Albertine Bouquet
20 février 2012 @ 16:01
Comme tous les rédacteurs, artistes, écrivains, intellectuels et « créatifs » de tout acabit, il m'arrive parfois d'aller dans des cafés, armée de mon MacBook pour écrire, dans le meilleur des cas, ou, plus souvent, me promener sur le Net, entre Facebook, Twitter et différents blogues.  

L'autre jour, j'étais pour une rare fois bien concentrée dans un texte lorsque j'ai aperçu, du coin de l'oeil, un ahuri qui s'approchait de moi. Dans l'espoir de préserver mon élan (il faut en profiter quand ça passe!), j'ai décidé de prendre l'air le plus absorbé qui soit afin de décourager le fâcheux. Mais à peine avais-je eu le temps de froncer les sourcils que je l'ai entendu s'exclamer « Albertine! » d'une voix qui m'était désagréablement familière. Je n'ai donc pas eu d'autre choix que de lever les yeux. J'ai alors reconnu cette bonne bouille, puis fait un sourire poli et un tant soit peu sympathique. Je suis même allée jusqu'à m'exclamer, avec la magnanimité qu'on me connaît:

- Ah! Tiens donc! Bonjour!...
- Ça va, Albertine?

Et avant même que je n'aie eu le temps d'ouvrir la bouche:

- Dis-moi donc, ma chère Albertine, as-tu lu mon dernier bouquin?
- Ton dernier bouquin? Ah, ben non, je n'ai pas encore eu l'occasion...

En vérité, je l'avais en effet lu, son dernier bouquin, comme tous les autres, d'ailleurs, parce que j'ai cette tendance à me laisser dominer par ma curiosité morbide, et il était aussi insignifiant et inoffensif que les autres, mais je n'avais pas envie de lui faire le plaisir de savoir que j'avais lu, dussé-je, par la même occasion, me priver du plaisir de l'insulter.

L'importun est revenu à la charge. « Ah? Vraiment? Pourtant, on a quand même parlé pas mal dans les journaux... Mais attends...» Il a alors glissé sa main dans un sac qu'il portait en bandoulière. « Justement, j'en ai un qui traînait quelque part! Je te l'offre! » Au moment où il me disait ça, j'ai aperçu par l'ouverture de son sac, qu'il avait laissé entrouvert, une bonne dizaine d'exemplaires de son livre.

- Ah mais, je ne peux pas accepter!
- Mais non, j'insiste, j'insiste!
- Ah bien, euh, merci! C'est... gentil! 
- Tu m'écriras pour m'en donner des nouvelles! Et toi, Albertine? Toujours dans l'autofiction?
- Eh oui! Toujours!

Je connaissais très bien les vues du gêneur sur l'autofiction. Il se croit très original en répétant à tout un chacun que l'autofiction est l'oeuvre des narcissiques, de ceux qui imaginent que leur vie est tellement digne d'intérêt, alors que lui, lui, il s'intéresse beaucoup plus aux autres qu'à sa propre personne, qu'il a envie de parler de la société et non de son nombril. Crisse, à l'entendre, on croirait qu'il est Balzac. Et pourtant, encore une fois, il me prouvait qu'il est certainement, de nous deux, le plus narcissique. Je ne me sentais malheureusement pas batailleuse. Je me disais que j'aurais dû lui crier à deux pouces des oreilles : « Tabarnak, un peu de pudeur! C'est déjà gênant qu'on coupe des arbres pour te publier! Le gros, moi, je ferai toujours chier la planète avec mes petits écrits, mais je ne remplirai jamais mon sac de mes propres livres. Rappelle-toi, par contre, que ça me laissera beaucoup d'espace pour le bourrer avec les dildos les plus gros possible pour t'effrayer, te repousser et te rappeler l'être immensément banal que tu es. Regarde, le cave, comme on est tous égaux devant la douleur, comme devant la douleur de cette grosse bite non lubrifiée que je t'enfoncerais dans le cul! » 

- Enfin, ça m'a fait plaisir de te voir, Albertine!

Il m'a fait la bise et a déguerpi. J'ai alors glissé son livre dans mon sac à main. Je le mettrais dans le bac de recyclage en arrivant à la maison. 
 
