Ceux à qui s'adressent ces lettres, ils ne le sauront pas, ils ne le sauront jamais. Je ne suis pas forte sur la correspondance. Quand un amant veut correspondre, il brise tout entre nous. Les seules lettres qui m'intéressent sont celles qu'on n'envoie jamais. Ils peuvent m'envoyer des lettres, mais plus elles sont bonnes, moins je leurs réponds. Les amants qui veulent correspondre désirent toujours des histoires, des descriptions, des fantasmes projetés sur nos corps à distance. Moi, ça me fait chier. Je suis une concrète. Albertine, sans concrétude, ça ne serait pas moi.
Dans cette préface, je décris un peu le projet littéraire autour de ce feuilleton qui se développera de semaine en semaine.
Tout en est à un stade expérimental: le feuilleton, le podcast, l'intégration dans Livejournal, la qualité des MP3...
Préface
Il n'y aura pas de feuilleton aujourd'hui. Je suis une spécialiste des rendez-vous manqués. Voilà bien le thème qui portera L'Avarie des viandes! Je m'adresserai à celles et à ceux qui connaissent cette part de ma personnalité. Je dis m'adresser à eux, mais en réalité, je vous mens. Il faudra vous habituer à ça aussi. Ceux à qui s'adressent ces lettres, ils ne le sauront pas, ils ne le sauront jamais. Je ne suis pas forte sur la correspondance. Quand un amant veut correspondre, il brise tout entre nous. Les seules lettres qui m'intéressent sont celles qu'on n'envoie jamais. Ils peuvent m'envoyer des lettres, mais plus elles sont bonnes, moins je leurs réponds. Les amants qui veulent correspondre désirent toujours des histoires, des descriptions, des fantasmes projetés sur nos corps à distance. Moi, ça me fait chier. Je suis une concrète. Albertine, sans concrétude, ça ne serait pas moi. Aux imbéciles qui oseraient me répondre que la littérature n'est pas concrète, je leur réponds d'emblée que leur naïveté est charmante, mais qu'il n'y a pas un art plus concret que la littérature. Je m'échine à vous le prouvez. J'espère que vous le comprendrez un jour.
Comme je le disais, L'Avarie des viandes portera sur des relations échouées. Par ce feuilleton, je veux rendre mon côté stalker. Je ne suis pas une amante éplorée, je suis une obsédée, mais je ne me fais pas d'illusions quant à la valeur de ces amants-là. J'analyse, je ressasse, je vitupère. J'aime la hargne à long terme. C'est pas très joli, mais c'est comme ça. Le passé d'Albertine n'est pas réglé, il ne le sera jamais — vous l'entendrez sur L'Avarie des viandes. La littérature n'est pas faite pour être jolie. Les épisodes seront baladodiffusés tous les dimanches. Je tâcherai d'être régulière. J'utilise le mot « feuilleton », faute de mieux, mais je dois vous prévenir qu'il n'y aura pas nécessairement de suite précise entre les épisodes. Je suis une entière, moi, pas une sérielle. Je ne crois pas en la linéarité. La vie, pas plus que la bonne littérature, n'a rien de linéaire. L'Avarie des viandes se veut le plus près possible du réel. Vous entendrez tout ça dimanche prochain!
Pour l'instant, je vous offre l'exergue de ce feuilleton, tiré des Lettres portugaises:
« Ne remplissez plus vos lettres de choses inutiles, et ne m'écrivez plus de me souvenir de vous. Je ne puis vous oublier, et je n'oublie pas aussi que vous m'avez fait espérer que vous viendriez passer quelque temps avec moi. »
Pour s'abonner au feuilleton :
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