Albertine Bouquet
26 mai 2012 @ 16:42
Je ne parle pas assez souvent à mon goût de littérature ici. Je me dis qu'on sait bien que je lis tout le temps, j'aurais peur de devenir emmerdante si je racontais tout ce que je lis et tout ce que je pense. Ces jours-ci, en plus, je fume trop de pot. Ça m'aide à lire très longtemps, mais ça m'empêche de baiser. Oh j'exagère, ça ne m'empêche pas de fourrer, ça m'empêche en fait de jouir décemment et ça me met en beau fusil! J'ai envie de sexe continuellement et je m'en prive à cause de la drogue. N'importe quoi! Néanmoins, grâce au pot, je viens de terminer Soifs de Marie-Claire Blais que j'essaie de lire depuis si longtemps. Je ne parlerai pas réellement de cette lecture puisque je me sens bien petite à côté de ce livre d'une telle complexité, que j'ai eu tant de mal à lire parce qu'il est trop extraordinaire et parce que j'avais toujours un peu l'impression de le gâcher. Il suffit de lever les yeux deux secondes du livre pour avoir l'impression de passer à côté de tous les détails. 

Dans Soifs, il y a de grandes et puissantes charges féministes. Il y a aussi de grandes et puissantes réflexions sur toutes les violences du monde, mais disons que pour ce bref commentaire, je me concentrerai sur les passages féministes. On y raconte, par exemple, des viols. En lisant ces pages, je me suis rappelée de la première fois où j'ai compris c'était quoi un viol. Avant d'avoir saisi par moi-même ce que signifiait ce mot, on m'avait prise autrefois pour une adolescente violée. M. et Mme Bouquet m'avaient inscrite dans les Jeannettes quand j'avais autour de 10 ans. Eh oui, un jour, Albertine fut membre à part entière de ce grand mouvement mondial qu'est le scoutisme! Qui l'eût cru?! Mes monitrices de Jeannettes étaient des femmes odieuses. Moi, j'étais une petite fille agressive qui avait bien envie de se payer la tête de ces femmes débiles. Je disais toujours les pires niaiseries pour faire rigoler mes consoeurs. Ça fonctionnait très bien! En peu de temps, plusieurs Jeannettes appréciaient mon petit show narcissique. J'étais aussi devenue rapidement le bouc émissaire. J'étais celle que ses camarades liquidaient à la première occasion pour avoir pour elles seules l'affection des monitrices. Je me laissais faire. Ça ne me dérangeait de subir les foudres de ces connes, j'acceptais leurs punitions avec le sourire et j'écoutais leur sermon idiot jusqu'à la fin. Mais un jour, les monitrices ne sachant vraiment plus quoi de faire de l'odieuse petite fille que j'étais, elles ont décidé de m'inventer une vie, à leurs yeux, misérable. Ces épaisses ont appelé Mme Bouquet pour lui dire que sa petite Albertine avait des troubles de comportement récurrents qui ne pouvaient qu'être le résultat d'un viol. 

Ma mère ne m'en a pas parlé. Elle a vécu de nombreux mois en m'épiant et en se demandant si j'avais été violée. J'étais inconsciente du drame que vivait ma mère. Un jour, je suis rentrée des scouts en pleurant parce que mes monitrices avaient refusé de me donner ma badge d'astronomie pour une recherche sur les constellations que j'avais montée pendant des mois. Dans une grande scène de colère, j'ai révélé à ma mère dans les mains de quelles idiotes elle me laissait semaine après semaine. Je lui ai avoué que j'étais, de plus en plus, l'exclue du groupe. J'étais passée de la petite vedette, leader charismatique, à l'indésirable et au monstre absolu. Ma mère m'a alors tout raconté. Elle m'a expliqué que mes monitrices lui avaient dit que j'avais été violée. Je lui ai répondu que je ne pensais pas avoir été violée, même si je ne comprenais pas exactement ce que ça voulait dire. J'ai lu, plus tard, plusieurs romans qui racontaient des viols en essayant de comprendre. Ce n'est qu'en lisant La maison aux esprits d'Isabel Allende que j'ai tout saisi. J'ai découvert que le viol était une affaire de pouvoir, et non de désir sexuel comme on l'affirme effrontément pour protéger les agresseurs, qui consiste à humilier une femme pour la faire taire et pour l'empêcher de vivre. En m'imaginant un passé d'adolescente violée, mes monitrices, victimes de mes moqueries et de ma cruauté, désiraient faire de moi une adolescente symboliquement humiliée, une adolescente qui n'aurait plus le choix de se taire et de prendre son trou.

Après que Mme Bouquet m'ait révélée ce qui se tramait dans mon dos, j'ai quitté les Jeannettes en souhaitant à mes monitrices de se faire pendre avec leurs noeuds coulants ou en les imaginant mourir brûlées dans leurs tentes. À partir de ce jour-là, je crois que quelque chose s'est réellement brisé en moi. Elles avaient bien réussies leur coup, les salopes! Dans La maison aux esprits, si ma mémoire est bonne, l'agresseur est un propriétaire terrien. Il a fait construire l'école et l'église du village, il donne des emplois dans ses champs à tous les habitants. Puisque tout lui appartient, la nuit il passe violer les mères et les adolescentes de maison de maison. Le village entier dépend de lui, rien ne peut l'arrêter. Dans un roman comme Soifs qui saisit à-bras-le-corps toutes les formes de violence, on voit précisément de quelle manière celles-ci s'inscrivent entre autres dans les femmes, qu'elles aient été violées littéralement ou symboliquement.

En ce moment, une grande grève étudiante fait rage dans tout le Québec. Plusieurs personnes découvrent la brutalité policière comme une réalité nouvelle. Elle ne date pourtant pas d'hier. Les policiers peuvent, notamment, se défouler sur les femmes, s'ils le désirent, et ainsi les faire payer pour celles qui leur ont brisé le coeur. Toutes les nuits, je suis tourmentée en songeant à toutes les femmes symboliquement violées par les jets de poivre de Cayenne des policiers qui les couvrent de la tête aux pieds. Je pense aux primates en armure qui se jettent à cinq sur une femme toute minuscule pour la plaquer au sol. Je me réveille en pensant à toutes les combattantes anonymes qui se feront traiter de garce dans les autobus alors qu'elles sont à la merci des agents de la paix. Soyez courageuses, les filles! Notre vengeance approche.      


 
 
Albertine Bouquet
13 mai 2012 @ 13:46

À peu près tout le monde connaît l'histoire: jeudi dernier, des bombes fumigènes ont été lancées dans le métro de Montréal, provoquant la paralysie du métro pendant deux heures. Rapidement, puisqu'on vit là où il ne se passe jamais rien (ou devrais-je dire: ne se passait rien, peut-être, qui sait), dans ce pays que Wajdi Mouawad avait décrit si justement comme monstrueusement en paix, les journalistes en ont fait une grosse histoire et une chasse aux sorcières s'est rapidement déclenchée. Heureusement, un honnête citoyen avait, paraît-il, filmé l'affaire, et des images de quatre jeunes gens ont commencé à circuler: trois femmes, deux dont on voyait très bien le visage, et un homme à l'improbable poncho. Sans expliquer ce qui permettait de penser qu'il s'agissait des coupables, la police a demandé la collaboration du public. Et puisque les collabos dans l'âme sont nombreux, les présumés coupables, traités d'entrée de jeu comme des coupables par les charognards, ont été dénoncés (allez savoir si c'est par de simples connaissances, des amis, des adversaires politiques ou de prétendus alliés) et les noms des présumés coupables, traités comme des coupables, ont commencé à circuler. Grâce aux bons soins de La Presse et de LCN, on a même su et vu où habitaient deux des présumés coupables. Les accusations de terrorisme, vomies d'abord par les démagos en chef, puis recrachées bêtement par les impuissants qui ne pardonneront jamais qu'on dérange leur osti de confort de marde et préféreront toujours s'en prendre à ceux qui défendent un monde plus juste qu'à ceux qui les écrasent, ont inondé tous les réseaux. 