 
Albertine Bouquet
11 février 2012 @ 06:57
Il y a quelques jours, j'étais invitée chez une de mes bien chères amies. Je n'étais jamais allée chez elle et je devinais déjà ce qui m'attendait. J'étais persuadée qu'elle allait me faire le coup de la générosité autoritaire. Elle le fait toujours un peu, mais là, je me disais que ça deviendrait intense. Elle veut tellement tout donner, tout partager, qu'elle se met à pousser les choses d'un geste ferme et brusque devant moi. Je n'ai plus le choix de tout accepter. Ça ne me dérange pas. Ce qui me gêne un peu; c'est que je deviens paralysée et je me sens bête. Au fond, c'est un geste nerveux. Elle passe sa nervosité dans cette générosité un peu brutale. Je le sens trop fort, ça me rend nerveuse à mon tour. Moi, j'exprime cette fête des nerfs différemment, je me retire, je me recule un peu, parce que sinon j'aurais peur de perdre le contrôle. Avant de sonner à sa porte, je me suis donc préparée physiologiquement. Je voulais atténuer mes malaises. Des fois, ça me prend, l'envie d'être une fille easy going! Je rêve d'être détendue, décontractée. Bah! On peut rêver! C'est comme vouloir remporter à la loto. Ça n'arrive jamais! C'est comme espérer que le mec avec le gros pénis délicieux ne soit pas trop con. Ça n'arrive jamais! 

Évidemment j'avais vu juste! Elle m'a fait une scène de la générosité autoritaire comme je n'en avais jamais vue auparavant. Je me suis vite rendu compte que je n'étais pas si gênée que ça. Au début, j'étais un peu fière d'avoir tout vu d'avance. Passé ce petit plaisir narcissique sans grand intérêt, j'étais seulement fascinée. Je me demandais jusqu'où elle allait aller, si ça arrêterait à un moment. Je me disais qu'elle devait avoir assez d'énergie pour maintenir le rythme longtemps. Elle ne m'a pas déçue. Quand la générosité autoritaire débute, ça ne se termine pas de sitôt. Peu à peu, on s'y fait. On arrive à réagir selon son beat effréné! Après tout, je sais bien d'où vient cette frénésie qui l'amène à donner presque de force. De nos jours, il faut se vendre tout le temps. Pas juste pour des emplois. Il faut se vendre aussi dans les relations personnelles, dans les relations amoureuses... Dans tout! Vraiment. Les gens ne sont pas gênés de leur vénalité, ils n'ont pas honte! Oh non, pas du tout. La honte, ça, vraiment, ils ne connaissent même pas le sens de ce mot. Mon amie, elle donnerait pour mille si elle pouvait, elle donne comme si sa vie en dépendait. Et en réalité, peut-être, que sa vie en dépend un peu pour vrai. Les imbéciles pensent que de se vendre au plus offrant, parfois même au moins offrant, pourra assurer leur survie. Ils peuvent continuer à le penser. Moi, je crois que c'est tout le contraire. Je suis une fille de la dépense après tout! Je crois que de refuser de se vendre et donner autant qu'on peut, ça doit bien aider encore plus à respirer librement. Je veux de l'air moi aussi, je préfère tout donner que de me vendre. 
 
 
Albertine Bouquet
09 février 2012 @ 17:04
Je découvre Ariane Moffatt des années après tout le monde. Je ne la trouvais pas mauvaise. J'étais strictement indifférente à ses hits. Peut-être que je la trouvais trop joyeuse et légère pour moi. C'est parce que je ne l'avais pas écoutée. Un jour comme ça, j'ai allumé. Il était temps! Je me suis dit : «Fuck, sa voix est tellement pleine de sexe.» Mettons que c'est l'anti-mal-de-coeur-de-pirate. Criss, j'étais bien conne de ne pas avoir compris la profondeur de la voix d'Ariane Moffatt!!! Une voix aussi sensuelle n'est jamais légère et bêtement joyeuse. Je suis gênée d'écouter «Tous les sens» en présence de quelqu'un avec qui je n'ai pas envie de coucher, je me sens aussi mal que si je regardais de la porn avec M. et Mme Bouquet. Petite confession : quand j'écoute «Je veux tout», je me repasse la chanson plusieurs fois juste pour entendre encore et encore le «Je veux tout, Toi et tous tes amis». Ces deux lignes m'excitent tellement. Je vois la scène dans ma tête. Et puis, oui, vraiment, je les veux tous et toutes! 

Je veux tout, mais je veux aussi tout partager. J'ai contaminé en moins de deux Hélène qui est désormais aussi obsédée que moi. J'essaie de convaincre mon anarchiste préféré de l'écouter. Je devrai travailler plus fort pour y arriver. Il résiste encore. La prochaine fois qu'il passe chez moi, je vais attendre qu'il soit bien drogué et je mettrai en douce mes chansons préférées. Il sera bien obligé de céder. J'ai pour mon dire qu'une passion dévorante non partagée n'est pas une passion! J'ai l'âme missionnaire! Je me vois courir dans les campagnes pour répandre la bonne nouvelle : «Écoutez Ariane Moffatt, vous vivrez mieux!». J'accourrai de maison et de maison et j'en profiterai pour faire de nouvelles conquêtes. Des femmes au foyer, ouah, j'adore! Des ouvriers en sueurs, miam! À moi, les régions! 

