Albertine Bouquet
20 octobre 2009 @ 18:02
Hélène et moi, nous sommes inscrites à un cours de natation, pis nous suckons. Elle suck moins que moi, mais quand même. Je suis tellement heureuse d'être dans l'eau. Je suis toujours un peu angoissée avant d'aller au cours. Lorsque j'entre dans la piscine, c'est le bonheur absolu! En plus quelques minutes avant l'entrée dans l'eau, je peux observer la salope qui m'accompagne enfiler son maillot de bain et puis après je peux me rincer l'oeil dans la douche. Ah les pauvres couples hétéros qui ne peuvent connaître ce genre de plaisir. Nous sommes bien belles dans nos maillots de sport avec nos casques en silicone. Je disais donc que j'étais très poche, même si j'aime être dans la piscine. Eh oui, je n'ai pas tous les talents. Au moins, ça rassurera les jaloux!  Ma prof de natation doit me trouver poche aussi. Elle ne me l'a dit. Non par délicatesse, elle fait pire. Elle m'ignore désormais. Je suis trop nulle pour avoir le droit d'exister dans son cours. Lorsque je l'entends crier sur le bord de piscine « Hélène, allonge ton cou  !» avec sa voix de niaiseuse comme si elle parlait à des enfants, je ne regrette pas de ne plus entendre de commentaires m'étant destinés. Elle m'ignore peut-être la prof de natation, mais moi, je ne l'ignore pas. Je l'observe et je ne la lâche pas des yeux. J'en fais une obsession. Elle est une piètre pédagogue. C'est un fait tellement évident, ce n'est pas ce qui m'obsède. J'essaie seulement de la comprendre. Je me demande comment on peut être une piètre enseignante de natation. On n'est pas tous destiné à transmettre la connaissance bien sûr, mais il y a plus que ça. Cette fille-là ne l'a vraiment pas. En prenant ma douche avec mon Hélène, je réfléchissais à tout ça. Elle me racontait en se lavant les cheveux que la prof lui avait dit d'arrêter de sortir la tête tout le temps pendant ses longueurs. « Elle ne m'a même pas demandé pourquoi je faisais ça. Je m'étouffe criss! ». Et là, j'ai compris. Elle nous prend pour des imbéciles! Elle ne daigne même pas essayer de nous comprendre. Bon, je change de paragraphe, ça commence à être important. 

J'ai remarqué cet été que les gens qui prennent tout le monde pour des caves sont dangereux. En plus, d'être inaptes à transmettre quoi que ce soit à quiconque... Vous saurez, mes très chers, qu'il fut un temps où je riais moi aussi de la bêtise humaine. À gorge déployée en plus! Ça m'est passé! Je me suis transformée. Je crois que ça a commencé en lisant Hannah Arendt. Aussi dure qu'elle puisse être, elle m'a aidé à croire à nouveau en l'humanité. En lisant Arendt on comprend que même si notre amour du monde a été mille fois meurtri, il faut continuer de croire en l'être humain parce que c'est la seule chose qui peut nous sauver. Je ne sais pas pour vous, mais moi j'espère que nous serons sauvés. Je suis bien d'accord que les gens stupides sont dangereux, mais ceux qui pensent que tous les autres sont imbéciles le sont infiniment plus. J'ai entendu l'autre jour un homme au look marginal dans une file d'attente au cinéma faire l'étalage de la bêtise humaine afin de séduire une jeune demoiselle, qui semblait par ailleurs assez séduite. La soi-disant bêtise concernait le non-respect de certaines conventions sociales. Eh oui, les « marginaux » militent pour les conventions sociales de nos jours! Sur le coup, j'étais dégoûtée. Quelques jours plus tard, j'ai pris conscience de ce que j'avais entendu. J'ai réalisé l'horreur. Je me suis jurée de ne plus faire l'étalage de la bêtise humaine. En privé, devant Hélène et le garçon à peine adulte, je pourrai encore lancer des épithètes. Mais un discours sur la bêtise humaine, ça non! Je ne commencerai pas pour autant à glorifier les pauvres diables, sois rassuré Teddy. Je vais seulement éviter de tomber là-dedans. Peut-être que je verrai autre chose qu'une bêtise mondiale... Qui sait? 
 
 
Albertine Bouquet
06 octobre 2009 @ 11:17
Je me surestime parfois, surtout dans les relations intimes. Peu importe ce que j'ai pu penser, il était bien difficile de voir hier le sourire « amoureux » de celui qui ne m'a jamais aimée. S'être fait répéter à maintes reprises « Je ne t'aimais pas, je n'ai jamais été amoureux de toi », ça laisse ses traces. Même si on est fait de marbre comme moi et qu'on peut supporter les pires horreurs au nom de principes plus grands. Même si je sais rationnellement que la réalité est plus complexe, que je ne crois pas totalement à la phrase de celui qui m'a par le passé démontré qu'il m'aimait de bien des manières, je suis blessée comme les autres. Je me sens meurtrie. Chaque nouveau sourire, si beau soit-il, me fait mal. J'ai eu envie de lui demander à chaque fois si c'était encore un sourire de non-amour.

Je suis un peu d'accord avec le fait qu'il ne m'a jamais aimée. Il a raison au moins en partie. Il n'aime pas la femme fuyante et froide que je peux être. Lui, il sait donner tous ses sentiments totalement, il est complètement transparent. Son amour est une lumière entièrement vive qui soulève son corps et son non-amour est une négation absolue de tous les temps confondus, passé, présent et futur. S'il ne confond pas un de ces temps, c'est peut-être le présent qui pour lui s'étire à l'infini. Même sa nostalgie ne vient pas du passé, mais d'un présent qui ne s'arrête jamais. Pour ma part, je vis amour et non-amour en un même instant. Je l'ai à la fois aimé et non-aimé. C'est difficile d'expliquer son chagrin lorsque l'expérience de l'amour est vécue différemment.

Je ne sais pas expliquer comment je puis être meurtrie et pourtant ne pas être éplorée. Pour être éplorée, il faudrait que je sois brisée par l'impossibilité de réaliser un amour trop grand. Ce n'est pas le cas. Je suis blessée par l'absurdité des choses. Même si mon amour ne m'est pas si évident, même si j'en ai douté et que j'en doute encore, je sais lorsque nous sommes ensemble que tout est bien, que tout est à la bonne place. Je me sens déchirée par la confrontation en moi de l'amour et de sa négation, mais je ne remets pas en question le fait d'être ensemble. Et ce, même si parfois je me suis prise à rêver de ma solitude. J'ai une croyance aveugle en mes instincts. Si je sens que les choses sont à la bonne place, je sais que je dois foncer peu importe. J'ai toujours fonctionné comme ça et ça été pour le mieux. C'est bien ardu de partager un instinct! Je suis prise avec une certitude impossible à transmettre. 

Il dit souvent : « J'ai peur de te faire souffrir ». Phrase mystérieuse que je ne comprends pas. Loin de moi, l'idée de l'accuser de ma souffrance. Je sais qu'on ne me remet que la monnaie de ma pièce. Après tout, ne l'ai-je pas si souvent rejeté. Je souffre dans ma relation au monde, plus que dans ma relation aux êtres. Les êtres finissent par disparaître. Au final, il n'y aura que moi et le monde. Je serai seule de toute façon. Délaissée même par ceux qui me disent que je suis la personne la plus importante pour eux.  
 
 
Albertine Bouquet
27 septembre 2009 @ 12:17
 - Je ne suis plus bien. Je n'étais pas prêt.

C'est évidemment pour ne jamais avoir à entendre de telles phrases que j'avais toujours évité cette comédie.

- D'accord. Alors va-t'en. Maintenant.
 