Constatant l'ampleur de la violence des réactions, j'ai d'abord été étonnée, puis j'ai eu envie de crever. Mais il y a quelque chose qui m'a étonnée encore davantage et qui a fini par m'insuffler la colère suffisante pour sortir de mon désespoir. Les journalistes de TVA, ne reculant devant aucune limite que pourrait imposer la simple décence, sont allés interroger la famille d'une des présumées coupables, sur le même mode qu'ils s'étaient lancés sur la mère de Kimveer Gill, sur le mode «Mais mon Dieu, comment vous sentez-vous d'avoir un enfant si monstrueux qui a commis une horreur pareille?!?!» Et bien sûr, la famille, vulnérable, est tombée dans le panneau. Le grand-père pleurait et la mère de la jeune femme a déclaré: «C'était une jeune fille si studieuse! Elle a forcément été influencée!»

Tabarnak! Si un jour je commets une action explosive et que Madame Bouquet dit une telle chose, je la renie! Oh bien sûr, elle serait d'abord surprise. Rien ne lui permet de présager que sa belle petite Albertine pose un tel geste. Mais il me semble qu'elle finirait bien par se dire que, au fond, ce n'est pas si étonnant, que c'est bien moi, Albertine qui ai pu faire ça, elle ne me dépossèderait pas de mon geste.

Puisque c'est bien ça que la mère de la jeune femme a fait, la déposséder de son geste, avec les meilleures intentions du monde, bien sûr, ce qui pourtant n'excuse rien. Déposséder quelqu'un de son geste, c'est même pire que de l'insulter ou de le menacer. Que te reste-t-il quand il ne te reste plus tes gestes?

On sait bien, une jeune femme ne peut qu'être influencée! C'est sûr que c'est la faute du gars à l'improbable poncho, seul mâle de la gang! Une jeune femme ne peut pas participer à une action pareille de son propre gré! Encore moins l'orchestrer! C'est ce qu'elle doit se dire, sa mère. Mais crisse, qu'est-ce qu'on en sait? Peut-être bien que c'est cette jeune fille jadis (!) si studieuse est le cerveau de l'affaire! 

Tout ce qu'on sait, c'est que cette jeune femme, comme ses compagnes de lutte, n'a pas fini de se faire traiter de folle, parce qu'une femme qui lutte, une femme qui crie, une femme qui passe à l'action, c'est toujours une folle. Je l'ai bien vu à la manif féministe à laquelle je suis allée l'autre jour. Il m'était arrivé de voir de l'hostilité à l'égard de manifestants dans d'autres manifs, mais un tel mépris et une telle façon de gesticuler ou de s'exclamer «Osties de folles», ce n'est toujours que dirigé envers les femmes.

 
 
Musique actuelle: Chostakovitch - Quatuor à cordes no. 8, op. 110
 
 
Albertine Bouquet
25 avril 2012 @ 14:47


« Passive, rattle-headed Daddy's Girl, ever eager for approval, for a pat on the head, for the "respect" if any passing piece of garbage, is easily reduced to Mama, mindless ministrator to physical needs, soother of the weary, apey brow, booster of the tiny ego, appreciator of the contemptible, a hot water bottle with tits. » Valerie Solanas, SCUM manifesto

Je n'ai aucune pitié pour les filles du père promptes à chier sur leurs consœurs pour conserver leur place parmi les hommes! Par chance, je n'ai jamais passé même proche d'être une fille du père. Puisque cette réalité m'échappait complètement, j'ai mis du temps à comprendre ce qu'était une daddy's girl. Je n'ai pas saisi, non plus, immédiatement pourquoi je n'en étais pas une. J'ai toujours été pour M. Bouquet une femme dangereuse qu'il aimait autant qu'il redoutait. Ça m'a sauvée! Si le concept existe, je suppose que je suis une fille de la mère. L'amour entre Mme Bouquet et moi se construit à travers une transmission de force et d'indépendance. Plus je suis méchante et impitoyable comme elle, plus je suis digne d'être sa progéniture. La fille de la mère sait dès le début de sa vie que sa mère veut à tout prix être renversée et dépassée. En effet, pour ma génitrice, sa grande fierté est de me voir plus intelligente et puissante qu'elle. J'ai entendu quelques fois ma mère confier avec bonheur à ses amies, alors qu'elle me croyait endormie, que j'étais une rebelle. Si la daddy's girl reconduit une histoire de la passivité et de la soumission, la fille de la mère s'inscrit dans une histoire de la rivalité et du renversement. 

Mon anarchiste préféré est arrivé chez moi hier complètement vidé. Il revenait d'une assemblée générale où des universitaires, fiers de reconduire les horreurs du patriarcat mais conscients qu'ils doivent faire semblant d'être progressistes, avaient convoqué des féministes pour leur expliquer de quelle manière ils pourraient rendre leur assemblée plus sensible à la question des femmes. Les jeunes féministes, dans cette assemblée d'hommes penseurs et de daddy's girls étudiantes en philosophie, ont témoigné d'emblée une certaine colère face à leur mission. Une d'elles a osé dire qu'elle ne comprenait pourquoi les féministes devaient toujours venir s'expliquer, alors que le patriarcat dominait tout sans avoir de compte à rendre. Devant cette réalité incontestable - eh oui, c'est forcément injuste que les féministes doivent s'expliquer tout le temps -, la procession d'hommes cultivés qui bandent sur le grand génie masculin blanc et mort - Kant, Hegel et Heidegger - furent froissés. Les hommes penseurs, soi-disant féministes, se sentaient petits dans leurs culottes. Les daddy's girls, toujours au service des couilles menacées, ont pris la défense de leurs collègues masculins contre leurs consoeurs. Les courageuses féministes ont donc dû expliquer les principes de la féminisation de la langue, des tours au micro homme-femme dans les assemblées et des comités non-mixtes devant cette assemblée hostile. Mon anarchiste préféré rageait en voyant ce spectacle dégoûtant. Il a pris un peu la parole pour défendre les féministes, mais il était conscient d'être l'homme qui défend les femmes alors que ce sont les femmes de l'assemblée qui auraient dû se lever d'un seul bloc pour défendre leurs consoeurs.  

Dans son manifeste, Valerie Solanas conteste le concept de l'envie du pénis. L'homme philosophe aimerait tellement être une femme brillante (pussy envy) qu'il doit assassiner toutes celles qu'il rencontre avec la complicité des filles du père. 
 