Tenez pour le fun, je vous cite un passage de «La barricade» que j'adore. Ces quelques lignes, il me semble que j'aurais pu les écrire. Dans la chanson, ça parle d'une histoire d'amour, moi, ça racontrait l'histoire de mes amitiés malheureuses :  «Si tu penses que c'est trop haut pour toi, descends / J'suis pas là pour te faire perdre ton temps  / Si t'me vois comme ta fin du monde va-t'en / Je vais vivre ma fin du monde autrement».  
 
 
Albertine Bouquet
09 février 2012 @ 10:25
L'autre jour, un type tentait de me convaincre d'envoyer à une maison d'édition un petit truc que j'avais écrit.

- Ça ne m'intéresse pas de publier un livre! Et puis même si ça m'intéressait, où voudrais-tu donc que je publie?!

- Mais voyons, Albertine, il faut croire en toi!

J'avais juste envie de lui répondre: « Tu me niaises-tu, câlisse? » Mais puisqu'il a une queue splendide et qu'il sait apprécier les joies de se faire rentrer délicatement un doigt dans l'anus en se faisant sucer, je me suis dit que je devrais maintenir une bonne relation avec lui, que ça m'importait peu qu'il me connaisse, anyway, et que, de toute façon, il ne pourrait pas comprendre. Je me suis donc contentée de dire qu'il était trop gentil et je suis descendue jusqu'à sa fermeture-éclair. Je sais choisir mes combats.

N'empêche, j'étais en crisse. Qu'il ne comprenne pas toutes les raisons qui font qu'il m'apparaît impossible de publier sur papier, c'est une chose. Qu'il me prenne pour une petite bête fragile et insécure, c'est aussi une chose. Mais qu'il me fasse le coup de la pensée positive, ça, non. J'avais juste envie de le retourner à quatre pattes et de l'enculer solide avec mon plus gros gode et sans lubrifiant. Tu vas voir, mon chou, que même en pensant positif, ça ne va pas moins te faire hurler de douleur que je t'encule à sec avec ce monstrueux engin!

Pour le chantre de la pensée positive, il suffit de croire pour vouloir et de vouloir pour pouvoir. Pour le chantre de la pensée positive, il faut demeurer optimiste coûte que coûte ou, autrement, accepter d'être le seul et unique artisan de son malheur. Et pourtant, si on disait au chantre de la pensée positive que si on essayait très fort de faire léviter sa télé 52 pouces, ça devrait, dans une même logique, fonctionner sans problème, il nous dirait que c'est complètement farfelu et qu'on est de mauvaise foi. Il n'en utilise pas moins exactement cette logique.

Je ne suis pas défaitiste. Je crois pleinement en mes moyens. Mais j'aurais beau essayer autant comme autant, je sais que le monde n'est jamais très accueillant avec des gens comme moi ou avec tout autre individu qui ne pense pas que s'acheter une grosse baraque, avoir un beau char et s'acheter des électros en acier inoxydable, c'est le bout de la marde et qu'il faut faire ce qu'il faut pour y parvenir. J'ai beau croire que je suis le bout de la marde, je sais que je n'ai pas trop de place dans un monde comme celui-ci et que lorsque je finis par en avoir une, par quelque concours de circonstances extraordinaires, ce n'est pas parce que j'ai «pensé positif», c'est un hasard et c'est tout, de même que lorsque quelqu'un atteint d'une maladie grave finit par s'en sortir, c'est parce qu'il existait des soins appropriés, qu'il a pu en profiter et qu'il a été chanceux qu'il guérit, ce n'est pas parce qu'il est «resté positif». Non seulement la condition humaine est-elle cruelle, à la base, mais, en plus, le monde suce. Ce n'est pas du défaitisme de le déclarer, c'est de la lucidité. 
 