 
Musique actuelle: Jay-Jay Johanson - On the Radio
 
 
Albertine Bouquet
24 septembre 2009 @ 18:50
Je n'ai pas grand chose à vous dire ces jours-ci. Je ne viens pas sur Internet pour y remédier. Je n'ai pas envie d'écrire. Ou enfin, pour être plus précise, j'ai trop envie d'écrire, tellement que ça ne fonctionne pas. Tout ça pour expliquer de façon pas trop confuse, j'espère, que je ne suis pas là réellement pour écrire. J'écris une fausse entrée à des fins strictement sexuelles. Hélène veut que je l'avertisse lorsque je publie un texte dans mon journal. Ce n'est pas parce qu'elle voudrait surveiller ce que j'écris sur elle! Oh non! Elle me laisse écrire ce que je veux et n'est pas importunée le moins du monde par notre amour rendu public. Je pourrais bien continuer d'utiliser son prénom comme je veux, ajouter son nom de famille et elle ne m'en tiendrait pas rigueur. Il y a des gens comme ça! Elle est comme moi. Elle veut que je l'avertisse, parce qu'elle est ma plus grande fan. C'est elle qui le dit! Mais évidemment, ça tombe bien, je suis aussi sa plus grande fan. Ne lui dites pas je vous en prie, je feins parfois l'indifférence pour qu'elle ne prenne pas tout pour acquis. C'est important vous le savez de garder quelques distances. Vous vous dites sans doute que j'ai raison. Ne prenez pas trop vite mon parti, j'ai tort! Je suis une cynique de l'amour. Ne me suivez pas là-dedans, je vous en conjure. Je finirai bien par tout gâcher et me retrouver seule. Hélène veut donc que j'avertisse toujours lorsque je publie. Si je ne le fais pas et qu'elle s'en aperçoit, elle m'appelle pour me traiter de « salope ». Voilà donc pourquoi j'écris même si j'ai rien à dire. Je ne vais pas l'avertir. Dans quelques heures si je suis chanceuse, elle devrait me traiter de salope. Ça pourrait aussi prendre quelques jours. Enfin, je préférerais que ça soit dans les prochaines heures. Je meurs d'envie que la belle femme que j'aime me traite de salope. Mon dieu, faites qu'elle regarde son lecteur RSS à l'instant! Elle est dans la pièce tout juste à côté sur son ordinateur. Elle m'attend pour qu'on regarde un film.   
 
 
Albertine Bouquet
10 septembre 2009 @ 11:39
J'ai vraiment l'impression d'être un livre ouvert. Je n'ai pas seulement « l'impression de », je pense que c'est le cas! Je suis bien loin d'être une incomprise. On voit tout de moi!  Quelle affaire! Et je vous jure, ce n'est pas une mince affaire! Je croyais que j'arrivais à être subtile. J'ai bien peur que non... L'autre jour, j'étais en présence d'une femme que je n'aime pas. Pour tout vous dire, chers lecteurs, je la déteste, je l'exècre. Lorsque je rentre chez moi et que je l'ai côtoyée trop longtemps dans la journée, j'ai besoin de me lancer dans de longs monologues à propos de sa personne immonde. Hélène m'écoute au début en riant et au fil du récit, elle m'écoute avec hargne puisqu'elle commence à la haïr comme moi. Hélène est une partenaire parfaite autant d'amour que de haine, nous pouvons tout partager avec la même intensité. J'étais dans une activité mondaine hier avec notamment cette personne que je déteste. Elle s'est assise à côté de moi et s'est aperçue ensuite que la place était peu recommandée puisque la patte de la table tombait exactement au même endroit. Elle s'est assise un peu loin et m'a dit en riant de bon coeur : « Je ne serai pas assise avec toi finalement, Albertine. De toute façon, on sait toutes les deux que c'est mieux comme ça! ». J'ai essayé de rigoler à mon tour. Je ne sais si j'ai su la convaincre. J'étais K.O., elle venait de me mettre à nue! Elle évoquait tout banalement le fait qu'elle sait que je la déteste.  Elle est incroyable! Évidemment, elle a réussi son coup. J'étais par terre incapable de répondre. En plus, elle me montrait avec brio qu'elle n'était pas si débile que je le croyais. Argh, elle me fait tellement chier! Vous me direz peut-être qu'elle voulait plutôt évoquer le fait que nous nous détestons toutes les deux. Ce n'est pas le cas. Je dois dire que j'ai eu auparavant l'occasion de voir qu'elle m'aimait bien. Ça m'arrive souvent de détester quelqu'un qui m'aime bien. En général, on m'aime bien et en général, je déteste tout le monde. Et je pense que c'est parce que je déteste tout le monde qu'on m'aime bien. Cette femme que je déteste, donc, m'aime bien. Elle me trouve ben drôle! Elle me l'a dit souvent en soulignant à chaque fois à quel point j'étais inadéquate au monde. J'ai toujours pensé qu'elle était la personne la plus adéquate pour le monde. Mais j'ai su récemment par des ragots qu'elle avait des moments de folie, je me suis mise à l'aimer en entendant ces histoires-là. Je l'aime un peu maintenant. Disons que je pourrais nuancer ma haine dorénavant, mais que je préfère m'en tenir à la formule « la femme que je déteste » que la changer pour « la femme que je déteste mais que j'aime bien aussi parce qu'elle a des moments de folie qui me la rendent sympathique ». 

Cette nuit, j'ai fait un rêve étrange. Elle n'était pas dans mon rêve. Dieu m'en préserve! Dans ce rêve, j'avais deux filles. Oui, j'étais une mère! J'ose espérer que je n'ai pas des prémonitions! Le monde entier espère que je n'ai pas des prémonitions! Je suppose que le baby boom au Québec m'affecte, ou sinon, c'est autre chose à laquelle je ne souhaite pas penser qui m'affecte encore. Les deux Albertine Jr. avaient des cheveux mignons bouclés et châtain. Elles avaient toutes les deux de grands yeux bleus. Une avait quatre ans, l'autre deux ans. C'est important les détails d'un rêve! Elles portaient de jolies petites robes. J'étais seule avec elles, ni Hélène, ni le garçon à peine adulte n'était là. La plus vieille regardait dehors et s'est retournée pour me raconter ce qu'elle voyait, elle n'arrêtait pas de parler. Fait étrange et angoissant, elle parlait dans une langue étrangère que je ne pouvais identifier. Je n'étais pas surprise. Je savais que ma fille n'avait jamais parlé en français, elle parlait depuis toujours dans cette langue étrangère. Ce n'est pas bien difficile de comprendre mon rêve. Je suis comme un livre ouvert dans mes rêves aussi. J'ai peur d'enfanter le diable si je me reproduis!!! La plus jeune me parlait aussi. Elle était assise plus près de moi. Elle me regardait de la même manière que sa soeur, mais elle me parlait en français. Je trouvais qu'elle parlait si bien pour un bébé de deux ans, qu'elle était si belle, qu'elle était si intelligente. J'étais effrayée par une de mes filles et complètement conquise par l'autre. Ça me rendait triste. Nous n'avons pas bougé. La scène que j'ai vue n'était pas très longue. J'aurais aimé en voir davantage. On ne décide pas avec ces choses-là.  
 
