Quand mon homme parle longuement de politique ou de philosophie, il adopte toujours la même posture. Il se recule sur sa chaise, plie son long corps qui ne semble jamais se terminer, baisse un peu la tête. Dans ces moments-là, on ne le voit plus. Sa casquette cache son visage. Il se recule, se replie, comme s'il allait se lancer dans un long parcours. Le garçon à peine adulte s'installe tel un sprinteur de la pensée! Quelle image! De la pure poésie! J'espère que vous appréciez. Je vous dirais que je suis moi-même assez impressionnée de l'image. Je blague. En réalité, j'allais l'effacer et puis je me suis dit que je pouvais seulement faire du sarcasme pour m'en sortir! N'empêche que c'est ce qu'il fait! Il ne s'installe jamais de cette façon avec moi, même lorsque nous discutons de politique ou de philosophie. J'aime donc l'observer avec les autres. Il a sa mise en scène pour son public. Je ne blague pas en parlant de son public. L'autre jour, je me suis rendue compte de son effet sur les autres. Il a un fort effet sur moi, bien sûr! Je ne savais pas à quel point il pouvait en avoir un sur les autres.
Les deux jeunes hommes sont arrivés pour s'asseoir à côté de lui. Nous étions dans un bar. J'étais déjà occupée ailleurs avec Hélène. Même si j'avais été seule au bras de notre homme, je ne crois pas qu'ils m'auraient parlé. Ou sinon juste un peu pour s'attirer la sympathie de mon homme. Ils le voulaient tout entier. Ils parlaient un peu d'eux, mais essayaient d'aller le chercher en lançant les unes après les autres de grandes questions politiques susceptibles de l'interpeller. Pour répondre à chaque question, il prenait sa posture habituelle et se mettait à parler. Il devient tellement concentré qu'il se met à penser avec eux. Il parle de façon calme, se laisse aller aux risques de la réflexion et s'en sort avec brio. Même si nous partageons une même rage, il discute intellectuellement tout en étant si posé. Je ne suis pas capable de parler comme lui. Hélène non plus. Nous sommes identiques toutes les deux là-dessus. Je précipite tout, je parle toujours trop vite et nerveusement. Parfois trop fort. Je pense aussi tout en parlant, mais ça se reflète directement sur mon discours. On voit aisément tout ce qui m'habite. Chez lui, tout sort complètement construit. Il parvient à restituer aux idées toute leur complexité avec douceur et maîtrise.
Je me disais que les deux jeunes hommes aimaient bien mon homme, comme ça arrive souvent, en fait. Il y a des gens comme ça, spontanément aimés de tous. Nous sommes également en ce point assez contraires: alors que je suscite d'entrée de jeu le malaise, la méfiance, la peur voire l'hostilité, le garçon à peine adulte attire spontanément l'affection de tout un chacun. Je comprenais d'ailleurs bien les jeunes hommes! Je ne pensais juste pas qu'ils me comprenaient eux aussi sur ce point. Le téléphone d'un des deux a sonné pendant la conversation. En répondant, il a passé la main dans les cheveux de mon homme. De son cou jusqu'à sa casquette avec affection! Hey, le jeune, c'est moi qui couche avec lui! J'étais auprès d'Hélène, entre Hélène et lui pour être plus précise. Ils ne devaient pas penser que je couchais aussi avec lui. Hélène n'avait pas vu. Elle était beaucoup plus loin de la scène que moi. Ils ont recommencé leur conversation comme si rien n'était.
À la fin de la soirée, le garçon à peine adulte s'est tourné vers nous, l'air perplexe: « Il s'est passé quelque chose de bizarre tout à l'heure... » Il nous a ensuite raconté la scène, que j'avais observée. Hélène, qui n'avait été témoin de rien, s'est exclamée: « Ahhhhhh! Tu t'es fait cruiser par un homme! » Réjouies toutes les deux par la perspective qu'un homme soit tenté par ce charmant petit cul qui nous est cher, nous avons dit: « Tu aurais dû lui donner notre numéro de téléphone! Tu aurais dû l'inviter! » Il a grimacé: « Les filles, arrêtez, ce gars-là est fan de la révolution culturelle! » Ce détail nous importait peu: « Et puis après?! »
Les deux jeunes hommes sont arrivés pour s'asseoir à côté de lui. Nous étions dans un bar. J'étais déjà occupée ailleurs avec Hélène. Même si j'avais été seule au bras de notre homme, je ne crois pas qu'ils m'auraient parlé. Ou sinon juste un peu pour s'attirer la sympathie de mon homme. Ils le voulaient tout entier. Ils parlaient un peu d'eux, mais essayaient d'aller le chercher en lançant les unes après les autres de grandes questions politiques susceptibles de l'interpeller. Pour répondre à chaque question, il prenait sa posture habituelle et se mettait à parler. Il devient tellement concentré qu'il se met à penser avec eux. Il parle de façon calme, se laisse aller aux risques de la réflexion et s'en sort avec brio. Même si nous partageons une même rage, il discute intellectuellement tout en étant si posé. Je ne suis pas capable de parler comme lui. Hélène non plus. Nous sommes identiques toutes les deux là-dessus. Je précipite tout, je parle toujours trop vite et nerveusement. Parfois trop fort. Je pense aussi tout en parlant, mais ça se reflète directement sur mon discours. On voit aisément tout ce qui m'habite. Chez lui, tout sort complètement construit. Il parvient à restituer aux idées toute leur complexité avec douceur et maîtrise.
Je me disais que les deux jeunes hommes aimaient bien mon homme, comme ça arrive souvent, en fait. Il y a des gens comme ça, spontanément aimés de tous. Nous sommes également en ce point assez contraires: alors que je suscite d'entrée de jeu le malaise, la méfiance, la peur voire l'hostilité, le garçon à peine adulte attire spontanément l'affection de tout un chacun. Je comprenais d'ailleurs bien les jeunes hommes! Je ne pensais juste pas qu'ils me comprenaient eux aussi sur ce point. Le téléphone d'un des deux a sonné pendant la conversation. En répondant, il a passé la main dans les cheveux de mon homme. De son cou jusqu'à sa casquette avec affection! Hey, le jeune, c'est moi qui couche avec lui! J'étais auprès d'Hélène, entre Hélène et lui pour être plus précise. Ils ne devaient pas penser que je couchais aussi avec lui. Hélène n'avait pas vu. Elle était beaucoup plus loin de la scène que moi. Ils ont recommencé leur conversation comme si rien n'était.
À la fin de la soirée, le garçon à peine adulte s'est tourné vers nous, l'air perplexe: « Il s'est passé quelque chose de bizarre tout à l'heure... » Il nous a ensuite raconté la scène, que j'avais observée. Hélène, qui n'avait été témoin de rien, s'est exclamée: « Ahhhhhh! Tu t'es fait cruiser par un homme! » Réjouies toutes les deux par la perspective qu'un homme soit tenté par ce charmant petit cul qui nous est cher, nous avons dit: « Tu aurais dû lui donner notre numéro de téléphone! Tu aurais dû l'inviter! » Il a grimacé: « Les filles, arrêtez, ce gars-là est fan de la révolution culturelle! » Ce détail nous importait peu: « Et puis après?! »
Musique actuelle: David Bowie - Ziggy Stardust
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