 
Albertine Bouquet
05 février 2012 @ 10:17
Jeune et naïve (ça arrive même aux meilleures!), je lisais beaucoup de revues de nouvelles québécoises. J'essayais de comprendre c'était quoi pour tous ces gens, une nouvelle. Je m'abonnais à ces publications que je parcourais comme une défoncée. J'étais aussi obsédée qu'obstinée. Je me faisais croire que j'aimais les lire. En réalité, ça m'emmerdait ferme! Je peux me l'avouer maintenant. Je trouvais que les revues de nouvelles manquaient d'âme, qu'elles publiaient souvent des textes médiocres dont je ne voyais pas réellement l'intérêt. Je me rappelle très bien que j'ai lu une nouvelle de Marie-Sissi Labrèche dans Stop ou XYZ, je ne sais plus. Ce texte-là, je l'avais réellement aimé. Pendant des nuits, j'étais tourmentée. Je ne retrouve malheureusement plus la revue dans mes bibliothèques... J'aurais voulu la relire. La nouvelle se passait dans une école. Je crois que c'était l'histoire d'une fille qui avait honte de sa génitrice parce que celle-ci était débarquée à son école. Peut-être que j'invente... Ça fait plus de dix ans que je l'ai lu. Je découvrais dans ce texte une densité émotive sauvage qui me troublait. J'avais la nette impression de tout connaître de ce combat avec de bien intenses sentiments que j'entrevoyais entre les mots. Plus tard, je me suis dit que je n'avais pas lu toutes ces revues de nouvelles pour rien, juste parce que j'avais lu ce texte. À partir de ce jour, dans ma tête, c'était bien clair. Écrire de la littérature et travailler sur la densité émotive sauvage devenaient des synonymes. 

Dans un monde où la littérature n'a plus beaucoup d'importance, les derniers lecteurs qui restent aiment plus les figures d'auteur que la littérature. Je le remarque continuellement. Les pauvres (j'écris ça pour rire, ils ne sont pas tant à plaindre qu'à dénoncer), ils n'ont plus idée de ce que pourrait être un contact authentique avec une oeuvre d'art. Quand tout est détruit, il n'y a plus qu'à élever des monuments avec le peu qui reste pour se cacher l'immensité des ruines qui nous entourent. La littérature ne doit pourtant pas être au-dessus de nous, elle doit être à notre portée, elle doit avoir une âme et continuer à nous parler. Marie-Sissi Labrèche est parfaite si on rêve de cultiver des figures d'auteur plus que de lire des livres. Elle correspond bien à l'idée qu'on se fait d'une écrivaine qui travaille avec ses instincts, d'une écrivaine pour qui la nécessité d'écrire s'est imposée d'elle-même. La figure d'auteure qu'elle représente capte l'imaginaire. Je comprends bien cet effet. Mais quand j'ai découvert sa nouvelle il y a quelques années, je ne savais rien d'elle. Elle n'avait pas publié de romans, je ne connaissais pas son histoire. Pourtant, le texte avait agi sur moi. Ça veut dire que la figure d'auteure, on pourrait s'en passer. Ses textes se défendent tout seuls.    

Dans le journal, ce matin, j'ai lu une entrevue avec elle. On donne dans la figure d'auteure évidemment. Les journalistes et les critiques littéraires en ont besoin. Sans figure fascinante d'écrivain, ils ne sauraient pas quoi écrire. Un passage du texte m'a mise en beau fusil ou «en sainte-matraque» comme le dit Mme Bouquet dans ses plus grandes colères : «Marie-Sissi Labrèche maîtrise mille fois mieux l'écrit que la parole, on comprend bien pourquoi elle ne peut s'en passer, même si ça fait un bout de temps qu'elle a publié.» Sur le coup, j'étais stupéfaite. Je me suis dit : «Ah c'est drôle, moi j'aime autant ça l'entendre parler que la lire». J'ai vu l'émission de On prendra toujours un train où elle est allée. J'ai écouté aussi l'émission de radio Le printemps de Marie-Sissi Labrèche. Elle sait parler, voyons! Elle sait parler plus que la plupart du monde que j'entends à la radio ou à la télévision, elle sait parler plus que les communicateurs professionnels. Je sais bien qu'elle commence parfois des phrases qu'elle ne termine pas, qu'elle peut passer d'un sujet à l'autre sans prévenir. Mais lorsqu'elle fait ça, elle dit des milliards de choses. C'est passionnant à entendre, parce que c'est énergique et dense!!! Parce que c'est vivant!!! Je comprends bien que Marie-Sissi Labrèche doit dire d'elle-même qu'elle ne sait pas parler. On peut lire dans le même texte : «J'évite de participer à des débats, je ne peux pas, je ne sais pas bien expliquer les choses, dit-elle, tout en s'excusant fréquemment de ne pas être assez précise. Mon mari explique mieux les affaires que moi! C'est mon fan numéro un!» Eh bien, moi, malgré elle, je dis que c'est bien dommage! Je suis certaine qu'elle sait parler, j'aime l'entendre parler. Je ne connais pas son mari, mais je suis persuadée qu'elle explique mieux bien des affaires que lui! 

