Il y a quelques jours, j'étais invitée chez une de mes bien chères amies. Je n'étais jamais allée chez elle et je devinais déjà ce qui m'attendait. J'étais persuadée qu'elle allait me faire le coup de la générosité autoritaire. Elle le fait toujours un peu, mais là, je me disais que ça deviendrait intense. Elle veut tellement tout donner, tout partager, qu'elle se met à pousser les choses d'un geste ferme et brusque devant moi. Je n'ai plus le choix de tout accepter. Ça ne me dérange pas. Ce qui me gêne un peu; c'est que je deviens paralysée et je me sens bête. Au fond, c'est un geste nerveux. Elle passe sa nervosité dans cette générosité un peu brutale. Je le sens trop fort, ça me rend nerveuse à mon tour. Moi, j'exprime cette fête des nerfs différemment, je me retire, je me recule un peu, parce que sinon j'aurais peur de perdre le contrôle. Avant de sonner à sa porte, je me suis donc préparée physiologiquement. Je voulais atténuer mes malaises. Des fois, ça me prend, l'envie d'être une fille easy going! Je rêve d'être détendue, décontractée. Bah! On peut rêver! C'est comme vouloir remporter à la loto. Ça n'arrive jamais! C'est comme espérer que le mec avec le gros pénis délicieux ne soit pas trop con. Ça n'arrive jamais!
Évidemment j'avais vu juste! Elle m'a fait une scène de la générosité autoritaire comme je n'en avais jamais vue auparavant. Je me suis vite rendu compte que je n'étais pas si gênée que ça. Au début, j'étais un peu fière d'avoir tout vu d'avance. Passé ce petit plaisir narcissique sans grand intérêt, j'étais seulement fascinée. Je me demandais jusqu'où elle allait aller, si ça arrêterait à un moment. Je me disais qu'elle devait avoir assez d'énergie pour maintenir le rythme longtemps. Elle ne m'a pas déçue. Quand la générosité autoritaire débute, ça ne se termine pas de sitôt. Peu à peu, on s'y fait. On arrive à réagir selon son beat effréné! Après tout, je sais bien d'où vient cette frénésie qui l'amène à donner presque de force. De nos jours, il faut se vendre tout le temps. Pas juste pour des emplois. Il faut se vendre aussi dans les relations personnelles, dans les relations amoureuses... Dans tout! Vraiment. Les gens ne sont pas gênés de leur vénalité, ils n'ont pas honte! Oh non, pas du tout. La honte, ça, vraiment, ils ne connaissent même pas le sens de ce mot. Mon amie, elle donnerait pour mille si elle pouvait, elle donne comme si sa vie en dépendait. Et en réalité, peut-être, que sa vie en dépend un peu pour vrai. Les imbéciles pensent que de se vendre au plus offrant, parfois même au moins offrant, pourra assurer leur survie. Ils peuvent continuer à le penser. Moi, je crois que c'est tout le contraire. Je suis une fille de la dépense après tout! Je crois que de refuser de se vendre et donner autant qu'on peut, ça doit bien aider encore plus à respirer librement. Je veux de l'air moi aussi, je préfère tout donner que de me vendre.
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