 
Musique actuelle: Mozart - Lieder
 
 
Albertine Bouquet
16 août 2009 @ 11:14
Dimanche dernier, j'ai joué les militantes en compagnie du garçon à peine adulte qui est, pour sa part, un authentique militant, membre d'une organisation d'anarcho-communistes purs et durs qui sèment la terreur dans leur milieu et s'attirent la haine de tous - mais c'est une autre histoire! Je dis « joué » non pas parce que je ne croyais pas en ce que je faisais - il fallait, au contraire, que je crois très fort en la nécessité de cette marche pour me décider à commettre ce qui avait toujours été pour moi impensable: participer à une action collective. Ce n'est pas que je crois davantage en l'action individuelle. Je pense échapper à ce que ces révolutionnaires hardcore désignent avec mépris comme le lifestyle, c'est-à-dire cette conviction commode qu'ont certaines gens de révolutionner le monde au quotidien par de petits gestes comme de fermer le robinet pendant qu'ils se brossent les dents pour sauver la planète. (Dans une conversation avec un révolutionnaire hardcore si vous souhaitez gagner instantanément son respect, exclamez-vous « C'est tellement lifestyle! » Vous verrez, ça marche à coup sûr!) Je ne crois certainement pas que la révolution peut être individuelle, non. Et peut-être pas plus collective, d'ailleurs. Mais je l'ai déjà écrit, j'essaie d'échapper à mon cynisme, au cynisme de mes contemporains. Simplement, j'ai une méfiance naturelle envers la foule. Si la foule a en effet le potentiel de produire de grandes actions, elle a beaucoup plus souvent mené à terme des horreurs, petites ou grandes. Elle le fait chaque jour. Si je me méfie de la foule, c'est sans doute parce que je n'arrive pas à la considérer comme une entité pensante. Pour moi, la foule est tout au contraire manipulable à l'envi, elle peut conduire à tout et plus souvent au pire. Une foule qui a cessé de penser - comme c'est le cas bien souvent - ne réclame pas, ce qu'elle devrait demander envers et contre tous, c'est-à-dire un espace libre et ouvert pour l'expression des individus dans leur communauté. Une foule qui ne pense pas devient à son tour le moteur de la répression. Et s'il faut choisir entre un monde libre mais mauvais et un monde parfait mais répressif, mon choix est d'ores et déjà fait: si le mal doit être préservé pour que la liberté demeure, allons-y gaiement! De toute façon, la répression aura depuis longtemps triomphé avant que le monde ne soit devenu un peu moins mauvais...

Dimanche dernier, j'ai joué, dis-je, les militantes alors que je me sentais un peu comme un imposteur parmi cette foule composée de militants - de vrais, de ceux qui sont de tous les événements -, de résidents de Montréal-Nord, de voisins et de proches de la famille du défunt, abattu par un policier il y a un an. Certes, je devais être la bienvenue. Tout le monde était le bienvenu. La foule accepte tout le monde et désire tout le monde, comme elle le criait lorsqu'elle apercevait juchés sur leurs balcons des résidents qui semblaient un peu plus réceptifs, peut-être, que les autres: « Avec nous, dans la rue! Avec nous, dans la rue! » J'ai pensé à la grande scène finale de The Dreamers où des cris similaires sont poussés et je me suis dit que ça serait effectivement magnifique si les gens descendaient de leurs balcons pour rejoindre la foule, pour « nous » rejoindre dans la rue. Mais bien sûr, personne n'est descendu... Bien sûr, me dis-je, hélas bien sûr, me dis-je, cynique mais pas moins rêveuse. Et la petite foule d'environ cinq cents personnes - dirent les journalistes le lendemain, peut-être pour y justifier leur présence, il me semblait qu'il y avait tellement moins de gens - poursuivait sa marche.

Notre pas était conduit par la musique. J'étais tout près du camion où des artistes locaux se donnaient en spectacle tour à tour. Le camion avançait lentement pour conduire la foule. Il lui octroyait en même temps sa légitimité. Il conférait une allure d'ordre et de bonne tenue à tous ceux qui acceptaient de s'attrouper autour de lui. Dans la boîte de ce camion, des hauts-parleurs étaient installés et des micros pour les rappeurs qui y grimpaient selon un horaire prévu par les organisateurs. Des chanteurs reggae furent même intégrés à ce moteur qui enhardissait les troupes. Si je développe un goût de plus en plus important pour le rap, on ne m'aura pas au reggae! Jamais, jamais, je ne pourrai aimer le reggae! Ça m'est insupportable! Ma haine pour le reggae est profonde et sans appel. Évidemment, il fallait qu'on nous assène de musique festive, ai-je râlé intérieurement. Évidemment, il fallait que ce soit un peu festif! Pas que le gangsta rap avec ses « Fils de pute, flic je te bute » me rendait plus confortable, remarquez. Personnellement, je trouvais qu'un Stabat Mater aurait été plus de circonstance. Après tout, n'étions-nous pas là pour accompagner la mère endeuillée dans cette marche à la mémoire de son fils, de son fils absolument innocent - contrairement à ce qu'a affirmé le lendemain l'un des pires charognards de la ville, l'un des plus ignobles collaborateurs à l'abêtissement des foules, l'un des pires inspirateurs de la hargne des classes populaires contre les plus démunis. Moi, en tous cas, c'est pour ça que j'y étais. Et c'est sans doute pourquoi je me suis suprise à pleurer à plusieurs moments tout au long de la soirée. Je n'ai jamais su, du reste, si je pleurais mon chagrin ou celui des autres.

J'ai pu malgré tout, grâce à la foule, oublier les notes reggae qui faisaient rage à mes côtés. Un porte-voix était échangé de main en main entre les plus authentiques militants, ceux qui étaient prêts à tout instant à lancer des slogans pour alimenter les sentiments de la foule. Je suppose qu'ils scandaient les slogans habituels, qu'on sortait les classiques du militantisme contemporain. Que ce fut sous le coup de l'habitude ou par le fruit de l'invention étonnante de quelques individus, on enchaîna et répéta donc quelques slogans tout au long de la marche: « C'est qui, qui l'a tué ? » « La police!» «Qu'est-ce qu'on veut ? » « La justice! » et, mon préféré, mon préféré, vraiment, sans ironie aucune: « Fédération des policiers, syndicat des meurtriers ». Je ne me souviens plus si j'ai moi aussi répondu l'un de ces « La police! » ou « La justice». Dans un instant d'inattention, je me suis peut-être laissée prendre au jeu. J'ai peut-être répondu aux questions lancées dans le porte-voix, peut-être prononcé avec la foule un ou deux « Flics, assassins ! Flics, assassins ! ». J'espère que non. N'allez pas croire que je pense qu'un policier qui tire plusieurs balles dans le corps d'un jeune homme de dix-huit ans non armé n'est pas un assassin. Mais pourrais-je vraiment qualifier tous les policiers ou même la majorité d'assassins, voire d'assassins en puissance? Je ne sais pas. J'en viens toujours à penser aux individus. Et je me dis que Lapointe est certes un assassin, peut-être de façon délibérée, peut-être par accident, mais je ne peux pas me convaincre que tous les policiers sont des assassins ou des oppresseurs. Je n'y arrivais pas plus alors qu'en ce moment.

Je me trouvais donc dans cette foule convaincue du contraire, convaincue, quant à elle, que tous les policiers sont des meurtriers, à écouter ces slogans lancés dans le porte-voix qui visaient à fouetter les troupes et j'observais, un peu détachés de la foule, quelques individus qui en avaient visiblement long sur le coeur et profitaient de l'occasion pour aller narguer les policiers en bermudas à califourchon sur leurs vélos, à qui on avait demandé de revêtir leurs habits de brigadiers scolaires pour l'occasion afin de leur donner un air sympathique et inoffensif, aux policiers qui, pour une fois, nous le savions tous, s'empêcheraient de dire: « Circulez ou je vous colle à tous une contravention de 140$! » J'écoutais la foule qui scandait sagement, d'une seule voix, des slogans à sens unique, dans un ordre hors du commun, une démarche extraordinairement synchronisée sur laquelle je réglais moi-même mes pas.

À la fin, les organisateurs se sont félicités que les participants étaient d'âges et de milieux aussi divers, le principal organisateur s'est exclamé dans un discours passionné que nous devrions suivre l'exemple des Bandidatos et des Rock Machines qui avaient compris, après de longues années d'une lutte meurtrière qu'il valait mieux passer outre ses différences et s'unir que de se déchirer entre semblables, tandis que les médias ont rapporté la présence d'un dissident, « un anarchiste sorti d'on ne sait trop où», a-t-on écrit, « avec dans son sac à dos quelques cocktails Molotov qu’il n’a heureusement pas eu le temps d’allumer » dans cette manifestation qui était autrement paisible et sans heurt. C'était une manifestation réussie de l'avis de tous, y compris de celle de notre maire, et je suis revenue à la maison fière et heureuse d'avoir posé un geste significatif.

