Albertine Bouquet
26 janvier 2008 @ 09:00
Jeune et pourtant déjà si vieille  
Ce fut une bien grande semaine dans ma vie. Je me suis achetée ma première tunique de vieille écrivaine. À vingt-sept ans, il faut le faire! Je n'ai pas encore publié mon Voyage au bout de la nuit, mais j'ai déjà ma tunique. Je rêve de devenir une vieille écrivaine sage et je le serai! Quelle force d'esprit! Je dois vous avouer, chers lecteurs, que je connais les rudiments de la programmation neuro-linguistique. Quand j'étais jeune fille, Monsieur et Madame Bouquet m'avaient trainée à des cours traitant de la chose dans un hôtel chic en région. J'étais la jeune fille intelligente et surtout chanceuse qui allait pouvoir programmer son esprit avant tous les autres. Je me rappelle d'un jeune adulte dans le cours qui voulait devenir riche. Il fallait énoncer un désir comme ça. Je crois à l'époque, que je disais pour ma part, vouloir devenir avocate ou journaliste. Le mec, donc, voulait de l'argent. L'animateur du cours, vaguement gourou, qui roulait en BMW lui a dit : « Comment ça s'habille un riche?». Sans grande imagination, il avait dit : « Avec un veston, une cravate et ça traîne une valise en cuir ». L'animateur très savant lui avait répondu avec conviction : « Habille-toi comme ça ». Et essaie de te trouver des gens qui te paieront pour t'entendre leur dire de faire la même chose, aurait-il pu ajouter. Je dois dire que cette conversation m'avait marquée. En allant magasiner avec Madame Bouquet, je m'étais achetée des tailleurs qui pouvaient aller à une avocate ou à une journaliste. Je suppose que ça avait augmenté mon sex-appeal. Avant j'étais juste une « pas de look ». Ma vie sexuelle a commencé à cette époque des tailleurs, d'ailleurs. Il faut dire que ça mettait bien en évidence mes seins. Ce qui est un atout non négligeable pour baiser.

Je vous entends. Vous vous dîtes : « Ok le tailleur, on a compris, mais de quoi peut avoir l'air une tunique de vieille écrivaine ?». Je ne suis pas un as de la description, mais je vais tenter de me livrer à ce pénible exercice. Je crois que Gabrielle Roy raconte dans une de ses autobiographies qu'elle a toujours peiné sur ses descriptions. Nous sommes deux dans le même bateau, c'est déjà ça de pris. Une tunique de vieille écrivaine est un vêtement ample qui se ferme à l'aide d'un accessoire chic, ethnique ou rebelle, selon le cas, habituellement porté par des femmes de lettres ou en tous cas, des femmes dites « cultivées ». On en voit régulièrement au théâtre, surtout sur des wannabe.  Les tuniques vont de « juste quétaine » à « quétaine mais élégant ». À mon avis, ma tunique est dans le « quétaine mais cute ». Elle est vaguement gothique. Il faut, bien sûr, lire entre les lignes qu'elle est noire. C'est un peu paradoxal de la décrire comme « vaguement gothique » puisque par définition la tunique de vieille écrivaine est « vaguement hippie ». C'est le désir d'extravagance et de liberté de l'écrivaine qui la pousse à revêtir une tunique. Elle veut s'inscrire dans le monde en tant que femme de tête, mais aussi d'imagination. Ce vêtement épouse à merveille ses désirs, à défaut d'épouser les formes de son corps. Ma tunique est en laine. Elle me tient donc au chaud. On m'imagine aisément écrire dans cette tunique. Elle permet d'avoir du style tout en étant libre de ses mouvements. Elle permet aussi une masturbation efficace. Il est aussi aisé de glisser sa main sous une tunique que de l'arracher pour sodomiser l'écrivaine au travail.

L'achat de ma tunique coïncide avec un grand jour : la fin de mes bottes d'armée. Je n'en porterai plus jamais. Elles sont rangées pour toujours dans un garde-robe. Je voyais ce jour arriver avec dégoût. J'ai peur de dire un jour cette phrase infâme avec une fierté immonde : « Dans mon jeune temps, je portais des bottes d'armée à cap d'acier. J'étais punk ». Je le note afin de m'en souvenir : Ne dis jamais ça, Albertine, sinon tu n'es pas mieux que morte!  Je ne range pas mes bottes pour avoir l'air d'une personne bien. Je suis seulement tannée de glisser sur la neige comme une conne avec des bottes trop lourdes et de passer 20 minutes à lasser mes 14 trous pour sortir. Et puis, j'ai envie d'avoir l'air d'une femme. Ce que je suis, par ailleurs. Je me suis donc achetée de vraies bottes de femme hier soir. Elles vont bien avec ma tunique, vous vous en doutez. On ne sortira jamais complètement la tom boy de mon corps, je présume. Je ne serai jamais le modèle de la féminité, mais quand même, je peux faire un petit pas dans cette direction.

