Que ceux qui s'imaginent connaître tout d'Albertine Bouquet se le tiennent pour dit: vous n'êtes pas à bout de surprises! Comme tout individu moderne qui se respecte, je suis un être aux multiples facettes, bourrée de paradoxes et tout le tralala. Ainsi, l'évocation récente de mon passé de joueuse de softball vous a peut-être conduit à m'imaginer des airs vaguement tomboy et à oublier les innombrables références à mes décolletés plongeants. Honte à vous! On peut aimer jouer au softball et aimer, en même temps, montrer ses seins! Ah le vilain sexisme! Ah l'ignoble hétérocentrisme!
Vous apprendrez donc qu'on me surprend parfois à parcourir avec enthousiasme des revues de mode. Et pas n'importe quelles, oh non, mes goûts en la matière sont plutôt dispendieux, quoique je ne dédaigne pas non plus les magazines les plus cheap. Rien d'étonnant, vous direz-vous. Après tout, on connaît la passion de Mallarmé, Proust et Céline en matière d'élégance féminine. Rien d'étonnant, vous direz-vous, à ce que leur digne héritière partage leur goût en la matière! Vous aurez bien raison.
J'adore avoir entre les mains une de ces revues aux pages d'une taille démesurée sur lesquelles mon regard s'amuse à errer paisiblement. Je ne succomberai pas à cette fâcheuse tendance qui consiste, pour les littéraires, à faire l'éloge de tout ce qui n'est pas de la littérature en déclarant que la littérature est si peu de choses à côté, à côté du cinéma, à côté des arts visuels, de la danse, du baseball, de la gastronomie, de la vraie vie et j'en passe. Il m'arrive pourtant parfois en contemplant un vêtement d'avoir la conviction de me retrouver devant un objet d'art. Les photos, quant à elles, sont d'un style presque toujours classique, mais sont parfois dignes d'intérêt. Enfin, art ou pas, il est toujours agréable de regarder de jolies choses. Et c'est pourquoi je m'adonne régulièrement à cet exercice.
À peine avais-je renoncé, ce matin, à lire les journaux - préférant retourner à Bouvard et Pécuchet - que j'aperçus en première page du cahier Actuel de La Presse un reportage mode intitulé « Fuck les Lolitas! ». Je blague, il était intitulée de façon beaucoup plus sophistiquée et intelligente: « Bye bye les Lolitas, place aux Ladies ». Quoiqu'il en soit, l'énoncé m'apparut pertinent et j'opinai du bonnet tout en saisissant le cahier en question. Ainsi, la saison automnale privilégierait, paraît-il, les signes les plus ostentatoires d'une féminité mature et élégante: jupes longues, tailles hautes, lavallières, tissus riches, motifs classiques et tout le kit. Heureuse nouvelle, ai-je pensé, à part pour les lavallières. Enfin, la femme retrouve la place qui lui revient! Erreur, me suis-je rendue compte en regardant davantage les photos. On ne se retrouve pas plus qu'avant en présence de femmes, mais plutôt en présence de fillettes qui jouent aux femmes. Le retour de la femme élégante a toutes les allures d'une comédie. Personne n'y croit et tout le monde en rit.
J'ai alors compris que la femme avait été parfaitement liquidée de la mode, que l'adolescente triompherait toujours. Triste époque que la nôtre, éternelle adolescente pathétique. Comme j'aimerais voir de véritables femmes sur les pages de mode, et je ne parle pas seulement de formes féminines plus accentuées, mais aussi de formes et de visages plus matures, plus âgés. Je me rappelle avoir entendu un odieux individu déclarer dans un party que la femme idéale était l'adolescente de quinze ans. Odieux individu, oui, mais si semblable à son époque. Tout le monde est d'accord, y compris les femmes de cinquante ans. Dans des moments comme ceux-là, je sens bien le fossé qui me sépare de mon époque, moi qui n'admire rien davantage que la beauté des femmes dans la trentaine, quarantaine et parfois bien plus âgées, même. En lisant la chronique de la même journaliste à propos des défilés, j'étais d'ailleurs encore plus dégoûtée. Elle parlait de toutes ces femmes dans l'audience retouchées par la chirurgie esthétique. Personnellement, je trouve juste ça ridicule et grotesque. Ça décrit bien notre époque: ridicule et grotesque.