 
 
Musique actuelle: She Wants Revenge
 
 
Albertine Bouquet
13 août 2009 @ 09:25
Il y a des moments où ça semble plus évident que d'autres, des moments où je suis une femme, une vraie! Je me disputais hier soir dans un restaurant avec le garçon à peine adulte. On se dispute partout et tout le temps. J'en ai pas honte parce que c'est comme ça. Je me dispute aussi toujours avec Hélène. Je n'y peux pas grand chose. Nous n'aimons pas les disputes, mais ça arrive tout le temps au sujet de n'importe quoi. Cette fois-là, on se disputait à propos de l'art moderne, conversation des plus frustrantes parce qu'on n'en sait tous les deux très peu de choses, afin certainement pas assez pour justifier une dispute. En plus, avouez que ça fait dispute cheap d'intellos! Je ne suis pas perturbée par le fait d'avoir l'air d'une intellectuelle, mais d'avoir une dispute ridicule sur l'art moderne, ouais, ça me gosse. Je ne laissais pas ma place dans la dispute, dans le jeu du petit ton condescendant. Pendant que les attaques allaient de bon train de part et d'autre, je me suis dit : « Mais il ne mange pas ses légumes! ». En plus de ne pas manger sa salade, il avait même sorti ses légumes de son hamburger de luxe du resto de jeunes gens cool où nous étions. Ça me fâchait tellement, sans doute plus que la dispute elle-même. Je ne pensais qu'à la pauvre salade de carottes laissée pour compte et aux malheureuses tomates qui allaient mourir dans une assiette où elles ne furent jamais désirées. Le destin des légumes m'obsédait et surtout le manque de légumes dans le corps de mon homme. Je me répétais qu'après il n'aura pas à s'étonner de manquer d'énergie pour se lever tôt le matin. Ben c'est ça, continue de laisser le meilleur de tes aliments et tu vas voir! Il manque de produits laitiers aussi. Je me suis mise à penser que justement le maudit, il n'avait pas commandé un hamburger avec une belle tranche de brie. Il mange de la viande, un peu de pain et c'est tout. Pas de légumes, pas de produits laitiers, belle mentalité!

J'étais tellement obsédée par les légumes que j'ai réalisé ma proximité incroyable avec ma chère mère. Mme Bouquet voue un culte aux légumes. Chez les Bouquet, on ne niaise pas avec les douze portions de fruits et de légumes du guide alimentaire canadien. Il y a toujours une soupe de légumes faite de la main de Mme Bouquet, une salade, des crudités au centre de la table coupées par M. Bouquet et quelques légumes cuits dans l'assiette. Pas cuits n'importe comment! Oh non! Mme Bouquet ne cesse de le répéter : l'asperge doit être dure, les haricots et le brocoli aussi. Si ces légumes verts ne sont pas durs, ça veut dire que toutes les bonnes vitamines sont disparues dans l'eau de cuisson. Quelle horreur!  Évidemment on cuit tous les légumes à la vapeur. Je ne vous parle que des légumes, mais je pourrais aussi vous faire l'inventaire des fruits achetés par Mme Bouquet chaque semaine. Ma mère pourrait ouvrir une succursale de Cora dans sa maison (Faites-moi penser si j'oublie, mais je songe depuis longtemps à écrire un texte sur Cora. Ça va torcher! À suivre). Je me suis rappelée en pensant à mon obsession des légumes ce qui m'a toujours fait peur dans les relations hétéros. Je n'ai jamais voulu agir comme une mère avec un homme avec qui je couche. Je ne me suis pas découverte bisexuelle pour cette raison, je n'ai pas commencé à coucher avec des femmes pour ça non plus. Oh non! Je ne vous ferai pas aujourd'hui la liste de toutes les bonnes raisons pour devenir lesbienne, mais je citerai un seul mot qui dit tout : seins! En réalisant toute la charge maternelle que pouvait avoir mon obsession pour les légumes, j'ai décidé de décrocher pour de bon! Je ne dirai plus rien à ce sujet et j'espère que je vais peu à peu arrêter d'y penser. Ça devrait! Je me suis rendue compte que je n'avais jamais eu cette impression maternelle avec Hélène. Je crois qu'en fait je me suis dit toujours sentie comme si je devais veiller sur Hélène, même si on dispute souvent, même si on a pu se séparer. Je me suis toujours sentie comme si je veillais sur elle comme un homme. Vous me direz que c'est un peu cliché, j'ai un comportement plus paternel dans une relation lesbienne. Ouais, peut-être. Et puis! Je vous dis de quelle manière je me sens. Ce n'est pas parce que la belle Hélène est plus fragile. Oh non, elle n'a pas besoin de moi pour se protéger. C'est la personne la plus dure et forte que je connais. N'empêche que j'ai l'impression que je dois veiller sur elle, la protéger du monde extérieur et surtout de moi. Je ne réfléchis pas à me protéger ou si peu. De toute façon, je suis faite. Elle m'a eue depuis longtemps la salope! Comme les légumes d'ailleurs! Je ne veux plus verbaliser mon obsession des légumes, mais honnêtement je crois que je suis faite. 
 
 
Musique actuelle: Immortal technique - Beef and Broccolli
 
 
Albertine Bouquet
11 août 2009 @ 09:46
L'autre jour, je marchais sur Ontario. Au coin de Lespérance, il y a souvent une prostituée à 7h-8h le matin. J'écoutais de la musique, j'écoute toujours de la musique en marchant. Les prostituées du centre-sud ne sont pas chics comme dans un roman de Nelly Arcan. Elles sont à moitié mortes, elle traînent comme des cadavres aux abords des rues. Lorsque je suis passée à côté d'elle, elle m'a criée quelque chose. Je n'ai pas entendu. Ça devait être une insulte. Je ne pourrai jamais savoir. Je me voyais mal me retourner pour lui demander ce qu'elle m'avait, probablement si gentiment, hurlé. Je resterai toute ma vie dans l'ignorance. Je ne pourrai jamais savoir ce qu'elle m'a dit ce jour-là. J'ai raté un des rares contacts que je peux avoir avec les prostituées du centre-sud.

J'ai reçu chez moi une lettre d'un projet de la police de Montréal pour nettoyer les rues de mon quartier. Mes voisins ne veulent plus voir des putes de jour dans leurs rues. Évidemment, si ça se passait ailleurs, ça irait pour eux. Les policiers veulent qu'on dénonce les clients des putes. D'un côté, j'ai envie des dénoncer moi aussi les clients des putes, les ostis qui ramassent des filles à moitié mortes pour se vider les couilles. Au moins, les coches ne veulent pas embarquer les putes, ça serait vraiment horrible. Ils s'attaquent aux clients. Là-dessus tout le monde est d'accord. Ou enfin presque, j'ai déjà lu sur un forum québécois des hommes qui écrivaient qu'ils allaient battre les putes si leurs enfants trouvaient des condoms souillés. Je ne sais pas si vous avez déjà remarqué, mais rares sont les jeunes parents qui ne sont pas un peu fachos. Ça ne donne certes pas envie d'avoir des enfants. Ils peuvent justifier toutes les horreurs les plus violentes au nom de leurs enfants. Un exemple que les parents deviennent débiles (certains évidemment étaient déjà débiles avant de se reproduire!) est le fameux texte de Sophie Durocher, celle-là même qui a eu le show culturel avec le nom le plus douteux de l'histoire de la télé québécoise. Dans ce texte, Sophie défendait son Richard. Elle ne voulait plus qu'on s'attaque à son Richard devant ses filles. Évidemment, moi-même, si Albertine junior voit le jour, je serai la première à protéger mes enfants envers et contre tous. Je la comprends bien. Il reste que son Richard, son Saint-Richard, ce petit québécois qui a travaillé dur pour avoir sa chronique dans le Journal peut écrire des horreurs chaque jour dans ce même espace. Il peut écrire, comme lundi dernier, que le frère de Fredy Villaneuva est responsable de la mort de son petit frère et non le policier qui a tiré dessus. Je pourrais faire mille exemples comme ça! Les parents deviennent tous peu à peu de droite, toujours au nom de la protection de leurs enfants. Ça fait peur! Ils ne pensent plus. 