Bien expliquer, ce n'est pas de savoir ordonner, le dernier des caves est capable de faire ça. Bien expliquer, c'est être capable de rendre les choses dans leur complexité, c'est d'en faire saisir l'esprit. Mais dans notre monde en ruines, tout ce qu'on est capable d'admirer c'est la maîtrise, la maîtrise d'une couple de règles bien niaiseuses que le dernier des imbéciles est capable d'appliquer s'il a des capacités cognitives normales. Ça nous rend bien trop mal à l'aise quelqu'un qui ne respecte pas les règles, on a honte pour lui. Et on veut de l'ordre, on ne veut pas d'une parole qui nous fait ressentir le tremblement du monde, qui nous fait entendre le bruit des choses qui s'effondrent, qui nous donne à voir la violence du choc des corps contre les choses. On veut faire comme si de rien n'était. On ne veut pas d'une parole qui déborde, qui explose, qui sort des chemins qu'on a tracés pour elle. C'est justement parce que la parole de Marie-Sissi Labrèche n'est pas prise dans un carcan qu'elle est si belle. Ce n'est pas parce qu'elle est trop conne, trop émotive ou trop gênée que sa parole ne semble pas maîtrisée, c'est parce qu'elle a trop d'ambition, qu'elle veut rendre trop de choses à la fois, parce qu'elle est grouillante de vie. 
 
 
Albertine Bouquet
04 février 2012 @ 23:08
Je suis tellement une nobody que j'ai décidé de m'entretenir avec moi-même. Je suis écoeurée de ces entrevues où tout le monde répond les mêmes osties de réponses banales.

Belle intervieweuse : Elle sera nulle part, dans les prochains mois, ni sur scène, ni en librairie. Pour célébrer son absence de succès et de livre, Albertine Bouquet a accepté de passer dans le lit. Albertine, si tu étais un film ? (Elle me tutoie. On couche ensemble régulièrement.)

Albertine : Sperm Overdose 3. Définitivement! J'aime que le cinéma d'auteur rencontre les décharges démesurées de sperme. Je serais aussi Orgie en noir d'Ovidie. Je suis une gothique après tout. Ce qu'il manque à Sperm Overdose 3 est dans Orgie en noir : cimetière, morts-vivants, vampires, sorcières... 

Belle intervieweuse : Si tu étais une personnalité qui a marquée l'histoire ? 

Albertine : Louise Michel, bien sûr! Mais avec les tattoos, la craque de dent et le regard dévorant de Belladonna. Je serais une Louise Michel altern. J'enseignerais comme elle le français aux pauvres et je monterais aux barricades.   

Belle intervieweuse : Si tu étais un plaisir coupable ? 

Albertine : Je serais les émissions de soirée à V. Atomes crochusLa Guerre des clansDuoUn souper presque parfaitL'amour est dans le préOpération séduction, le truc de médiums après minuit... Tant que c'est suffisamment vrai et débile, ça me rejoint. Je suis même nostalgique de Loft Story. Ça donne une idée. Mais je serais aussi la chaîne de webtélé Youporn. C'est tout un plaisir coupable, ça aussi... 

Belle intervieweuse : Qui serait l'invité d'honneur au souper de tes rêves ? 

Albertine : Je suis tentée de répondre Rocco Siffredi. Quoique, bien sincèrement, je me passerais du gars et je prendrais uniquement le pénis. Plus sérieusement, je voudrais souper avec un autre italian stallion : Sylvester Stallone. Je le serrerais dans mes bras. On jaserait Rocky et Rambo. J'aimerais beaucoup qu'on pleure ensemble à chaudes larmes, comme à la fin de First Blood, et qu'il me donne un rôle dans le prochain The Expendables. Amenez les gros calibres et les méchants! Je suis prête. 

Belle intervieweuse : Si tu ne pouvais plus pratiquer ton métier, que ferais-tu?

Albertine : Il n'y a pas si longtemps j'aurais répondu réalisatrice de films pornographiques. J'aimerais encore essayer cette vie-là, mais ça me semble encore trop près de la littérature. Si je n'écrivais pas un blogue, j'aimerais être hacker. Je voudrais rejoindre les rangs d'Anonymous. Autour de 1995, Internet est né pour le grand public. Je suis venue au monde moi aussi à ce moment-là, même si ma vraie naissance remonte plutôt à 1980. J'ai supplié mes géniteurs de m'acheter un ordinateur et plus tard de me payer une connexion à Internet. J'ai hurlé par la tête à M. Bouquet qu'il nuisait à mon développement en refusant. Qui sait combien de banques j'aurais pu hacker si j'avais embrassé très tôt la carrière du mal ? 

Belle intervieweuse : À quoi es-tu accro ?

Albertine : Au haschich et aux jeux vidéo violents avec beaucoup de sang. Oh oui... Les deux ensemble, c'est parfait. 

Belle intervieweuse : Qu'est-ce qui joue en boucle dans ton ipod ?