 
Albertine Bouquet
23 avril 2012 @ 14:23

Pour bien connaître son époque, l'un des moyens les plus instructifs est de regarder la télé, plus encore, les quiz populaires. Un des trucs qui a la cote dans les quiz ces temps-ci, c'est les artistes qui offrent leur gain à une oeuvre charité. Je suis fascinée par le choix des causes parrainées. Une observation se voit constamment confirmée: la dichotomie entre les artistes «grand public» et ceux qui oeuvrent dans des sphères plus restreintes, comme le théâtre. Les rejetons de Star Académie ou les grandes vedettes de la télé versent presque toujours leurs dons à des causes qui concernent les enfants, que ce soit Rêves d'enfants, Le Club des petits-déjeuners ou Opération Enfant Soleil alors que les artistes de théâtre se tournent plutôt vers les véritables marginaux, les itinérants, les femmes battues, vers des adultes en difficulté, quoi.

Ça va de soi que les académiciens et cie, que les artisans du Spectacle aiment les enfants! C'est tellement cute, un enfant! Alors que les itinérants, ça pue, et que les femmes battues, ce n'est pas beau à voir et qu'elles nous rappellent constamment que tout est loin d'être gagné pour les femmes... Je ne dis pas qu'on ne devrait pas donner aux causes qui concernent les enfants. On ne peut que se révolter, et à juste titre, à l'idée qu'un enfant soit malade. On devrait cependant se méfier de la séduction qu'exerce l'image de l'enfant malade ou de l'enfant pauvre.

D'abord parce que derrière l'idée de l'innocence de l'enfant se cache celle de la culpabilité des adultes. Chacun est convaincu plus ou moins secrètement que les adultes sont tous un tant soit peu coupables et c'est pour ça que l'idée de l'innocence des enfants nous attendrit tant et nous révolte. Comment un innocent peut-il souffrir? En revanche, il est réconfortant au fond de penser que tous les adultes sont un peu coupables, ça nous rend les injustices plus tolérables. Mais moi je refuse de croire en cette division entre innocents et coupables, je refuse de m'accommoder de la douleur d'autrui, adulte ou enfant!

Ensuite parce que les causes qui concernent les enfants nient d'une façon inquiétante la réalité dans laquelle ils vivent. Ça nous dérange l'idée des petits bedons vides le matin! Et j'imagine que le fait de donner un petit-déjeuner à un enfant l'aide un peu à mieux apprendre, mais si ses parents n'ont pas la capacité de l'aider dans son apprentissage parce qu'ils sont eux-mêmes tellement dans la marde, ça ne change pas grand chose qu'on remplisse leurs petits bedons le matin, ça nous fait seulement du bien à nous qui donnons. Et c'est d'ailleurs pourquoi la fondation du Dr. Julien fait classe à part, parce qu'il ne nie aucunement ce contexte et qu'il ose travailler avec ceux que notre société exècre: les parents inadéquats.

*****
Tout ça m'amène à mon autre irritation du moment. Je serai brève.

S'il y a une chose que je déteste en littérature, c'est bien l'ostie de narrateur enfant! On pense présenter la réalité d'une façon nouvelle en l'évoquant à travers le regard de l'enfant, mais, en vérité, on ne fait que la représenter à travers le prisme des pires clichés qui concernent l'enfant, l'innocence, la capacité d'émerveillement, la cruauté, etc. C'est tellement plus charmant le regard d'un enfant, même dans la cruauté, que celui d'un adulte qui vit une crisse de vie plate, comme la majorité des adultes. Et puis le style du narrateur enfant est toujours gossant, des tites phrases courtes, des néologismes mignons. Ça me met en beau fusil!

 
 
Albertine Bouquet
02 avril 2012 @ 10:45
Hier, c'était le poisson d'avril! Ben oui, criss de journée du cul! Moi, c'est ben simple, je ferme la télé et l'internet. Ça m'enrage trop. Je déteste l'idée de piéger des gens qui prennent les choses trop au sérieux. Le poisson d'avril, c'est la grande journée de réjouissance des cyniques. Ils peuvent se moquer à coeur joie des gens graves. Ils sont tellement originaux d'être sceptiques! Ils sont tellement uniques! Euh... wow... réveille, le cave, tout le monde aime se croire Thomas! En fait, le vrai problème, c'est que les supposés sceptiques ne le sont pas du tout. Ils n'ont rien de commun avec l'apôtre incrédule. Ils se targuent de l'être à grand bruit lorsqu'ils relèvent une petite incohérence dans un discours, mais ils sont complètement dupés chaque jour par des idéologies dangereuses qui les dévorent complètement.  

Le poisson d'avril, ça pourrait être drôle, si notre monde n'était pas rempli d'absurdités. Toute l'année, lorsque j'ouvre mon journal, j'ai l'impression que nous sommes le premier avril tant je lis des nouvelles qui parviennent à me surprendre. Je ne suis pourtant pas une personne très portée sur l'optimisme. J'imagine constamment le pire et pourtant dans le journal, j'arrive encore à lire le pire du pire. L'autre jour, je regardais V télé. J'étais brainless et évachée sur mon divan. C'était Duo. Un quiz avec des personnalités québécoises. L'animatrice a demandé aux concurrents : « Première affirmation : On peut guérir de la maladie par la pensée. Vrai ou faux ? » Tout d'un coup, je me suis redressée et j'ai retrouvé toutes mes facultés intellectuelles. Je répétais dans mon salon : «Non, non, non... Ils ne vont pas répondre vrai. Dites-moi qu'il ne vont pas répondre vrai...» Le pire est arrivé : tous les participants ont répondu vrai!! Ils se sentaient tous un peu rebelles de défendre cette position controversée. Allez dire ça aux mourants du cancer, bande de débiles légers!!!! Pour les Thomas, l'extrait est disponible en ligne

J'ai écrit récemment à propos de la pensée positive. C'est la même idéologie pseudo-ésotérique qui fait croire à nos personnalités québécoises que la pensée peut guérir les maladies. Si on suit leur raisonnement, ça veut dire que ceux qui meurent de maladie n'ont pas assez pensé assez fort ou assez positif... Tabarnak! M. et Mme Bouquet possèdent un livre qui défend ces idées délirantes. C'est comme un dictionnaire avec toutes les maladies. Il faut chercher sa maladie dans le livre et copier les phrases qui s'y trouvent. On doit réciter les phrases de pensée positive et les coller dans les miroirs de notre maison pour les lire chaque matin en se brossant les dents ou en se maquillant. À mon grand désespoir, mes géniteurs y croient très fort. J'ai passé mon adolescence dans une maison de banlieue remplie de petits mémos avec des pensées positives. L'horreur! Un jour, je n'étais plus capable. J'ai arrêté de me regarder dans les miroirs des salles communes et j'en ai installé un dans ma chambre. Sinon j'allais sortir mon bat de baseball pour les péter! 