Ils ne sont pas les seuls à ne plus penser. C'est une condition générale de l'homme d'aujourd'hui. Hier, je marchais sur St-Denis lorsqu'un itinérant que je connais bien m'a interpellée. Il m'a fait le même spectacle qu'à l'habitude. « Je me suis mis propre pour vous madame, regardez ma belle chemise. » J'ai refusé de lui donner de l'argent comme toujours. Je suis restée tout près de lui, j'attendais quelqu'un. Il était exactement au point de mon rendez-vous. « Tu restes là pour me faire chier, c'est ça. Tu veux me faire chier, bitch. Tu te dis que je suis sale, tu regardes mon pantalon et tu te dis que je suis sale ».  J'ai essayé de lui parler comme d'habitude. « Je suis bien la dernière à vouloir vous niaiser, je ne veux pas vous déranger. Je suis bien désolée. J'attends quelqu'un » Je le traite toujours comme il se doit, comme un être humain. Ça ne fonctionnait plus. Il était parti, il était en représentation complètement détaché du réel. Son pantalon n'était pas sale. Ça montrait bien l'étendue de son délire. Cet itinérant est un de ceux qui fréquentent la Maison du père. Il doit visiblement se laver et laver ses vêtements chaque jour. Ce discours qu'il a répété depuis longtemps, qui a sans doute déjà été sa réalité, n'est plus d'actualité et revient sans cesse. Il ne pourra pas s'en sortir tant qu'il ne pourra pas penser. Le système a tout organisé pour qu'ils arrêtent tous de penser autant les propres parents de droite que les putes et les itinérants. Le risque est bien évident pour l'humanité. Peut-on encore le prévenir?
 
 
Musique actuelle: Keny Arkana - Je viens de l'incendie
 
 
Albertine Bouquet
10 août 2009 @ 09:48
Samedi dernier à 3h30, je sortais des bars où j'avais été une fille de mon époque, une femme festive! Oui, oui, ça m'arrive! J'avais bu beaucoup. Comme souvent, j'avais mélangé le cidre et la bière, que j'avais bu alternativement dans des drinks de filles avec de la grenadine et du cassis. J'errais pour trouver un taxi avec Hélène et le garçon à peine adulte. Dans notre errance, nous nous sommes retrouvés sur Ste-Catherine. On voulait rejoindre René-Lévesque pour prendre un taxi qui nous conduirait dans l'est. La rue Ste-Catherine est bloquée à la hauteur du village. Notre ivresse nous faisait avancer malgré nous.  Le garçon à peine adulte se plaignait en chemin d'avoir faim. Il faisait son grand discours sur l'importance du gras après la boisson. Nous avons croisé le McDo près du métro Papineau et nous sommes arrêtées pour consommer le gras salvateur.

Le garçon à peine adulte commandait au comptoir, après tout c'est l'homme, j'étais assise avec Hélène à une table. En regardant la horde de gais qui remplissaient le McDo, j'ai cru voir un visage familier. Ben oui, criss, le fif de Loft Story en personne : Kevins-Kyle! Il avait son air de frustré ridicule, comme le jour où il a fait un « fuck you » à la caméra de Loft Story 6. Il était écoeuré d'attendre son big mac. Il n'y avait pas eu de service plus rapide pour le coiffeur officiel de Loft Story. Il devait prendre son trou comme le monde normal. À 3h30 du matin, les deux McDo du Village sont pleins, comme tous les autres resto trash. Nous regardions subtilement Kevins-Kyle, lorsque trois de ses amies célèbres sont entrées dans le resto : Delphine, Cristelle et Geneviève. Je capotais Delphine devant mes yeux, Delphine a quelques centimètres de moi. Elle était tout aussi rayonnante que dans l'émission. J'ai failli crier « Sébastien Power! » afin de provoquer sa grande ennemie. Je n'ai rien dit, je voulais conserver mon poste d'observation.

Delphine, Cristelle et Geneviève avait l'air complètement saoules. Elles avaient du mal à se traîner les pieds. Je me demandais si beaucoup d'auditeurs de Loft Story voyaient la scène comme nous. Elles nous ont fait un show! On pourrait croire qu'elles sont tannées de se faire parler du Loft. On pourrait... mais non! Elles ne sont pas tannées du tout! C'est leur moment de gloire! Le seul! Leur seule identité désormais est d'avoir une lofteuse! Dans le McDo silencieux où tous les gais festifs attendent leur Big Mac, elles se sont mises à parler du Loft. Personne d'autres qu'elles-même n'ont  évoqué cette réalité. Elles hurlaient que TQS n'avait pas assez de budget. Elles prononçaient des phrases à peine articulées dans lesquelles les mots Loft Story revenaient constamment. Delphine, Cristelle et Geneviève voulaient s'assurer d'être les vedettes du resto. Geneviève voulait aller au toilette et Cristelle lui a crié : «Pogne-toi la noune dans le confessionnal». Elles ne manquaient pas une occasion pour évoquer la vie du Loft. Nous regardions le garçon à peine adulte toujours dans la file qui jubilait. Il souriait tellement. On s'est dit que ça venait de faire sa soirée! Trois lofteuses saoules qui viennent rejoindre Kevins-Kyle, c'était au-delà de nos espérances. Même dans mes rêves les plus secrets, je n'avais jamais pensé voir Delphine, la trash-élégante de Loft Story, la si-toujours-parfaite-et-intelligente, devant moi ivre morte. 

Geneviève est allée à la toilette et les grandes dames du Loft sont sorties. Kevins-Kyle avait enfin son bon Big Mac fait avec amour dans un resto bondé. La garçon à peine adulte s'est lancé dans une grande conversation avec ses voisins. «C'était meilleur que le Loft!». TQS travaille fort pour faire des scénarios dans l'émission et pourtant nul besoin de scénario, de montage, de décors, de jeux. Ils étaient là, les quatre en vrai devant nous en représentation, pour rien en plus! Il suffit de leur donner un peu d'alcool. Ils se donnent gratuits à qui veut bien leur accorder un peu d'attention.  J'aurais aimé que Sébastien Tremblay, héros de Loft Story, soit là pour voir la déchéance de ses rivales. Sans doute, la connaît-il déjà.  
 
 
Albertine Bouquet
06 août 2009 @ 12:15
Hey les lecteurs, je ne vous ai pas parlé de ça. J'ai eu une proposition qui m'a rendue vraiment heureuse. Il se peut que je devienne une chroniqueuse. Une vraie! Dans une revue! Je pourrais avoir une chronique régulière avec toute la liberté que ça suppose. Je n'ose pas trop en parler. Je suis comme ça, j'ai toujours peur que ça ne fonctionne pas et que je sois déçue. Je suis faite pour les chroniques régulières. Je suis construite pour la pression, pour les dates de tombée. J'ai besoin qu'on me force à écrire. J'ai déjà eu une chronique dans mon jeune temps, à une époque où je signais de deux noms. Je m'étais inventée deux pseudonymes, ça me donnait l'impression d'être moins seule. C'était dans une revue étudiante! Eh oui, je vous ai dévoilé mon passé d'universitaire récemment. J'ai pensé longtemps que je devais vous le cacher, vous faire croire que je ne suis qu'une fille du peuple. Bon, évidemment, on ne cache ce genre de chose aisément. Je suis une universitaire, ça paraît. Je n'allais pas m'en tirer.

Je pourrais passer mes journées à insulter les étudiants en littérature. J'aurais des raisons de le faire. Ça ne change rien au fait que je suis, de toute évidence, des leurs. Je le dis comme une chose honteuse. Je le vis de cette façon. Si j'étais une rappeuse, j'écrirais une longue chanson sur les universitaires. Je les transformerais en gangsters! En une figure négative des gangsters. On peut jouer aussi dans le rap avec l'image presque romantique et positive du gangster. Ce n'est pas celle-là qui m'intéresserait. Après tout, les universitaires en littérature ne sont pas si loin des gangsters méchants. Ils sont résignés au système et evil comme les gangsters. Ils sont des agents du capitalisme qui font semblant de lutter contre, en s'intéressant à une chose fort peu utile pour le capitalisme comme la littérature. Dans ma chanson, il faudrait que je me défende d'être une universitaire et ne pas avoir perdu mes valeurs, les vraies valeurs. Albertine, fille du peuple, Hochelaga-Maisonneuve, yo! Une real, de la banlieue, née chez les prolos! Allée à l'université, étudier, c'était aussi une place pour elle. Parce que ses soeurs et frères ont oublié que lire donnait des ailes. Ce n'est pas des super lignes! Mais ne riez pas trop, je vous ai même mis des rimes! Soulignez plutôt l'effort! Les rappeurs sont comme ça, ils croient encore à la rime.