Albertine : Hum... Plein de choses. Mais en ce moment, c'est «Embryodead» de :Wumpscut:, un vieux succès de plancher de danse que j'ai si souvent foulé. J'aime particulièrement le refrain. Il est si gai : «Kommt heraus, kommt heraus / Embryodead you will go mad let's ease your pain / Embryodead you are condemned / Don't attempt to exist in this world full of hate». Ça donne le goût de devenir un calinours et de mordre dans la vie avec un grand sourire. 
 
 
Albertine Bouquet
02 février 2012 @ 20:27
Tabarnak! Je lis un roman tranquille. Il est tantôt un peu intéressant, tantôt moins. L'écriture est moche, la psychologie des personnages est grosse comme une tonne de briques, l'auteur nous répète deux cent fois les mêmes infos comme si on était des débiles... Je m'accroche malgré tout à cause des deux personnages sur le point de baiser : un dentiste minable qui veut fourrer une petite jeune qui fait bander tout le monde. Je les déteste, mais s'ils se mettent, ce sera déjà ça de pris. Ils sont à l'hôtel. La femme est nue. Elle porte une cravate et des talons hauts. Image délicieuse quand même! Le dentiste poche la regarde. Il se sent diminué parce qu'elle s'est moquée de son petit ventre. Il est honteux de sa queue toujours flasque. Je vous cite la suite : 

Je me suis rasée pour toi, dit-elle.
Elle avait la peau totalement lisse. Elle s'approcha du lit, se tourna avec précipitation, se pencha du haut de ses talons, sa cravate pendait devant elle, ses seins jeunes, et elle le regarda entre ses jambes. 
Fini les taquineries, dit-elle. Tu peux avoir ce que tu veux, maintenant. 


Fini les taquineries!!! Fini les taquineries!!! Et ça s'arrête là. Mais il est où le sexe!??! Criss de livre, voilà ce que je te fais : 






 
 
Albertine Bouquet
30 janvier 2012 @ 12:42

J'ai déjà partagé avec vous le plaisir que je ressentais à gamer en fumant du pot et l'instrumentalisation que j'en faisais afin de pouvoir améliorer mes performances de gameuse. Eh bien, aujourd'hui, je vais vous présenter.... le côté obscur de la chose! Il faut être honnête après tout avec ses lecteurs, n'est-ce pas?

La vérité, donc, c'est que le pot me met en crisse! J'aime fumer en jouant, en regardant des films, en lisant, bref, pour des trucs très cérébraux, mais je sais qu'à partir du moment où je commence à fumer une journée ou un soir, je renonce à baiser jusqu'au lendemain. Je me suis rendu compte il y a quelques mois que lorsque je fume, ça me prend un siècle à jouir, ce qui ne me ressemble pas du tout, moi qui suis plutôt du genre pendant féminin de l'éjaculateur précoce, mettons. J'ai essayé de voir ça avec philosophie, bien sûr, vous me connaissez, et je me suis dit, ah mais c'est bien parfois de retarder le plaisir! Mais non, ce n'est pas juste que ça me prend un temps fou, c'est que mes orgasmes sont vraiment plates, une sorte de balloune qui se dégonfle, c'est pathétique. Lorsque j'ai compris ça, j'ai failli me mettre à tout détruire dans la pièce comme d'anciens amants qui pétaient tout lorsqu'ils avaient des troubles érectiles. Quelques semaines ont passé où j'ai décidé de ne pas baiser lorsque je fumais pour éviter les frustrations inutiles. Puis je me suis risquée à essayer de fumer à nouveau. Et j'ai constaté que non seulement mes orgasmes étaient poches mais que toutes mes sensations tout au long de la baise étaient diminuées, que mes sens étaient engourdis, ce qui est absolument logique, bien sûr, si on pense par exemple que certains gens fument pour calmer leur douleur physique, mais que voulez-vous, j'avais omis de faire l'équation.

Ça me fait chier! Pour moi, l'activité intellectuelle s'entremêle naturellement à l'activité charnelle. Lire, baiser, regarder des films, baiser, écrire, baiser, lire, baiser. Tout ça constitue une suite absolument fabuleuse qui mène mon existence. Je n'ai pas envie de devoir choisir entre être dans mon corps ou dans ma tête. Alors voilà, je suis revenue de ma brève idylle avec le pot et lorsque je fume, ce n'est pas sans colère à l'idée de tout ce dont je me prive.