Lorsque j'étais enfant, M. et Mme Bouquet me traînaient de force à l'église chaque semaine, je vous en ai déjà parlé. Ce que vous ne savez pas c'est que pendant quelques années, je fus moi aussi une fervente croyante. Je priais chaque soir avant de m'endormir. Un jour, je suis tombée amoureuse d'un garçon populaire. Je ne l'aimais pas parce qu'il était populaire mais parce qu'il traînait toujours avec lui un livre. Il ne m'en fallait pas plus pour être férocement éprise de lui. En plus d'être croyante, j'ai aussi déjà été romantique. J'avais à tout le moins assez de lucidité pour sentir que nous n'avions rien en commun et qu'il ne serait pas celui avec qui je partagerais mes premiers échanges de fluide. Mais un jour, je suis tombée dans le journal sur des prières à Marie. Je devais répéter un certain nombre de fois pendant un certain nombre de jours des « Je vous salue Marie » pour que mon souhait soit exaucé, puis, lorsqu'il serait exaucé, publier une annonce dans le journal. Je me suis dit que j'allais tenter de forcer les choses et prier la Vierge Marie. Après tout, il n'était pas précisé dans les annonces en remerciement pour les grâces accordées que la Sainte Vierge ne pouvait pas aider les jeunes filles à se faire dépuceler par l'élu de leur coeur.  J'ai décidé de tenter ma chance. Je n'ai jamais eu à publier d'annonce pour exprimer à Marie ma gratitude d'avoir exaucé mon voeu. Un destin beaucoup plus important m'attendait! C'en était fait pour moi de la pensée positive. Peu de temps après, je me suis convertie au bouddhisme pour ne plus devoir aller à l'église. M. et Mme Bouquet ont fini, quant à eux, par troquer le christiannisme pour l'ésotérisme, la pensée positive sans le riche bagage culturel qui accompagnait le christianisme. Pas de danger que l'ésotérisme inspire des oeuvres aussi fortes que le christianisme! À une exception près.

J'ai regardé à nouveau Twin Peaks récemment. J'en ai parlé un peu ici. En y repensant, je sais pourquoi j'aime tant cette série : « Twin Peaks, c'est de l'ésotérisme intelligent!! » Oui, ça se peut! Et c'est drôle, mais quand l'ésotérisme est intelligent, c'est le mal qui ressort. Mon anarchiste préféré dit qu'un croyant conséquent doit absolument croire aussi à Satan en plus de croire à Dieu. Je pense qu'il a raison. Dans le même esprit, j'affirme que les ésotériques doivent absolument croire à la White Lodge et à la Black Lodge. On ne peut pas adhérer à un des deux seulement.   
 
 
Musique actuelle: Lisa Leblanc - Chanson d'une rouspéteuse
 
 
Albertine Bouquet
12 mars 2012 @ 10:52
J'ai regardé hier soir le gala des Jutra en direct à la télé. Hélène était surprise de me trouver en pyjama sur mon divan. Je n'ai plus besoin de squatter chez elle pour me river au petit écran. M. et Mme Bouquet m'ont acheté une antenne numérique à Noël. Wah! La belle Hélène a pu aussi me découvrir sentimentale. Les remerciements me tiraient parfois les larmes. Je suis autant une fille facile qu'un bon public. Si si! L'hommage à Paule Baillargeon m'a particulièrement tourmentée. J'ai vu Le sexe des étoiles il y a longtemps. J'avais exactement 13 ans à la sortie de ce film : le même âge que l'héroïne. Je me souviens vaguement qu'on en parlait beaucoup au Québec. Un soir, M. Bouquet regardait le téléjournal. J'étais assise près lui et j'ai vu des extraits du film. Mon père ne disait rien. J'espérais qu'il réagisse, qu'il me dise quelque chose sur le transexuel qui envahissait notre salon. Il ne bougeait pas, il n'avait pas l'air dégoûté, il n'avait pas l'air impressionné.  J'ai vécu mon choc esthétique toute seule dans mon coin. Je suis restée prise avec ses images, avec l'impression que je ne pouvais pas en parler. Je gardais pour moi l'histoire de mes nuits subséquentes qui furent remplies de personnages travestis.

Aux Jutra, lors de l'hommage à Paule Baillargeon, Anaïs Barbeau-Lavalette est montée sur scène pour présenter le court-métrage qu'elle avait préparé pour l'occasion. Elle a remercié les femmes guerrières qui avaient ouverts la voie pour les plus jeunes. Ça m'a réjouie: on entend si souvent des jeunes femmes non seulement se défendre d'être féministes mais dire fièrement qu'elles sont plus nuancées que celles qui les ont précédées. Je n'étais pas étonnée qu'Anaïs Barbeau-Lavalette, que j'aime beaucoup, témoigne sa gratitude envers ces femmes, mais pas moins ravie. Anaïs a ensuite ajouté qu'elles nous ont aussi débarrassé de la colère. Ah oui? Tiens, c'est drôle... Moi, je suis une jeune « artiste », disons, une écrivaine, peut-être, et pourtant je n'avance pas d'un pas léger. Lorsque Paule Baillargeon, citant Cassavates, parlait dans ses remerciements qu'il valait mieux de se battre et perdre que de rêvasser en silence, je me sentais étrangement concernée. Je sais très bien c'est quoi se battre et perdre, ça m'arrive inévitablement. Je sais aussi ce qu'est de rêvasser en silence, ça m'arrive tout le temps.

En rejetant la colère du revers de la main j'ai l'impression qu'Anaïs Barbeau-Lavalette force, inconsciemment, les jeunes femmes artistes, comme elle-même ou comme moi, à adhérer à une histoire positive du féminisme. Je ressens pourtant la discontinuité inhérente aux grands mouvements historiques. Je suis incapable d'adhérer à cette idée de la marche du progrès. Certes, Anaïs précisait qu'il y avait encore à faire, certes je reconnais que de grandes choses ont été accomplies, mais selon moi, le féminisme n'a pas d'histoire positive. Si les femmes plus âgées m'inspirent, elles me rejoignent comme si j'étais à côté d'elles. J'ai l'impression de porter la même colère que les féministes des années 70 et 80. Sommes-nous dans un monde si différent de celui de Mourir à tue-tête (1979) d'Anne Claire Poirier ? Je ne pense pas. Pourtant ça fait trente-trois ans... Le film porte une vérité encore irrecevable aujourd'hui. Les femmes continuent de subir au quotidien de petites, moyennes ou effroyables violences. Sans compter qu'aujourd'hui, ils sont nombreux, femmes y compris, à dire que les hommes sont victimes des féministes, nombreux à dire que nous vivons dans une société matriarcale, dans une négation ahurissante de la réalité, pourtant corroborée par un grand nombre. C'est à croire qu'il faudra tout recommencer. Penser que la colère peut maintenant être apaisée, c'est aussi être sourde à ce que Paule Baillargeon a ensuite dit lors de son discours, qu'elle remerciait les Jutra de rendre hommage à « une femme comme elle ». Elle le disait et le répétait. C'était si beau et émouvant. J'ai souvent dit des choses du genre, que je n'en revenais pas qu'on dise, par exemple, « Je t'aime beaucoup, j'aime beaucoup tes textes, Albertine!», à une femme comme moi. Mais qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire, « une femme comme moi »? Ça signifie qu'on sait très bien que nous sommes des parias, qu'il n'est toujours pas permis à des femmes d'être des personnes comme nous. Comment ne pas se sentir en colère devant un tel état de choses? Comment ne pas se sentir en colère quand ça fait à peine trois femmes qui reçoivent un hommage aux Jutra, alors que presque tous les films en nomination ont été réalisés par des hommes? Est-ce en raison de ma personalité colérique que je suis en crisse tout le temps lorsque je regarde comment ça se passe partout et tout le temps pour les femmes? Est-ce en raison de mon tempérament belliqueux que je rage parce que je constate que presque tous les films de Paule Baillargeon ne sont à peu près pas disponibles, y compris La Cuisine rouge, dont la magnifique Anne-Marie Cadieux faisait l'éloge?

