste jamais. Que tu espères que ça va gicler dans ton sommeil de cette façon et que tu n’auras pas succomber à l’attrait de la chair. Peut-être que certaines femmes seraient heureuses de trouver enfin un gars qui n’est pas fasciné par sa queue. Pas moi! J’aime ça les queues! Comme seul un homme peut les aimer. Et ça m’excite les hommes qui aiment leur queue. Apparemment, ce n’est pas ton cas. Qu’est-ce qu’elle a bien pu te faire, ta bite, pour que tu lui réserves un sort comme celui-là?
Puis, tu sais, il faut que ça sorte le foutre à l’occasion. Tu veux peut-être juste de l’affection. Achète toi un animal de compagnie. Il va pouvoir dormir avec toi et te chatouiller, en plus. Tu me trouves sans doute un peu fermée. Je suis pourtant ouverte à bien des choses. Je t’assure. Des fois, par exemple, je me dis que de pisser sur quelqu’un, ça m’allumerait. Je me suis déjà dit que si un homme, ou une femme… Je suis bisexuelle, je ne crois pas te l’avoir dit. Je ne me présente pas aux gens : « Bonjour, je suis Albertine, une bisexuelle ». Je me suis déjà dit donc que si un homme ou une femme voulait que je lui pisse dessus j’allais le faire, même que ça me plairait pas mal. Je n’ai jamais osé le proposer. J’ai pissé dans mon bain pour voir ce que ça devait être. J’aimais bien regarder le jet couler entre mes cuisses. Je ne suis pas fermée. J’ai des tabous. Heureusement. Les gens sans tabou, ça m’effraye, et ils sont légions à le dire qu’ils n’en ont pas. Soit ils sont fous, soit ils ne comprennent vraiment pas la définition de tabou. Enfin, passons. Tu as mon numéro. Si tu crois qu’il y a un malentendu entre nous, tu peux toujours revenir à la charge sur ma boîte vocale. Je suis quand même ouverte à reconsidérer. Si tu me dis que ta bite est bien grosse et prête à me défoncer, ça va aller, je vais accepter de te recevoir. Sinon, bien, laisse tomber.***
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