Je soulève le sujet mine de rien, mais je tente d'écrire des chansons de rap depuis quelques jours. Des lignes plus subtiles que celles que je viens d'écrire. J'aimerais arriver à des textes aussi intelligents que Immortal Technique, même si je voudrais parler d'autres choses. J'aime les idées de la grande tradition du rap dans laquelle s'inscrit Tech, même je pense qu'il passe à côté de la vie, du vrai drame des américains. Et moi, évidemment, je pense que je sais tout mieux que les autres, que j'ai tout vu mieux que les autres. Voilà pourquoi je me vois comme une chroniqueuse, comme une personne capable d'écrire du bon rap aussi. En plus, écrire, c'est mon fucking talent! Je ne veux pas gêner les rappeurs, mais ils n'ont pas tous un talent comparable au mien. Comme le dit un rappeur québécois : « J'ai tellement d'ambition que même Satan se tasse! ».
 
 
Albertine Bouquet
05 août 2009 @ 22:54
Par une belle journée d'été, je chillais sur une terrasse avec un café. Je lisais toute seule. Je me suis vite aperçue que j'étais à côté d'acteurs de théâtre, comme toujours! J'ai des habitudes d'artistes! Même si je n'en suis pas une comme eux! Oh non, non, certainement pas comme eux! Les deux acteurs discutaient de théâtre, genre... Enfin pas de théâtre mais de subventions et de commanditaires comme tous les artistes. Il y avait un homme et une femme. La femme partait faire une tournée de théâtre dans les campings de la province grâce à un commanditaire important. Elle racontait ça à son ami et collègue. Une femme qui marchait sur St-Denis a salué l'homme. C'était une belle femme, bon, avouons LA super chick qui rend fous tous les gars avec son attitude féminine et décontractée. L'homme était tout heureux de la saluer. Une autre collègue actrice qu'il a présenté à la femme à ses côtés. Lorsqu'elle est partie et qu'elle a continué son chemin, j'ai senti qu'un grand secret allait être dévoilé. L'homme a dit à la femme : « Tu sais pas quoi? ». La femme était aux aguets, bien sûr! Elle voulait tout savoir de la super chick! « Elle a couché avec Manu Chao. Plusieurs soirs. Il l'a invitée à son hôtel. Ils sont encore en contact ». La femme se délectait autant que l'homme à propos de cette baise. Wow Manu Chao! À défaut de pouvoir tous coucher nous-même avec Manu Chao, on devrait tous connaître une femme qui l'a fait. Ils étaient tous les deux fascinés par l'événement. Il lui racontait tous les détails qu'il connaissait. Je n'ai rien entendu des préférences sexuelles de Manu Chao, rien sur sa queue non plus! Oh dommage... Évidemment les gens ne racontent jamais l'essentiel. Je suis habituée. La femme était complètement fascinée. D'un coup, elle s'est ressaisie! « Ben là, Manu Chao fait ça dans toutes les villes ». Vlan, t'es rien bitch! La super chick tombe de son piédestal. C'est comme ça entre les filles. 
 
 
Albertine Bouquet
01 août 2009 @ 09:54
L'autre nuit, j'ai rêvé que j'avais un bébé. Une fille, châtaine aux yeux bleus comme Hélène quand elle était enfant. En fait, elle ressemblait beaucoup à Hélène. Évidemment ça n'a aucun rapport, cette ressemblance. 

Je me suis demandée pourquoi je rêvais que j'avais un bébé, dont je me sentais du reste étrangement distante, comme si je n'étais pas vraiment mère. C'est peut-être parce qu'une femme sur trois que je connais est présentement enceinte ou a accouché dans les derniers mois. 

Puis j'ai réalisé que ça aurait fait neuf mois.

Évidemment, ça n'a aucun rapport.
 
 
Musique actuelle: :Welle Erdball - Niemand Erkennt Uns
 
 
Albertine Bouquet
29 juillet 2009 @ 19:14
Un soir l'an dernier, à l'approche de l'hiver, nous avons regardé le film préféré du garçon à peine adulte, Im girum imus nocte et consumimur igni, Je n'avais jamais regardé de film de Guy Debord auparavant, bien que tout m'eût porté vers lui. Il faisait noir, comme il ne fait noir qu'en novembre et j'étais épuisée, comme je l'étais toujours à cette époque. L'image et le son étaient de la pire qualité et pourtant nous étions suspendus tous les quatre à l'écran.

Séparés entre eux par la perte générale de tout langage adéquat aux faits, perte qui leur interdit le moindre dialogue, séparés par leur incessante concurrence, toujours pressés par le fouet, dans la consommation ostentatoire du néant, et donc séparés par l'envie la moins fondée et la moins capable de trouver quelque satisfaction, ils sont même séparés de leurs propres enfants, naguère encore la seule propriété de ceux qui n'ont rien. On leur enlève, en bas âge, le contrôle de ces enfants, déjà leurs rivaux, qui n'écoutent plus du tout les opinions informes de leurs parents, et sourient de leur échec flagrant, méprisent non sans raison leur origine, et se sentent bien davantage les fils du spectacle régnant que ceux de ces domestiques qui les ont par hasard engendrés. Ils se rêvent les métis de ces nègres-là. Derrière la façade du ravissement simulé, dans ces couples, comme entre eux et leur progéniture, on n'échange que des regards de haine.

Je me suis dit que le moment était parfaitement choisi. Je me suis levée du divan bleu où nous étions assis Hélène, le garçon à peine adulte et moi. J'ai pissé et, six minutes plus tard, je suis revenue vers eux.

Je suis enceinte, leur ai-je dit.
 
 
Albertine Bouquet
19 juin 2009 @ 10:02
Je vous invite à me suivre vers .dpi! J'ai écrit un article pour le numéro 15 : « Personnages virtuels : créations artistiques et archives personnelles dans le Web 2.0 ». Je suis encore toute excitée! 
 
 
Albertine Bouquet
03 juin 2009 @ 08:27
Quand mon homme parle longuement de politique ou de philosophie, il adopte toujours la même posture. Il se recule sur sa chaise, plie son long corps qui ne semble jamais se terminer, baisse un peu la tête. Dans ces moments-là, on ne le voit plus. Sa casquette cache son visage. Il se recule, se replie, comme s'il allait se lancer dans un long parcours. Le garçon à peine adulte s'installe tel un sprinteur de la pensée!  Quelle image! De la pure poésie! J'espère que vous appréciez. Je vous dirais que je suis moi-même assez impressionnée de l'image. Je blague. En réalité, j'allais l'effacer et puis je me suis dit que je pouvais seulement faire du sarcasme pour m'en sortir! N'empêche que c'est ce qu'il fait! Il ne s'installe jamais de cette façon avec moi, même lorsque nous discutons de politique ou de philosophie. J'aime donc l'observer avec les autres. Il a sa mise en scène pour son public. Je ne blague pas en parlant de son public. L'autre jour, je me suis rendue compte de son effet sur les autres. Il a un fort effet sur moi, bien sûr! Je ne savais pas à quel point il pouvait en avoir un sur les autres. 