À ceci il faut ajouter que, vous le savez, je suis une fille de prolétaires aisés de la classe moyenne. Mes parents ne connaissent rien aux arts. Quand Anaïs Barbeau-Lavalette, qui a un an de plus que moi, a vu le Sexe des étoiles au cinéma ou à la télé, ses parents devaient être près d'elle pour lui expliquer avec sensibilité et nuance ce qu'était un transexuel. En fait, à 13 ans, elle le savait peut-être déjà! Pas moi! Elle connaissait sans doute des homosexuels. Pas moi! J'étais toute seule chez mes parents dans ma banlieue minable à rêver d'en sortir un jour. Si je venais comme elle d'une famille d'artistes, je serais peut-être un peu débarrassée de ma colère. Anaïs Barbeau-Lavalette connait pourtant bien la face sombre du Québec, elle l'a observée sur Aylwin à la Fondation du Dr. Julien. Elle connait la pire misère. Elle a réalisé Le Ring, un film intelligent et juste sur Hochelaga. Elle a publié un très bon roman aussi. Même s'il faut absolument s'intéresser aux conditions de vie extrêmement précaires des plus pauvres, je pense qu'on a tendance à minimiser la misère intellectuelle et artistique de la classe moyenne qui détient pourtant des moyens financiers. Pour une fille de la banlieue comme moi, il n'y a pas de façon d'échapper à la colère! Je suis reconnaissante envers les féministes qui se sont battues pour nous, mais j'ai soif de grands bouleversements. Je sens en moi la faim des premières guerrières. Je veux entrer dans la bagarre, je suis même prête à crever sur le ring s'il le faut. Les femmes comme moi n'ont pas le droit d'exister, mais j'aurai le culot d'exister quand même.
 
 
 
Albertine Bouquet
10 mars 2012 @ 16:48
J'ai un don pour provoquer des malaises. Je peux bien trouver que le terme «malaisant» est affreux. Je suis moi-même tellement malaisante. L'autre jour, je suis sortie avec Vincent, un ami de l'école secondaire. Il m'avait proposé sur Facebook de faire quelque chose avec nos anciens compagnons. Je déteste ce genre de réunion. J'ai fini par céder pour lui faire plaisir. Je n'avais rien de mieux à faire et j'étais un peu curieuse. Il me proposait de venir me chercher en auto à Montréal. Nous sommes allés dans un café de l'affreuse banlieue de notre enfance. Un Tim Hortons! Il n'y a pas réellement d'autres endroits où sortir en gang près de chez mes géniteurs. Nous étions six. À un moment de la soirée, ils se sont mis à parler des douch et des douchettes. J'étais un peu gênée, parce qu'à mes yeux, mes vieux camarades ne sont pas très loin de faire partie de cette catégorie peu flatteuse avec leur maison en banlieue et leur 4X4. Je n'ai rien dit, je ne voulais pas faire ma snob de la grande ville. La discussion tournait autour du fait que les douchettes sont ben belles, mais qu'on ne peut absolument pas leur faire confiance. Elles sont, selon eux, à la fois cruches et mesquines. Vincent s'est exclamé : «Les douchettes sont un trophée, mais pas un trésor. Moi, je recherche la perle rare.» Il me considérait visiblement comme une candidate dans la catégorie des femmes précieuses. J'ai détourné les yeux. Juste ciel!

Poursuivant la discussion à haute teneur en clichés, Sophie, une de mes anciennes amies à qui je ne parle plus depuis longtemps, s'est exclamée : «Les douchettes sont des filles faciles, tout le monde peut les avoir, tandis qu'une vraie femme, il faut travailler fort pour l'amener dans son lit.» Depuis le début de cette petite soirée, je marchais sur des oeufs. Je pouvais bien mentir et prétendre que le café de leur Tim chéri ne goûtait pas la marde pour m'intégrer dans le groupe, mais là, je n'avais plus le choix de réagir. Je me suis exclamée : «Moi, je suis une fille facile! J'en suis fière». Silence. J'avais parlé trop fort, tout le Tim me regardait! Le malaise était gigantesque. J'ai ajouté pour le show : «Ben oui, vous avez bien entendu, je suis une fille facile, on peut m'avoir aisément dans son lit! Ça ne fait toutefois pas de moi un déchet. Revenez-en, tabarnak! Criss, c'est le fun, le sexe. Moi j'aime ça!» J'ai cogné avec mon poing sur la table pour rendre mon discours plus percutant. Ce n'était pas une bonne idée. La table n'était pas très solide. Un café a été renversé. Paniqués, ils se sont mis à éponger mon dégât. 

Sophie, qui n'a de toute évidence pas fourré depuis des lustres, me regardait avec un mépris à glacer le sang. «On le sait bien, Albertine, t'as toujours été une pute». La guerre était officiellement déclarée.  «Pute? C'est trop d'honneur. Je n'ai jamais reçu d'argent. Si les douchettes sont des filles faciles, les douch, comme vous dites, eux, ils sont quoi?  Des tombeurs ou des gars faciles ?» Ils ont fait comme si je n'avais pas parlé. Un par un, ils sont mis à énumérer mes anciennes conquêtes du secondaire. Ça devenait complètement débile. «T'as pas couché avec Séguin?» «Lalonde, tu es sortie avec, non?» «Avais-tu fréquenté Marc ? Je ne m'en souviens plus» «Ah oui, c'est toi, Albertine qui m'avait dit que Nicolas avait une petite queue!» La liste de mes amants s'allongeait. Vincent s'est retourné vers moi en souriant. Comme s'il venait de s'ouvrir les yeux pour la première fois, il s'est écrié : «Tu as bien raison, Al. C'est vrai que t'es facile. Tu couchais même avec des filles! Tu n'avais pas couché avec la gouine, tsé là, Stéphanie? Baises-tu encore des filles?» L'occasion était trop belle. J'ai répondu en m'adressant à Sophie : «Ben oui, je couche encore avec des filles. Ça t'intéresse?». Je lui ai fait un clin d'oeil. Elle était vraiment folle de rage, elle est sortie du Tim en traînant nos anciens camarades. Je suis restée seule avec Vincent et les deux, trois vieux messieurs qui me lançaient des regards lubriques. «Bon Vincent, allons fourrer!» Je l'ai poussé à l'extérieur du café.      
 
 
Albertine Bouquet
03 mars 2012 @ 16:02

Mes chers, mes chères, préparez-vous à une déclaration bouleversante...

En fait, deux. J'ai rencontré l'homme de ma vie! Et cet homme de ma vie est un coche! Évidemment, pas le genre à lancer des gaz lacrymogènes à des manifestants ou à les matraquer, pas le genre, non plus, à ramasser des petits truands en se prenant pour Steven Seagal, et encore moins le genre à harceler des itinérants ou des prostituées (bref, pas un policier du SPVM). 

