Je leur ai justement dit à quel point ta pièce est mauvaise. J’ai dit : La dernière pièce de Philippe Séguin est vraiment pourrie. C’est la pire pièce que j’ai vue. Personne ne te défendait. Ils voulaient que je parle plus. Je pense que c’est la première chose que j’ai dite de la soirée. Il y avait longtemps que quelque chose comme ça était arrivé. Il y avait juste toi qui était comme ça, avant.
Dans « Papier mâché », j'avoue à mon ami dramaturge, Philippe Séguin, le sort que j'ai réservé publiquement à sa dernière pièce.
Non, je ne suis pas une artiste multidisciplinaire! Je sais que ce n'est pas dans le vent de dire ça, mais c'est ainsi. Veuillez, je vous prie, être indulgents à mon égard. Je ne maîtrise pas l'interprétation comme l'écriture et j'en suis à mes premières armes dans l'écriture dite orale. À bientôt!
Papier mâché
Oui, Philippe. C’est Albertine. Non, je ne me masturberai pas sur ta boîte vocale aujourd’hui. C’est pas exactement le genre de message que j’ai envie de te laisser. En fait, ça tombe vraiment bien que t’aies pas répondu au téléphone puisque j’avais pas envie de te parler directement. Pour tout dire, si t’avais répondu, j’aurais raccroché. Ça n’aurait pas été la première fois. Bien sûr, j’ai pris soin de faire *67 avant de t’appeler. Si tu m’avais rappelée, je n’aurais pas été bien avancée. Si tu m’avais rappelée, tu m’aurais sans doute dit de venir te retrouver. Et là on aurait baisé. Et je me serais sentie encore plus mal. C’est pas dans mes habitudes, pourtant, tu le sais, de me sentir mal. Avec toi, encore moins. Qui peut se sentir mal à côté de toi?
Je suis allée souper chez Vincent et Sophie, l’autre soir. En fait, j’espérais coucher avec eux à la fin de la soirée et je n’osais pas trop les appeler. C’est un peu compliqué ces temps-ci. Mais bon, je savais comment la soirée finirait. Et eux aussi, sans doute. Ça devait être pour ça qu’ils m’avaient invitée. Je ne vois pas pourquoi autrement. Il me semble que je ne suis pas celle qu’on veut avoir dans une soirée comme ça. Il y avait trop de gens, comme toujours. Plein d’amis à toi, en plus. Il y avait un Allemand avec nous. Stéphane Bouchard, avec son esprit habituel, s’est mis à lui parler de l’Allemagne. Ça devenait vraiment gênant. On aurait dit qu’il s’imaginait que tous les Allemands se sentent coupables. Il essayait de réconforter l’autre, d’être Allemand. Il lui a dit, et je cite : « L’avantage avec la Shoah, c’est qu’au moins, il n’y a plus eu de génocide après! » Ah bon? Je ne savais pas! Il y a eu un silence. En plus, l’autre, il n’était même pas Allemand en fait. Il était Autrichien. L’Allemand, enfin l’Autrichien, je sais plus finalement, s’est mis à parler d’Heiner Müller pour changer de sujet. J’ai tout de suite pensé à toi. Tu te souviens quand on était allés voir Maquina Hamlet, de la troupe d’Argentine au festival il y a sept ans? Avec les mannequins en papier mâché…
Enfin, apparemment, tu t’en souviens. Je dois d’ailleurs te dire que le mannequin dans ta pièce, c’était une réplique moche et sans envergure. Je leur ai justement dit à quel point ta pièce est mauvaise. J’ai dit : La dernière pièce de Philippe Séguin est vraiment pourrie. C’est la pire pièce que j’ai vue. Personne ne te défendait. Ils voulaient que je parle plus. Je pense que c’est la première chose que j’ai dite de la soirée. Il y avait longtemps que quelque chose comme ça était arrivé. Il y avait juste toi qui était comme ça, avant. Évidemment, j’avais bu. Tu sais comment je suis. C’est peut-être pour ça qu’ils me faisaient boire autant, au fond. Je n’avais pas à faire d’effort. Ça venait tout seul. J’ai dit : La dernière pièce de Philippe Séguin est vraiment pourrie. Vincent a souri et il m’a demandé pourquoi. J’en ai profité. J’attendais juste l’occasion pour abattre ta pièce. Dommage que t’étais pas là. Si t’avais été capable de faire abstraction du fait que c’était de ta pièce qu’il s’agissait, je suis sûre que ça t’aurait plu à toi aussi.
Je leur ai dit à quel point c’était triste que tu te mettes à écrire des conneries comme ça, que je ne voyais pas comment une idée pareille avait pu te venir à l’esprit. Ton lyrisme du 11 septembre, on aurait pu s’en passer! Quoi, tu te sentais soudainement exclu de la société et tu as eu envie de faire ta petite contribution, d’ajouter une insignifiance de plus à toutes celles qu’on nous a déjà servies? La critique sociale, ça ne te va vraiment pas. Ça ne va pas à grand monde, mais je croyais que c’était parce que tu le savais que tu n’en faisais pas auparavant. Je pensais que tu te connaissais un peu mieux. Apparemment, non. S’il-te-plait, abstiens-toi la prochaine fois que ça te viendra. Et puis, tout ton petit procédé ridicule de l’adresse à l’absente, les « tu » qui visent à rejoindre le spectateur. Ça ne vient pas nous chercher. Ça fait juste nous dégoûter. On aurait dû s’y attendre avec un titre semblable. À celle qui s’est jetée en bas! Avec le mannequin en papier mâché lancé du haut de l’échafaudage, dans une tentative de climax, et l’autre qui pleure dessus à la fin. Personne n’avait envie de verser une larme de plus. On ne voyait que les larmes baveuses de l’acteur décolorer le papier mâché. Le metteur en scène a fait ce qu’il a pu. Il a beau être brillant, il n’a pas pu tout sauver. C’est même étonnant qu’il ait réussi à trouver un acteur de ce calibre pour jouer ton Bruno.
L’Allemand, ça l’a tout excité d’entendre ça. Je ne sais pas s’il me trouvait drôle ou si ça l’échauffait le récit de scènes ridicules, mais après ça, il ne voulait plus me lâcher. Moi aussi, j’étais mouillée, d’ailleurs. Il m’a traînée dans la salle de bain et il m’a dit de le sucer. Je me suis agenouillée devant lui et j’ai mis sa grosse bite dans ma bouche. Je t’imaginais en train de m’enculer en même temps. Je suis sûre que t’en aurait eu envie si t’avais été là. Je sais que t’aimes ça regarder des bites s’enfoncer en moi. Quoi qu’il en soit, j’avais bien fait de dire tout ça. Il avait une bonne queue. Il m’a envoyé son foutre dans la bouche.
Je ne sais pas si tu me détestes maintenant, mais je suis sûre que tu bandes. Enfin, je voulais te raconter ça avant qu’on t’en parle.
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