Les deux jeunes hommes sont arrivés pour s'asseoir à côté de lui. Nous étions dans un bar. J'étais déjà occupée ailleurs avec Hélène. Même si j'avais été seule au bras de notre homme, je ne crois pas qu'ils m'auraient parlé. Ou sinon juste un peu pour s'attirer la sympathie de mon homme. Ils le voulaient tout entier. Ils parlaient un peu d'eux, mais essayaient d'aller le chercher en lançant les unes après les autres de grandes questions politiques susceptibles de l'interpeller. Pour répondre à chaque question, il prenait sa posture habituelle et se mettait à parler. Il devient tellement concentré qu'il se met à penser avec eux. Il parle de façon calme, se laisse aller aux risques de la réflexion et s'en sort avec brio. Même si nous partageons une même rage, il discute intellectuellement tout en étant si posé. Je ne suis pas capable de parler comme lui. Hélène non plus. Nous sommes identiques toutes les deux là-dessus. Je précipite tout, je parle toujours trop vite et nerveusement. Parfois trop fort. Je pense aussi tout en parlant, mais ça se reflète directement sur mon discours. On voit aisément tout ce qui m'habite. Chez lui, tout sort complètement construit. Il parvient à restituer aux idées toute leur complexité avec douceur et maîtrise. 

Je me disais que les deux jeunes hommes aimaient bien mon homme, comme ça arrive souvent, en fait. Il y a des gens comme ça, spontanément aimés de tous. Nous sommes également en ce point assez contraires: alors que je suscite d'entrée de jeu le malaise, la méfiance, la peur voire l'hostilité, le garçon à peine adulte attire spontanément l'affection de tout un chacun. Je comprenais d'ailleurs bien les jeunes hommes! Je ne pensais juste pas qu'ils me comprenaient eux aussi sur ce point. Le téléphone d'un des deux a sonné pendant la conversation. En répondant, il a passé la main dans les cheveux de mon homme. De son cou jusqu'à sa casquette avec affection! Hey, le jeune, c'est moi qui couche avec lui! J'étais auprès d'Hélène, entre Hélène et lui pour être plus précise. Ils ne devaient pas penser que je couchais aussi avec lui. Hélène n'avait pas vu. Elle était beaucoup plus loin de la scène que moi. Ils ont recommencé leur conversation comme si rien n'était. 

À la fin de la soirée, le garçon à peine adulte s'est tourné vers nous, l'air perplexe: « Il s'est passé quelque chose de bizarre tout à l'heure... » Il nous a ensuite raconté la scène, que j'avais observée. Hélène, qui n'avait été témoin de rien, s'est exclamée:  « Ahhhhhh! Tu t'es fait cruiser par un homme! » Réjouies toutes les deux par la perspective qu'un homme soit tenté par ce charmant petit cul qui nous est cher, nous avons dit:  « Tu aurais dû lui donner notre numéro de téléphone! Tu aurais dû l'inviter! » Il a grimacé: « Les filles, arrêtez, ce gars-là est fan de la révolution culturelle! » Ce détail nous importait peu:  « Et puis après?! »

 
 
Musique actuelle: David Bowie - Ziggy Stardust
 
 
Albertine Bouquet
01 juin 2009 @ 11:11
Je suis une enfant impatiente. Je fais un beau dessin ou un beau caca - ça dépend du point de vue - et je veux l'exposer immédiatement à la planète! Je suis incapable d'attendre. Je veux que ça soit disponible tout de suite! Que ça puisse être vu de tous. Je n'ai pas besoin d'être lu de tous, enfin pas dans l'immédiat, mais je veux que ça puisse l'être. Je suis incapable de composer avec les aléas de la publication à l'extérieur des blogues. Ça prend un temps fou! J'investis un temps fou dans mon travail, bien sûr, mais maintenant que ce texte est prêt, je veux que ça se détache de moi, que tout le monde puisse le voir. C'est peut-être une autre raison qui fait que je n'ai jamais tenté de me jeter dans l'aventure du livre. Le blogue est pour moi - Albertine l'impatiente - la forme la plus parfaite qui soit. Je suis faite pour le blogue! 

Dans mon article qui sera publié sous peu, mon premier article et surtout mon premier texte hors de mon blogue, j'explique pourquoi j'ai arrêté d'écrire et pourquoi je recommence aujourd'hui. Je trouve ça étrange de recommencer à écrire sans vous avoir présenté cet article. Vous pourrez le lire lorsque le processus de publication sera complété, vous saurez tout à ce moment-là. D'ici-là, vous pouvez retenir que je suis de retour en force. Je ne vous quitterai plus, mes braves lecteurs! Enfin pas pour le moment! Je suis bien décidée à écrire ce qu'à ce que mort s'en suive! Entre vous et moi, ce n'est pas comme si j'avais autre chose à faire anyway.
 
 
Albertine Bouquet
29 mai 2009 @ 10:01
Je n'ai pas l'habitude de vous cacher quoi que ce soit! Vous le savez bien. Vous pouvez avoir en moi la confiance la plus totale. Je dois toutefois vous avouer quelque chose. Dans mon dernier texte, je parlais des rencontres d'acteurs québécois que je surprends chaque lundi dans un café où je me tiens. J'ai cependant omis de vous dire que je suis une fan du Festival Transamériques. J'assiste cette année à neuf pièces de théâtre et spectacles de danse avec Hélène. Je vais en voir de l'acteur québécois! Wow! Pas tant que ça sur les planches, mais dans la salle, je peux observer à l'envi les vedettes locales. Hier, j'étais assise à côté d'un comédien de Virginie. Il y avait aussi pas très loin un comédien québécois célèbre. Il était dans une émission pour enfants que je regardais passionnément lorsque j'étais une toute petite Albertine. Mais il n'est pas que ça! Ce comédien, c'est la crème de la crème des acteurs québécois! Il est aussi un intellectuel, un pamphlétaire, un dramaturge, un metteur en scène et même un cuisinier! Je capotais de me retrouver à côté d'une pareille célébrité et d'avoir la chance d'entendre en première loge ses commentaires après la pièce.

Hier soir, je suis allée voir Rambo Solo de la compagnie new yorkaise : Nature Theater of Oklahoma. C'est une des meilleures pièces que j'ai vue de ma vie! C'était tellement bon! Et tellement geek. L'acteur sur scène nous racontait l'histoire de First Blood avec passion en nous livrant ses interprétations. Je suis certaine que les gens dans la salle riaient des blagues savoureuses de l'acteur en se disant que c'était cave Rambo. Ce n'est pas cave Rambo! Il faut voir First Blood! Je devrais lire aussi le roman. La pièce portait précisément sur les différences entre le film et le roman. C'est une grande histoire, celle de Rambo! C'est le terrible destin d'un homme qui doit porter toute la violence de sa société. Dans mon panthéon qui contient mes grands héros, il y a Antigone et en deuxième, c'est Rambo! Je ne fais pas de blague. Je suis très sérieuse. Si je fais intervenir Antigone dans l'affaire, c'est pour vous prouver mon sérieux. On ne déconne pas avec Antigone et encore moins avec Rambo! Vous me direz peut-être pour vous rendre intéressant qu'il y a des passages ridicules dans First Blood, que le personnage de Trautman n'est crédible. Eh bien, mes chers, il y a des bouts ridicules dans les grandes oeuvres! C'est comme ça! Ce n'est pas une critique de Rambo qui tienne la route.

Le comédien québécois célèbre qui, à mon plus grand bonheur, était près de moi a adoré la pièce. Il remplissait la salle de son gros rire tonitruant. Après la représentation, il s'est écrié : « Quelle belle niaiserie! » C'est la preuve qu'il n'avait rien compris. Même si la pièce était très drôle, ce n'est pas une niaiserie Rambo. Criss de cave! On ne peut pas se permettre de sous-estimer Rambo en disant qu'un spectacle sur son histoire est une belle niaiserie. C'est grave l'histoire de Rambo! Et ça, l'acteur sur scène le savait bien. Ce n'est pas pour rien qu'il s'est donné corps et âme dans l'interprétation de son rôle. En sous-estimant Rambo, on rejoue son cruel destin. Tout le monde sous-estime Rambo! On sous-estime sa bonté, sa profondeur et sa détermination. Le Rambo de First Blood vous encule! Il est plus fort que vous tous! Contrairement à vous, il n'est pas coupable. Lui, vraiment, il n'a rien fait!
 