Je m'étais quand même résolue à devoir prendre ce genre de décision lorsque j'ai reçu un appel samedi soir, vers 23 heures. Après m'être abreuvée de sang (okay, mangé du boudin pour être plus précise, mais c'est plus le fun de dire «m'être abreuvée de sang»), fumé du pot et regardé Grizzly Man de Werner Herzog j'étais déchaînée. Je criais Wrrrraaaaaaah! Je suis un grizzly! J'avais envie de partir drette-là en Alaska pour vivre parmi les renards et les grizzlys pour refaire Grizzly Man en version féminine et littéraire. Je n'étais donc pas exactement en état de me mêler à la civilisation lorsque le téléphone a sonné. Je me suis évidemment demandé qui pouvait bien m'appeler. Quiconque me connaît un tant soit peu sait que je ne suis pas une personne à qui on téléphone, que je ne réponds jamais aux numéros que je ne connais pas et que je ne réponds que très rarement aux autres appels. Quiconque me connaît un tant soit peu a donc toujours la bonne idée de me contacter par courriel à la place. Quel pouvait donc être le malappris qui me téléphonait, et à une telle heure en plus? Peut-être était-ce une urgence, aussi? Je ne savais bien pas qui pouvait s'imaginer que je pourrais être de ces personnes qu'on appelle en cas d'urgence, mais bon, j'ai fini par répondre.

- Allô?!?!... (Sur le ton le plus « What the fuck » possible.)

- Salut, ma belle Albertine, c'est Rick! Comment ça va?

- Rick?...

- Ben oui, Richard... Tsé à St-Georges!...

- Ah!... Rick!... Euh... Ça va?...

- Ben oui! Hey, je suis juste à côté de chez vous!

- Comment ça, à côté de chez nous?

- Ben oui, je suis à Hochelaga!

- Euh, ok... Euh... Qu'est-ce que tu fais dans le coin?

- Ben, oui! Je t'avais dit que j'avais de la famille dans le coin.

- Ah, ouais...

- Ben, c'est ça, je suis là.

- Ah, ben, c'est le fun...

- T'as-tu envie d'une p'tite visite?

- Ah! Euh... J'sais pas.... Tu me prends un peu au dépourvu! J'étais au lit avec un livre, pis, euh, c'est ça...

- Un samedi soir! Al, me semblais que t'aimais ça faire le party?

- Ouais, mais à soir, j'étais fatiguée...

- Ah, c'est plate...

Il avait un ton tellement déçu et cute. Et puis, je me rappelais de sa queue vraiment large et de son endurance et je me disais que quand même, ce serait cave de ma part de m'en passer... C'est rare qu'un gars arrive à me faire jouir juste en me pénétrant. Et puis, il était quand même assez parfait, super adorable et gentil dans la vie et rough au lit. Ah câlisse!

- Ah puis, sais-tu, juste à te parler, ça m'remet sur le piton! 

- Cool! Je suis content!

Et je lui ai donné mon adresse. J'ai enlevé mon pyjama, ma culotte (puisque j'en avais aucune de propre qui était assez affriolante à mon goût), puis j'ai enfilé rapidement une petite robe très décolletée.

Je me disais que je pourrais me contenter de le sucer et lui demander de m'enculer. Mais en même temps, la sodomie, je ne savais pas trop. Je ne tiens pas à avoir l'impression que je me fais déchirer l'anus et puis un gars rough au lit et bien emmanché comme ça, c'est le genre de gars par qui c'est le fun de se faire pénétrer mais par qui on n'a pas nécessairement envie de se faire enculer... À chacun ses spécialités! Mais l'idée de mettre trois heures à jouir, ça m'énerve. Rien de plus agaçant que ce moment où le gars a juste l'air d'attendre que tu viennes enfin! Ah puis tant pis, on verrait bien!

Il est donc arrivé et sans trop tarder, j'ai ouvert sa braguette. Etc etc. Au moins, ce n'est pas le genre de gars qui insiste pour te faire un cunnilingus et qui, au moment où tu jouis, arbore cet air de petite chien heureux. Je l'ai sucé, il m'a pénétrée par derrière, en me serrant très fort les hanches, au point où j'avais presque l'impression que mes sens allaient cesser d'être engourdis. Et puis j'ai même fini par jouir, un orgasme pathétique, soit, mais un orgasme quand même -- on ne peut pas tout avoir!

Il voulait dormir avec moi. Normalement, je l'aurais découragé, mais je me disais que peut-être au matin, ça irait mieux. Et en effet, ça alla mieux.