En fait, c'est un über coche! Il pourchasse des vrais criminels, des criminels menaçants, des criminels contre lesquels il n'est pas facile de gagner. Mais, en vérité, il est beaucoup plus qu'un coche et bien autre chose. Si j'étais encore à l'âge d'avoir des posters de beaux gars ou de belles filles dans ma chambre, je les tapisserais de posters de lui!

Je l'ai rencontré il y a une dizaine d'années, mais c'est ma bonne amie Patty qui m'a ramenée vers lui... Bon, je vais arrêter de vous faire languir, sinon je vais avoir l'air d'utiliser ce procédé littéraire absolument ridicule qui consiste à décrire une personne ou une objet longuement avant de créer la stupeur en le nommant, alors que, en fait, je suis simplement embarrassée par ma passion et ne puis donc que tourner autour du pot.

L'homme de ma vie, eh bien, c'est le Special Agent Dale Cooper ! Patty m'a raconté, il y a quelques semaines, qu'elle s'était mise à regarder Twin Peaks sur Netflix. Il y avait longtemps que je m'étais promis de regarder la série à nouveau. Lorsque je l'avais visionné pour la première fois, j'étais jeune et folle. Une nuit d'hiver, je regardais la série avec Isabelle, ma coloc à l'époque. Nous étions passablement saoules, il est vrai, mais surtout rendues encore plus folles que nous l'étions au départ par Twin Peaks. C'était une belle nuit où il tombait de ces flocons qui ressemblent à de la ouate. Allez savoir pourquoi, nous nous sommes dit qu'il fallait absolument que nous sortions courir pieds nus dans la neige. Nous avons fait ni une. ni deux, et nous nous sommes élancées dehors, sans manteau, sans bottes, sans souliers, sans bas et avons dévalé tout le long de notre ruelle. Nous finissions toujours par faire des trucs un peu débiles en regardant Twin Peaks. Je me souviens aussi de longues nuits d'angoisse à repenser à Bob. J'en venais à voir Bob surgir de tous les recoins de notre lugubre appartement. Twin Peaks, c'était donc pour moi à la fois une source de terreur parfaite et un moteur d'exaltation. Et je crois que je repoussais mon deuxième visionnement tout autant parce que je redoutais le pouvoir de la série que parce que je craignais de ne pas le retrouver. Mais en entendant Patty m'en parler, je ne pouvais plus attendre plus longtemps et je me suis lancée dans le visionnement de Twin Peaks

Dès que j'ai recommencé à regarder la série, je me suis rappelé d'un autre aspect de la série auquel je n'avais pas repensé depuis longtemps: la grandeur absolue de Dale Cooper! Je suis retombée amoureuse. Je connaissais déjà à l'époque le charme de Cooper, mais en ayant passé, depuis, une dizaine d'années supplémentaires dans ce monde assez sinistre, je ne suis plus seulement charmée par Cooper, je suis capable de reconnaître son caractère exceptionnel, désespérément exceptionnel. Ce n'est pas pour rien que les femmes intelligentes succombent toutes à son charme. Patty lui a écrit un très bel hommage à la St-Valentin. J'ai envie de me lancer à sa suite!

Ce qui, entre tout, distingue Dale Cooper, c'est qu'il possède tout autant de force que de douceur. Cooper ne craint pas de se mesurer aux plus grands ennemis. En cela, il me ressemble. Il n'est pas comme tous ces hommes qui vivent leurs succès dans une parfaite ostentation, mais qui, en vérité, sont confrontés à des rivaux de pacotille. Cooper choisit les plus terrifiants adversaires. Il n'est pas tant un homme de loi qu'un adversaire du Mal radical. Cela ne l'empêche pas d'être un homme profondément doux, qui refuse de céder à la violence, autant que faire se peut. Et c'est peut-être en quoi il me fait un grand bien. Son contact m'apaise. Mais sans me faire sombrer dans l'ennui.

Il évolue en portant une infinie attention au monde et en témoignant d'un sens de l'émerveillement inébranlable. En d'autres mots, Cooper possède une capacité bien rare: celle d'être bien vivant et de rendre le monde vivant autour de lui. Twin Peaks est bien différent de tout ce qu'il connaît, ses habitants sont d'un autre monde ou d'une autre époque, mais il sait en reconnaître la beauté et l'unicité, et communique à ses habitants sans gêne ni flagornerie l'amour que leur ville lui inspire. Et Cooper démontre un tel respect envers les êtres... Il approche chacun avec tact et sensibilité, parvient à toucher quiconque un tant soit peu réceptif. J'admire cette aptitude à rejoindre les gens quels qu'ils soient, moi qui sème la terreur sur mon passage, pour le meilleur et pour le pire.

Et c'est un idéaliste, un être de principes qui ne déroge jamais à son idéal. Il possède une droiture peu commune, une droiture qui ne se transforme toutefois jamais en une fermeture à l'autre. Il serait même capable de supporter, je crois, mes jugements abrasifs et à l'emporte-pièce.

Patty soulignait très bien son mélange de sensibilité, d'intuition et d'intelligence pratique. Pour moi, Cooper, c'est l'individu complet: intellectuel, sensible, sensuel, spirituel et imaginatif. Il possède aussi une prise sur le monde qui m'échappe. Dans ses bras, il me semble que je me sentirais un peu moins inadéquate.

Peut-être bien que la vie serait mieux à Twin Peaks... On aurait bien besoin d'une écrivaine à Twin Peaks, partout comme ailleurs, non? Je devrais aller à Twin Peaks, oui, et convaincre Cooper d'y rester avec moi.


 
 
Musique actuelle: Wolf Parade - Ghost Pressure
 
 
Albertine Bouquet
28 février 2012 @ 16:15
Imprudente, je suis allée à un party en fin de semaine. J'avais envie de me saouler. J'y suis allée avec un gars que je connaissais à peine. Comme si je savais déjà que ça finirait mal... Je ne voulais pas me donner en spectacle devant mes proches. Ils connaissent déjà l'étendue de mon désespoir. Je les épargne un peu. Je les protège de moi. Il le faut. Le gars voulait fourrer. Il fait partie de ces hommes bizarres qui conçoivent les fêtes comme des préliminaires. Il m'a dit que ça allait l'exciter de me regarder vivre en société et jouer à la mondaine. Il m'a répété qu'il me trouvait tellement drôle et m'assurait que j'allais faire fureur au party. Ce n'est pas tous les jours qu'il peut trimbaler une écrivaine à son bras. Je devais faire de la fièvre, je n'allais pas bien, puisque j'ai accepté son plan. Je me suis habillée, maquillée et j'ai enfilé quelques shooters de sour puss. Pas très glorieux! Mon compagnon pour la soirée m'a annoncé tout content que son meilleur ami philosophe allait se joindre à nous. « Vous allez pouvoir débattre. Il aime avoir des adversaires. » Ah merde! C'est là que j'aurai dû prendre les jambes à mon cou. Non, non. Mieux encore! J'aurais dû pousser mon amant dans une ruelle, le sucer et le convaincre d'aller ailleurs.