 
Albertine Bouquet
27 mai 2009 @ 09:25
Je suis une femme d'habitude. J'aime tant fréquenter les mêmes endroits! Je m'attache si rapidement aux lieux! Tous les lundis après-midi, je vais lire dans le même café où j'attends l'arrivée d'Hélène et du garçon à peine adulte. C'est notre date à trois du lundi soir! Il y a une criss de bande d'acteurs québécois, des débiles, qui se rencontrent aussi dans ce café tous les lundis après-midi. Sachant qu'ils sont là, je pourrais changer d'endroit, mais pour tout vous dire, ils m'amusent! Vous n'avez pas idée! Je les aime! C'est mon divertissement du lundi en fin d'après-midi, ma belle bande d'acteurs qui s'installent à côté de moi. C'est comme si j'avais la chance d'assister aux réunions privées des comédiens du Burg. Je ne vais pas rater ce rendez-vous. Je devrais même vous y inviter, amis lecteurs, je vous assure que le plaisir est au rendez-vous! On pourrait même faire un flyer pour annoncer l'événement : Venez constater l'état du domaine culturel au Québec avec Albertine Bouquet! Tous les lundis. Apportez un livre et un cahier pour prendre des notes! Tous les participants seront invités à écrire des essais sur la réalité observée.

Je dois vous avouer que lundi dernier, j'avais un peu oublié qu'ils seraient là. J'étais épuisée. Je me suis installée au café avec un livre. Je lisais, malgré la fatigue, passionnément. J'ai vu arriver l'actrice la plus connue du groupe. Une comédienne québécoise quelconque, un peu plus âgée que le reste de sa bande. Elle a joué dans des émissions pour enfants, des téléromans, des films et au théâtre. Et bien sûr, elle fait de l'impro! Bien évidemment! Elle a jeté un oeil un peu haineux dans ma direction et s'est retournée vers la sortie du café. J'ai réalisé en voyant le regard de la comédienne que je m'étais assise à leur place! Je me suis dit « Oups! » en riant dans ma barbe (même si je n'ai pas de barbe!). J'ai vu la serveuse s'approcher vers moi. Avant de poursuivre l'histoire, permettez-moi de préciser que j'étais presque seule dans le café, tout était vide. La comédienne se cachait derrière la serveuse. Elle me scrutait derrière son épaule. Je les regardais discrètement tout en poursuivant ma lecture jusqu'à ce que la serveuse me fasse la fameuse demande : « Pouvez-vous changer d'une place? Ils seront sept et ils auront besoin de l'espace ». J'ai répondu « Bien sûr! » avec le plus beau sourire en regardant la comédienne dans les yeux, comme si je répondais à elle et non à la serveuse. Elle m'a dit un genre de merci en baisant la tête. Je me suis assise quelques bancs plus loin.

Quand les autres comédiens sont arrivés, la comédienne à mes côtés était excitée. Elle levait les bras dans les airs pour accueillir ses collègues en criant, en hurlant, ses salutations. Ils sont quelque chose à voir, je vous jure, et à entendre! Cette semaine, le comédien très connu du groupe a fait un témoignage touchant de sa relation au jeu. C'était beau! Le garçon à peine adulte était avec moi à ce moment-là, mais je crois qu'il n'a pas eu la chance d'entendre. Il faudra que je l'entraîne à bien espionner les conversations d'autrui. Je suis une pro là-dedans! 

 
 
Musique actuelle: Rammstein
 
 
Albertine Bouquet
29 avril 2009 @ 14:38
 « Elle nous a dénaturé jusqu'à ce qu'on banalise le mal, Qu'on glorifie le diable et qu'on en sous-estime le drame »
Keny Arkana, « Les Chemins du retour »

Depuis plusieurs semaines maintenant, j'écoute du hip hop! Il aurait bien fallu qu'on me dise plus tôt que ça pouvait être si sombre et si violent. De toute évidence, le bon rap politique m'était destiné! Si j'avais su avant, on ne sait pas ce que je serais devenue! Peut-être que j'ai un bon flow, on aurait pu entendre des featuring d'Albertine Bouquet sur des albums de Keny Arkana, d'IAM ou dans un hommage à Ol' Dirty Bastard, mon frère spirituel. La semaine prochaine, je vais célébrer mon amour récent du rap. Je vais partir au Vermont avec Hélène et le garçon à peine adulte. Nous avons réservé les billets, l'auto et le motel. Tous les trois, nous allons à un concert entendre le plus grand rappeur de tous les temps: Immortal Technique. Il ne pouvait pas m'arriver une plus belle aventure pour couronner cette rencontre fabuleuse avec le monde du rap. 
 
 
Albertine Bouquet
07 avril 2009 @ 09:15
J'ai toujours pensé que je devais m'infiltrer dans les gangs de gars. Ça m'a toujours semblé facile à faire et fort intéressant, en plus. Ces jours-ci, je réalise que je devrais travailler pour pénétrer les groupes de filles hétéro. Il y a quelque chose à découvrir entre elles. Il s'y passe certes des choses que je ne peux comprendre. Je vais travailler vous allez voir! À moi les filles hétéro! Elles tueront pour m'avoir dans leurs cercles, comme les gangs de gars le font déjà. À moi la totalité du monde! Si cette quête de la totalité doit se réaliser avec, entres autres,  une connaissance intime des horreurs des groupes de filles hétéro, je dois m'y résoudre. Je serai bientôt à tous les soupers de filles, les sorties de filles, les pyjama party de filles...

Je suis allée voir l'autre jour Duplicity au cinéma avec Hélène. Nous étions fatiguées et traînions en ville dans le quartier latin. Oui, oui, ça veut dire que nous l'avons vu en français en plus! Il fallait être vedge! On se disait que c'était comme regarder un film à TQS, que nous allions retrouver le plaisir du film de TQS. Hélène et moi, toutes deux fébriles,  sommes arrivées les premières dans la salle. Les premières pour Duplicity! Wouah! C'est quelque chose. Nous nous sommes dirigées d'un pas heureux vers la dernière rangée, celle qui permet de se toucher en toute discrétion. Ce qui est pratique en cas d'ennui! Ce n'est certainement pas parce que Julia Roberts mouille nos culottes. Julia Roberts, c'est l'idole de la fille hétéro typique. Toutes les filles hétéro se voient en Julia. J'ai compris ça en lisant avec passion le Famous Quebec que je ramasse gratuitement chaque mois au cinéma.  Pour ma mission d'infiltration, je devrai revoir tous les classiques de Julia Roberts. Je devrai m'imaginer que c'est aussi intéressant que de regarder la filmographie complète de Scarlett Johansson pour pénétrer les gangs de gars. Il faudrait que je trouve un moyen de programmer mon cerveau pour voir toujours Scarlett Johansson sur chaque image de Julia Roberts. Sinon, je n'y arriverai jamais. Même avec beaucoup de volonté! 

Peu à peu, la salle s'est remplie. J'étais occupée à faire des blagues afin de survivre aux publicités qui nous empêche de discuter comme autrefois avant un film. Je ne voyais pas ce qui se passait dans la salle. C'est Hélène qui a vu ce qui se tramait. Elle m'a dit à l'oreille : « Albertine, nous sommes entourées de couples hétéro ». J'ai détourné mon regard de la publicité pour me rendre compte de cette réalité. Ça fait sens. Les filles hétéro disent à leurs chums : « Chéri, c'est un film d'espion pour toi, et un film de Julia pour moi ». Plus les gens arrivaient dans la salle, plus les observations d'Hélène se confirmaient. La salle était pleine de couples hétéro. Il n'y avait que deux exceptions. Hélène et moi, bien sûr, mais aussi un couple hétéro accompagné d'une fille seule. C'était sans doute la meilleure amie célibataire de la fille du couple, qu'ils traînaient au cinéma pour réconforter de ses malheurs amoureux. Elle pouvait pendant une soirée retrouver le plaisir confortable de la vie de fille hétéro typique dans un couple hétéro typique.


 
 
Musique actuelle: Pj Harvey and John Parish - A Woman a Man Walked by/The Crow Knows...