10 mars 2012 @ 16:48
Les trophées et les trésors  
J'ai un don pour provoquer des malaises. Je peux bien trouver que le terme «malaisant» est affreux. Je suis moi-même tellement malaisante. L'autre jour, je suis sortie avec Vincent, un ami de l'école secondaire. Il m'avait proposé sur Facebook de faire quelque chose avec nos anciens compagnons. Je déteste ce genre de réunion. J'ai fini par céder pour lui faire plaisir. Je n'avais rien de mieux à faire et j'étais un peu curieuse. Il me proposait de venir me chercher en auto à Montréal. Nous sommes allés dans un café de l'affreuse banlieue de notre enfance. Un Tim Hortons! Il n'y a pas réellement d'autres endroits où sortir en gang près de chez mes géniteurs. Nous étions six. À un moment de la soirée, ils se sont mis à parler des douch et des douchettes. J'étais un peu gênée, parce qu'à mes yeux, mes vieux camarades ne sont pas très loin de faire partie de cette catégorie peu flatteuse avec leur maison en banlieue et leur 4X4. Je n'ai rien dit, je ne voulais pas faire ma snob de la grande ville. La discussion tournait autour du fait que les douchettes sont ben belles, mais qu'on ne peut absolument pas leur faire confiance. Elles sont, selon eux, à la fois cruches et mesquines. Vincent s'est exclamé : «Les douchettes sont un trophée, mais pas un trésor. Moi, je recherche la perle rare.» Il me considérait visiblement comme une candidate dans la catégorie des femmes précieuses. J'ai détourné les yeux. Juste ciel!

Poursuivant la discussion à haute teneur en clichés, Sophie, une de mes anciennes amies à qui je ne parle plus depuis longtemps, s'est exclamée : «Les douchettes sont des filles faciles, tout le monde peut les avoir, tandis qu'une vraie femme, il faut travailler fort pour l'amener dans son lit.» Depuis le début de cette petite soirée, je marchais sur des oeufs. Je pouvais bien mentir et prétendre que le café de leur Tim chéri ne goûtait pas la marde pour m'intégrer dans le groupe, mais là, je n'avais plus le choix de réagir. Je me suis exclamée : «Moi, je suis une fille facile! J'en suis fière». Silence. J'avais parlé trop fort, tout le Tim me regardait! Le malaise était gigantesque. J'ai ajouté pour le show : «Ben oui, vous avez bien entendu, je suis une fille facile, on peut m'avoir aisément dans son lit! Ça ne fait toutefois pas de moi un déchet. Revenez-en, tabarnak! Criss, c'est le fun, le sexe. Moi j'aime ça!» J'ai cogné avec mon poing sur la table pour rendre mon discours plus percutant. Ce n'était pas une bonne idée. La table n'était pas très solide. Un café a été renversé. Paniqués, ils se sont mis à éponger mon dégât. 

Sophie, qui n'a de toute évidence pas fourré depuis des lustres, me regardait avec un mépris à glacer le sang. «On le sait bien, Albertine, t'as toujours été une pute». La guerre était officiellement déclarée.  «Pute? C'est trop d'honneur. Je n'ai jamais reçu d'argent. Si les douchettes sont des filles faciles, les douch, comme vous dites, eux, ils sont quoi?  Des tombeurs ou des gars faciles ?» Ils ont fait comme si je n'avais pas parlé. Un par un, ils sont mis à énumérer mes anciennes conquêtes du secondaire. Ça devenait complètement débile. «T'as pas couché avec Séguin?» «Lalonde, tu es sortie avec, non?» «Avais-tu fréquenté Marc ? Je ne m'en souviens plus» «Ah oui, c'est toi, Albertine qui m'avait dit que Nicolas avait une petite queue!» La liste de mes amants s'allongeait. Vincent s'est retourné vers moi en souriant. Comme s'il venait de s'ouvrir les yeux pour la première fois, il s'est écrié : «Tu as bien raison, Al. C'est vrai que t'es facile. Tu couchais même avec des filles! Tu n'avais pas couché avec la gouine, tsé là, Stéphanie? Baises-tu encore des filles?» L'occasion était trop belle. J'ai répondu en m'adressant à Sophie : «Ben oui, je couche encore avec des filles. Ça t'intéresse?». Je lui ai fait un clin d'oeil. Elle était vraiment folle de rage, elle est sortie du Tim en traînant nos anciens camarades. Je suis restée seule avec Vincent et les deux, trois vieux messieurs qui me lançaient des regards lubriques. «Bon Vincent, allons fourrer!» Je l'ai poussé à l'extérieur du café.      
 
 
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(anonyme) on le 16 mars 2012 01:42 (UTC)
avec un clin d’œil, bien entendu, et sans mépris...

É.d.V.