Récemment j'ai retardé la coloration de mes cheveux. Je me suis alors aperçue que j'avais déjà une mèche blanche impressionnante. J'ai déjà affirmé ici que je voulais soutirer à Marie Laberge sa popularité au Salon du livre de Montréal. J'ai déjà la mèche blanche! On peut dire que je suis bien partie dans la vie. Si j'arrêtais ma coloration, j'aurais un look de vieille écrivaine sans accro avant d'avoir publié un roman et avant d'avoir trente ans. Je ne suis pas traumatisée du tout par cette mèche, d'autant plus que j'ai découvert mes premiers cheveux blancs à l'âge de quinze ans. Je la trouve plutôt cool. Je la teins par habitude et par peur de voir surgir l'horrible brun lette qui l'accompagne. Après presque dix ans sans cheveux bruns, il serait difficile pour moi de revenir en arrière. C'est dommage. Quelle jolie mèche! Bien plus hot que celle de Marie, je vous le jure! Elle en serait jalouse, si elle connaissait ce sentiment. À mon avis, elle ne le connait pas. Je l'ai vue à la télé l'autre jour et je me suis dit qu'elle devait connaître une gamme restreinte d'émotion, même si elle donne dans le pathos de bas étage. Je vous épargne le détail de mon analyse maison. Je crois très fort à mes intuitions et je sais que j'ai raison. C'est ça qui compte!
 
 
Albertine Bouquet
26 janvier 2008 @ 18:39
Les mains et les ouvertures  
Je prends des risques. J'écris en buvant du vin. J'espère que la postérité me pardonnera mes textes d'ivresse publiés dans ce blogue. Ça devrait aller, je ne suis pas saoule. Et même quand je suis saoule, je peux être d'une cohérence incroyable. Comme cette fois, par exemple, où j'avais fait une conférence, presque, sur l'émission littéraire québécoise Le Sel de la semaine dans un moment d'ivresse avancée. Vous savez qu'Anaïs Nin est déjà allée au Sel de la semaine?  Enfin passons aux choses sérieuses.

En m'achetant des gants de cuir hier, j'ai appris plusieurs nouvelles déroutantes. J'ai su en premier qu'il existait des tailles de gants et ensuite que mes mains étaient larges. Je pensais que les mains étaient toutes les mêmes, ou à peu près. Après tout, on dira ce qu'on voudra sur les grosses queues, l'expérience nous montre que les hommes ont des tailles assez semblables. Les grandes variations sont bien rares. Ce n'est pas comme les seins, vous en conviendrez. En tant que bisexuelle, je devrais être au fait des tailles de main. Je sais que mes mains sont toujours petites dans celles d'un homme. Même des hommes très minces, je vous l'ai déjà dit, c'est ma spécialité. Je ne me souviens pas d'avoir eu des mains beaucoup larges que mes partenaires féminins. Je n'avais pas les plus petites non plus. Les différences me semblaient à peine perceptibles. Elles doivent pourtant être immenses, puisque j'ai des mains larges. Sachant cela, j'ai encore plus peur du fisting.

L'autre jour, j'étais avec un homme et Hélène. Elle se faisait enculer et j'entrais mes doigts dans son vagin. Pour la première fois, j'ai senti mes doigts glisser et ma main entière est entrée d'un coup en elle. Sans forcer, elle était tellement humide que ça c'est fait sans difficulté. Je n'avais pourtant pas répété mon silent duck. Le fisting ne va tellement pas de soi habituellement. Hélène ne savait pas que je la fistais. Ça lui aurait fait peur. J'étais un peu effrayée moi-même en voyant ma main disparaitre complètement et en sentant toute l'élasticité de son vagin. Elle devait tellement avoir mal en raison de la sodomie, qui comme on le sait est toujours bonne mais fait généralement plus ou moins mal, que le fisting passait comme dans du beurre. Le fait de savoir que j'ai des mains larges m'effraie d'autant plus. Je suis obsédée par les mains. En allant chercher mes verres de contact tantôt, je regardais les mains de l'employée, une jeune femme à la silouette de mannequin, donc très mince et toute en longueur. Elle n'avait pas les mains tellement moins larges que moi. Ses doigts étaient nettement plus longs toutefois. Je ne suis pas certaine que je voudrais d'un fisting d'une mannequin dans ces conditions, et surtout avec les ongles qui allaient avec cette main. Une des plus grandes horreurs de la pornographie est la longueur des ongles des femmes. Aille! Je refuserais toutes les scènes de lesbienne avec elles. Elles ne peuvent d'ailleurs pas se masturber avec ça.

Un autre truc qui me fait peur dans la pornographie ce sont les culs trop ouverts. Je fuis la section anale du club vidéo, puisque je sais qu'un cul ouvert, ça veut dire ouvert en criss. Je n'ai presque pas vu de films avec la charmante Belladonna, que l'on voit souvent dans mon cher Bizarre Mag, parce qu'elle donne pas mal dans l'anal et le fisting. J'ai déjà rencontré un homme sur Internet dont le pseudonyme était « Toutouvert » qui vantait la largeur prodigieuse de son anus. Je cherchais un pervers au plus vite, mais celui-là non. C'est vraiment trop effrayant. Il faut avoir vu un cul vraiment très très ouvert dans un film pour comprendre ma peur. Ça veut dire plus qu'une main. On parle de choses bien plus sérieuses. Je ne suis pas prête encore. Peut-être lorsque je serai une vieille écrivaine sage.