Dès mon entrée, j'ai vu l'osti de philosophe de mes deux. Sa petite tronche de cave, ses muscles et son bronzage me donnaient envie de tuer. Ses bras étaient couverts de signes tribaux. MASSACRE! GUERRE! BAIN DE SANG! Il avait à ses côtés une jolie jeune femme, visiblement un peu niaiseuse de sortir avec un tel agrès. Mon amant m'a présentée comme une grande lectrice de philosophie. Il avait l'air bien fier. Je ne voulais pas le heurter, je n'ai rien dit. Le philosophe ravi m'a embrassé. Il a amorcé le dialogue avec une entrée pompeuse à la Bock-Côté, il parlait de Nietzsche, de Kant et d'autres. Je n'écoutais pas. C'était long et plate. Comme une ninja qui planifie ses sorties subtiles, j'évaluais comment je pourrais m'y prendre pour fuir en cas de danger. Après son monologue, c'était à mon tour de parler. Il me donnait la permission. J'ai bredouillé deux ou trois mots sans grande conviction.

Déçu que je ne fasse pas l'étalage de mes connaissances, mon amant s'est chargé de changer le sujet. Il a fait une blague sur Nietzsche « On le sait, man, tu connais ça, la volonté de puissance ! » et il s'est mis à parler de la grossesse de sa copine. Fuck, elle est plus conne que je ne le pensais! Elle porte l'enfant du philosophe de mes deux! Le fendant était ben fier de nous annoncer qu'il aurait une fille. Il a eu le malheur d'ajouter qu'il allait devoir la « watcher », puisqu'elle serait sans doute belle comme sa mère. Il ne laissera pas le premier malotru mettre sa patte sur sa progéniture. Je ne pouvais pas me retenir, j'ai dit : « Tu pourrais aussi laisser ta fille décider de fréquenter des malotrus si ça lui plait ». Selon la logique populaire du « On n'apprend pas à un vieux singe à faire des grimaces », il s'est mis à me dire qu'il connaissait les gars qui n'avaient aucun respect pour les femmes. Il a ajouté que lui-même avant de rencontrer la mère de son enfant, il n'était pas très fréquentable. Tiens, ça m'étonne. Baveuse, je me suis exclamée : « Avec un peu de chance, ta fille va t'envoyer chier solide ». Je commençais à lui taper sur les nerfs. Tant mieux! « Chose certaine, ma fille ne sera certainement pas comme toi. » Je me sentais bagarreuse, je l'ai bousculé en levant mon poing gauche que j'ai déposé sous son menton. Un uppercut au ralenti. « Ça veut dire quoi ? Comme moi ? ». Il s'est reculé. Il ne voulait pas répondre. Il a dit qu'il ne se battait pas avec les filles. « Pourquoi? Elles sont plus faibles? Je t'assure que je suis plus forte que toi. Allez, monsieur volonté de puissance! » Je l'ai poussé une autre fois. « Ça veut dire quoi ? Comme moi ? Réponds! » J'ai souvent rêvé de me battre, mais c'est la première fois que j'allais jusqu'à provoquer quelqu'un. Et dire que mon amant pensait sortir avec une femme de lettres distinguée. Je l'avais prévenu que je n'étais rien de tel. Je lis des livres, ouais, mais ça ne me rend pas plus docile. Au contraire. Le philosophe s'est reculé en criant que j'étais une ostie de folle. Wow! On en apprend. J'ai levé mon autre main vers mon visage en lui faisait signe que je préparais ma droite. Sa blonde s'est mise à pleurer, elle ne tolère pas la violence. Mon amant ne savait pas quoi faire. Pis moi, j'ai rigolé. Je me suis excusée du mieux que je pouvais à la femme enceinte. J'ai dit à mon amant que j'étais désolée. Et j'ai crissé mon camp. Je suis vraiment écoeurée de ces morons-là. J'espère que l'embryon a pu capter un peu de ma colère. Je vais rêver que sa fille lui casse la gueule à ma place, ça va lui faire plus mal encore que si je l'avais fait.
 
 
Albertine Bouquet
On m'avait mis l'eau à la bouche au sujet de Nuit # 1 d'Anne Émond en disant que le protagoniste du film souhaitait que sa partenaire lui rentre le doigt dans le cul (ce n'est, hélas, qu'une bien furtive évocation!) et en me racontant que le film s'ouvre sur la représentation très explicite d'une baise qui se déploie sur une quinzaine de minutes. Je n'ai pas été déçue.

Peu de choses me rendent plus heureuse, ça ne vous étonnera pas, qu'une longue scène de baise. C'est dans une scène de baise que se révèle tout l'art d'un cinéaste! Les grands peintres du passé consacraient leur talent à représenter des fleurs, des fruits, de la vaisselle et d'autres objets plus ou moins insignifiants dont ils révélaient la beauté. Les grands cinéastes d'aujourd'hui se consacrent à montrer des corps qui s'enlacent, se saisissent, s'entrechoquent. Je suis née à la bonne époque! (Quoique, je me plais bien à regarder les chairs blanches et généreuses qu'on retrouvait dans les peintures mythologiques, le faste de la représentation en moins...)

À peine, donc, le film était-il commencé que j'étais convaincue de la force du film. Difficile, évidemment, de résister à une baise effrénée où les partenaires sont possédés par un désir brutal. Fait très intéressant: l'actrice principale, la magnifique et émouvante Catherine de Léan, racontait après la projection, qu'Anne Émond avait précisé dans le scénario les moindres détails de la scène de baise. Ce n'est pas étonnant, au fond. Une scène aussi forte ne peut pas être improvisée. Au-delà de cette évidence, cette précision augmente pour moi l'intérêt de cette scène puisque celle-ci participe de la construction dramatique exceptionnelle du film. Si le film se démarque du cinéma québécois actuel, tous l'ont souligné, par la place qu'il accorde à la parole, la réalisatrice n'en sait pas moins faire parler les corps, mieux que plusieurs cinéastes qui prennent pourtant le parti des fameux non-dits.

Ce qui rendait la scène parfaite, ce n'est toutefois pas la représentation alléchante du déploiement violent du désir. C'est plutôt un petit détail. Enfin, deux détails. Tout d'abord, le sexe en érection de l'acteur, bien, pas son sexe directement (quoique...), en fait, la représentation d'un pénis bandé: ça manque d'érections au cinéma! C'est toutefois une interruption délicieuse de la baise splendide qui rend cette scène inouïe en la ponctuant et en lui apportant une force et un réalisme très rares. Tandis que Clara se fait pénétrer, elle arrête son partenaire puisqu'elle a une envie envie urgente d'uriner. La caméra suit ensuite Clara jusqu'à la salle de bain. Ce temps d'arrêt est essentiel et puissant puisqu'il préserve la scène du caractère kitsch qui guette inévitablement la représentation des scènes de baise passionnée. Ce temps d'arrêt est d'autant plus extraordinaire qu'il traduit une vérité du corps féminin, vérité toute simple (la pénétration heurte la vessie), mais qui permet de garder la représentation de la femme du côté de sa réalité à elle, et ne l'asservit pas au désir masculin. De plus, le moment où Clara se retire à la salle de bain est magnifique. On la sent pensive, elle n'est plus seulement ce corps qui baise, mais elle nous apparaît dans une complexité, que le film ne nous révèlera que partiellement.