Vous apprendrez donc qu'on me surprend parfois à parcourir avec enthousiasme des revues de mode. Et pas n'importe quelles, oh non, mes goûts en la matière sont plutôt dispendieux, quoique je ne dédaigne pas non plus les magazines les plus cheap. Rien d'étonnant, vous direz-vous. Après tout, on connaît la passion de Mallarmé, Proust et Céline en matière d'élégance féminine. Rien d'étonnant, vous direz-vous, à ce que leur digne héritière partage leur goût en la matière! Vous aurez bien raison.
J'adore avoir entre les mains une de ces revues aux pages d'une taille démesurée sur lesquelles mon regard s'amuse à errer paisiblement. Je ne succomberai pas à cette fâcheuse tendance qui consiste, pour les littéraires, à faire l'éloge de tout ce qui n'est pas de la littérature en déclarant que la littérature est si peu de choses à côté, à côté du cinéma, à côté des arts visuels, de la danse, du baseball, de la gastronomie, de la vraie vie et j'en passe. Il m'arrive pourtant parfois en contemplant un vêtement d'avoir la conviction de me retrouver devant un objet d'art. Les photos, quant à elles, sont d'un style presque toujours classique, mais sont parfois dignes d'intérêt. Enfin, art ou pas, il est toujours agréable de regarder de jolies choses. Et c'est pourquoi je m'adonne régulièrement à cet exercice.
À peine avais-je renoncé, ce matin, à lire les journaux - préférant retourner à Bouvard et Pécuchet - que j'aperçus en première page du cahier Actuel de La Presse un reportage mode intitulé « Fuck les Lolitas! ». Je blague, il était intitulée de façon beaucoup plus sophistiquée et intelligente: « Bye bye les Lolitas, place aux Ladies ». Quoiqu'il en soit, l'énoncé m'apparut pertinent et j'opinai du bonnet tout en saisissant le cahier en question. Ainsi, la saison automnale privilégierait, paraît-il, les signes les plus ostentatoires d'une féminité mature et élégante: jupes longues, tailles hautes, lavallières, tissus riches, motifs classiques et tout le kit. Heureuse nouvelle, ai-je pensé, à part pour les lavallières. Enfin, la femme retrouve la place qui lui revient! Erreur, me suis-je rendue compte en regardant davantage les photos. On ne se retrouve pas plus qu'avant en présence de femmes, mais plutôt en présence de fillettes qui jouent aux femmes. Le retour de la femme élégante a toutes les allures d'une comédie. Personne n'y croit et tout le monde en rit.
J'ai alors compris que la femme avait été parfaitement liquidée de la mode, que l'adolescente triompherait toujours. Triste époque que la nôtre, éternelle adolescente pathétique. Comme j'aimerais voir de véritables femmes sur les pages de mode, et je ne parle pas seulement de formes féminines plus accentuées, mais aussi de formes et de visages plus matures, plus âgés. Je me rappelle avoir entendu un odieux individu déclarer dans un party que la femme idéale était l'adolescente de quinze ans. Odieux individu, oui, mais si semblable à son époque. Tout le monde est d'accord, y compris les femmes de cinquante ans. Dans des moments comme ceux-là, je sens bien le fossé qui me sépare de mon époque, moi qui n'admire rien davantage que la beauté des femmes dans la trentaine, quarantaine et parfois bien plus âgées, même. En lisant la chronique de la même journaliste à propos des défilés, j'étais d'ailleurs encore plus dégoûtée. Elle parlait de toutes ces femmes dans l'audience retouchées par la chirurgie esthétique. Personnellement, je trouve juste ça ridicule et grotesque. Ça décrit bien notre époque: ridicule et grotesque.
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