 
 
Albertine Bouquet
23 janvier 2012 @ 21:38
En ville, il y a une fille qui rêve d'outer les vedettes! J'ai déjà écrit à ce sujet, dans un texte où je rêvais de mettre des bombes dans les placards, mais puisqu'elle revient à la charge, je le fais moi aussi. Elle veut des modèles de lesbiennes, elle désire que les lesbiennes se dévoilent pour la CAUSE! Wouah! Quelle militante! Elle est triste qu'une lesbienne célèbre n'ait pas voulu se dévoiler, elle nous raconte, dans un article, son chagrin en prétextant comprendre. Nous ne sommes pas dupes, elle ne comprend rien. Je ne reviendrai pas sur les arguments de mon texte précédent, mais je trouve méprisable de vouloir créer des modèles positifs. Qu'est-ce que ça crisserait aux filles qui mangent leur première chatte de savoir qu'une vedette du star système québécois est lesbienne? Si au moins elle conseillait la lecture de romans parlant de lesbiennes, de bisexuelles ou de transgenres, je la trouverais déjà un peu moins débile. Mais non, elle ne le fera pas, ou sinon avec moins de passion, parce qu'elle veut des modèles bourgeois. Voilà, tout est là! Elle veut des modèles de femmes professionnelles qui donneront le goût aux jeunes lesbiennes d'embrasser le système! 

Malgré tout, je comprends bien son petit thrill. Je rêve aussi d'une certaine manière de tout dire, de tout crier ce que je vois autour de moi non pas pour la CAUSE, mais pour TOUTES LES CAUSES. Je vois des horreurs, j'ai envie de les lancer à la face du monde. Si je ne me retenais pas, je vous en garrocherais à la face des choses dégueulasses juste comme ça avec mes petits écrits. Je le ferais à la fois pour vous faire chier, pour vous faire peur, mais aussi dans l'espoir que vous puissiez rêver avec moi qu'un monde plus humain est possible. Au fond, je suis l'envers de cette journaliste, je suis celle qui veut montrer tous les modèles négatifs qui minent notre existence, parce que je crois sincèrement que tout pourrait être autrement. Bernard Émond, dans Il y a trop d'images, cite une phrase du cinéaste italien Roberto Rosselini: « Je ne suis pas pessimiste, car voir le mal où il se trouve tient à mon avis de l'optimisme ». Vous me direz que je m'égare, que je m'éloigne de la cause des homosexuels. Pas tant que ça. Moi, de voir le conformisme du milieu homosexuel et leur désir toujours plus vif de plonger le coeur léger dans la vie mutilée, ça me donne le goût de me crisser une balle dans la tête. Ça me donne envie de me faire exploser le cerveau parce que je veux qu'il gicle, que les morceaux de ma chair se répandent partout et que mon sang tache à jamais notre ostie monde de merde.  

Je pense que les lesbiennes, comme tout le monde d'ailleurs, ont plus besoin d'apprendre à voir le mal là il se trouve. C'est le seul optimisme possible, c'est le seul geste qu'on pourrait poser pour la CAUSE et pour TOUTES LES CAUSES. 
 
 
Albertine Bouquet
22 janvier 2012 @ 08:28
Il m'arrive souvent de m'exclamer  : «Come on, les filles! Vous me découragez!» L'autre jour, j'étais chez la coiffeuse. La jolie jeune femme anglophone, qui est allée dans les écoles privées de l'ouest de l'île, me demandait pour jaser comme ça, c'était quoi mon genre de gars. Elle sait que je suis bisexuelle, elle m'a vue souvent au bras d'Hélène, mais elle voulait justement savoir quel était le type d'homme qui excite une bisexuelle. Je n'aime pas répondre à cette question. Je suis omnivore. C'est difficile de trancher. J'y suis allée avec un classique : David Duchovny! Oui, vraiment, il m'émousille. Elle m'a répondu que ça ne l'étonnait pas du tout, que c'était un homme féminin. Bon, bon, elle suppose que je ne suis guère capable d'apprécier à sa juste mesure la mâlitude, que je cherche chez les hommes des traits féminins. Elle n'a pas vu mes amants beaucerons, celle-là!!! «Arrête avec ton homme féminin! Duchovny, c'est le plus sexe. Un point c'est tout. Pis toi, c'est quoi ton type ?» Elle m'a répondu en se tordant un peu le corps à cause du désir qui montait en elle : Patrick Huard! 

PATRICK HUARD?!? 



PATRICK HUARD?!? OSTIE! 



PATRICK HUARD?!? TABARNAK! 




J'ai hurlé dans le salon : «Mais tu peux avoir tous les beaux hommes de la terre et tu choisirais Patrick Huard!?! En plus, t'es anglo criss, pis tu choisis Patrick Huard.» Elle m'a dit «Oui! Je choisis Patrick Huard! Tellement!». Câlisse, c'est peut-être parce que je mange des chattes en effet, mais ça ne me rentre pas dans la tête! Je vois bien que pour les filles il dégage une intelligence (god!) masculine sauvage, animale, instinctive qui les attirent comme des mouches... (Mais bon, on sait que la merde attire aussi les mouches.) Si mes contemporaines sont toutes excitées comme ma coiffeuse par Patrick Huard, je renonce à les comprendre. Un peu de grandeur, les filles! Come on. Vous valez plus que ça!