En plus de la représentation du rapport de la femme au corps, il y a aussi dans Nuit # 1 une réflexion sur le rapport de la femme à la parole. On a beaucoup évoqué, je disais, l'importance de la parole dans le film. On y a associé une dimension identitaire liée à la nationalité de chacun des personnages, mais pas à leur genre. On dit que Nikolaï parle avec aisance parce qu'il est étranger, alors que, au contraire, Clara prend du temps à parler parce qu'elle est québécoise. Sans doute. Mais c'est aussi parce qu'elle est une femme. Lorsque Nikolaï prend la parole, il fait semblant de s'intéresser à Clara, mais il ne veut rien entendre de ce qu'elle a à dire. Il se dit blessé qu'elle soit partie ainsi sans crier gare. Pourtant, il ne lui demande à aucun moment pourquoi elle a agi ainsi. Il est beaucoup plus intéressé à jouer l'amant éconduit, à donner libre cours à ses interminables réflexions. On dirait qu'il a rattrapé Clara simplement pour avoir un public. S'il démontre un don pour la parole, il n'en a, de toute évidence, aucun pour le dialogue. On sent Clara littéralement écrasée par le flot de paroles de Nikolaï, tandis qu'il accapare entièrement cet espace qu'il a ouvert. Elle ouvre la bouche à quelques reprises, sans qu'il n'interrompe un instant son monologue pour l'écouter.

Cette scène se rejoue à chaque jour. Au salon, dans la chambre à coucher, à l'école, au travail. Un homme un tant soit peu intelligent, qui a en grande estime son intelligence, dont il évalue rarement la mesure avec exactitude, écrase une femme intelligente, qui a rapidement compris que, dans la vie, on ne s'intéresserait pas souvent à son intelligence, qu'elle serait mieux de la cacher, et qu'il serait, en fait, préférable, qu'elle s'efface elle-même entièrement. De tout temps, les hommes ont surestimé leur intelligence et les femmes ont sous-estimé la leur. De tout temps, les hommes ont donc accaparé l'espace de parole au détriment des femmes. Les hommes vont proclamer, comme s'il s'agissait de la chose la plus profonde et la plus inattendue, les pires banalités, tandis que les femmes vont dissimuler leurs réflexions les plus profondes et inattendues, de crainte de dire des banalités. Nuit # 1 illustrait avec justesse ce rapport de force et, moi, je fulminais. J'avais envie de sacrer une volée à ce type égocentrique et poseur qui, tout en culpabilisant Clara, lui témoignait un parfait mépris.

Un espace de parole avait pourtant été ouvert par Nikolaï et Clara finit par le saisir lorsque celui-ci se tait enfin. Et aussitôt, la parole de Clara déferle. Et je pense alors à Nelly Arcan, à sa parole qui s'emballe: il vaudrait mieux que le prochain client me frappe une fois pour toutes, qu'on me fasse taire car je n'arrêterai pas. et même si je m'arrêtais, ça n'arrêtera pas, ça se poursuivra d'autant plus fort derrière mes yeux. Les mots de Clara sont plus maladroits que ceux de Nelly Arcan, bien sûr, mais ils partagent le même mouvement violent d'une parole qui naît après avoir été trop longtemps réprimée.

La représentation de la violence ordinaire envers les femmes s'est aussi illustrée à la fois dans le propos du film et à travers la réaction du public. À un certain moment, Nikolaï aligne une série de propos misogynes qui passent souvent inaperçus: il déteste les femmes émancipées qui agissent comme des hommes, les femmes qui se vont avorter sont des traînées, etc. Il s'en prend ensuite directement à Clara. À mon plus grand soulagement et mon plus grand bonheur, Clara fout le camp. Et là, le taré se met à la poursuivre. Elle lutte contre lui, tente d'échapper à son emprise. Soudainement, dans la salle, j'entends des éclats de rire, où domine le rire d'un jeune homme qui s'esclaffe comme s'il n'avait jamais rien vu de plus drôle dans sa vie. J'ai failli le battre. J'aurais dû. Rien de plus drôle, pas vrai, qu'une femme en colère? J'aurais dû lui arracher les couilles et les lui faire bouffer pour voir s'il trouverait ça encore drôle, pauvre type. En même temps, c'était fascinant puisque, à ce moment précis, c'était vraiment la violence de l'homme dans la salle qui prenait le dessus et qui, ce faisant, donnait tout son sens au film.

Il y a, enfin, une autre violence qui m'a troublée et un peu déçue, même si elle traduit une vérité évidente. C'est cette violence de la femme envers elle-même. Dans la dernière partie du film, Clara raconte avec une froideur mélancolique, mais surtout un parfait mépris envers elle-même, sa vie sexuelle débridée, ses aventures sexuelles multiples et anonymes. Elle parle du vide qui l'anime, du sentiment de détachement par rapport à elle-même qu'elle ressent lors de ces ébats. Encore une fois, j'aperçois le spectre de Nelly. Mais alors que Nelly se lançait dans une série d'imprécations envers tout un chacun, Clara s'en prend à elle-même. Je me sens profondément inconfortable envers ce discours moralisateur. Évidemment, il vient d'une femme qui parle d'une femme. Il a droit de citer, il est pertinent, traduit un sentiment qui habite plusieurs femmes. Mais je ne peux pas faire autrement que d'en être profondément attristée. D'abord, je déteste cette idée d'une sexualité qui ne parvient qu'à reconduire le vide. La sexualité c'est d'abord une rencontre. Et puis, je trouve cette vision dangereusement nihiliste et trop courante, alors que pour moi, la sexualité c'est la joie.

Et surtout, je trouve que cette vision témoigne d'une mystification à laquelle plusieurs succombent. Si Clara se sent détachée d'elle-même, ce n'est pas parce qu'elle se livre à des ébats torrides et multiples, c'est parce qu'elle est dépossédée de son désir et entièrement livrée à sa volonté de séduire. Elle le dit elle-même, elle a besoin que tous les hommes la désirent. Elle ne fait cependant pas de lien entre cet oubli dans la séduction et son détachement vis à vis elle-même. Ce qui est logique, bien sûr. Mais le problème, c'est que la réalisatrice et scénariste semble corroborer cette logique en présentant Clara comme une pauvre fille perdue. Or, il m'apparaît essentiel de parler du lien intrinsèque entre la séduction à tout prix et le détachement de soi. Celle qui a besoin de séduire tout le monde ne s'appartient plus, n'a plus de désir. Je ne pouvais donc regarder le film sans être écrasée par ce sentiment d'impuissance devant une posture trop répandue. Bien sûr, ça n'enlève rien au film, qui traduit avec justesse un sentiment tout féminin, mais j'aurais espéré plus de distance par rapport à celui-ci.

En même temps, en y réfléchissant bien, il s'esquisse peut-être pendant cette nuit une possibilité de «rédemption» (si on conserve cette logique de la perdition). Je commençais en disant que lors de la baise du début, Clara et Nikolaï sont possédés par leur désir. C'est le sentiment qui me venait en les regardant et je ne crois pas qu'il soit invalidé par la suite du film. Peut-être Clara trouve-t-elle, à travers sa rencontre avec Nikolaï, une façon de se réapproprier son désir...